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Comment les encourager sans en faire trop ?

Crédit: Shutterstock

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Chaque jour, nous complimentons nos enfants et soulignons leurs bons coups. Mais même si nous sommes – et pour toujours – leurs plus grands fans, comment les encourager sans en faire trop ? Nathalie Côté

Quand il était petit, le fils de Jean-François répondait systématiquement «Je sais» au lieu de «Merci» quand on lui faisait un compliment. Habitué à être sans cesse félicité, il était convaincu de son excellence ! À 8 ans, la fille de Nadine semble au contraire accro aux encouragements et sa mère se demande combien de temps elle devra encore lui lancer des fleurs parce qu’elle a préparé son sac d’école, parce qu’elle nage comme un poisson ou parce qu’elle obéit rapidement…

Pas facile de trouver les mots justes qui permettront à nos enfants de cultiver leur confiance en eux sans gonfler leur ego à l’hélium ! Voici des conseils d’experts pour développer leur estime… sans les rendre narcissiques.

À chaque âge ses bravos
« Le besoin de reconnaissance est universel », rappelle la psychologue Marie-Claude Hébert, et les enfants ont bien besoin de recevoir des tapes dans le dos. Mais pour que les compliments leur soient vraiment profitables, il faut prendre leur âge en considération.

Moins de 3 ans  Les encouragements sont particulièrement importants, même pour les gestes qui semblent banals. « Apprendre à marcher, à aller sur le pot, cela fait partie du développement normal, mais ça représente de grands défis pour eux », dit Mme Hébert.

Entre 3 et 6 ans  Selon la psychologue, les félicitations peuvent davantage tenir compte du contexte. « Il y a des choses auxquelles on peut s’attendre, comme utiliser la toilette ; plus besoin de congratuler l’enfant pour ça. Mais il y a de nouvelles réussites qu’on peut sou-ligner, comme l’écriture des premières lettres. »

7 ans et plus Les compliments devraient être liés à l’effort fourni et non au résultat obtenu. « Chez un enfant avec un trouble d’apprentissage, une note de 70 % peut démontrer un effort important qui mérite des félicitations, souligne Mme Hébert. Par contre, à un enfant qui réussit généralement bien et qui obtient cette note, on pourra dire qu’on croit qu’il est capable de faire mieux. »

Féliciter correctement
« Lorsque les enfants sont petits, ils sont nombreux à se trouver bons. Ils ne réalisent généralement pas que les autres sont meilleurs ou pires qu’eux, remarque la psychoéducatrice Anne-Marie Delisle. C’est souvent en grandissant qu’ils prennent conscience des différences. De mauvais commentaires des adultes ou de leurs camarades peuvent les entraîner à développer une estime d’eux-mêmes plus négative. Il est important pour l’enfant de connaître ses forces, mais il devrait également apprendre à identifier ses faiblesses. Les encouragements de ses parents et éducateurs devraient donc avoir pour objectif de lui permettre d’acquérir une image juste de ses capacités et de qui il est. »

Pour la psychoéducatrice, il est important que les parents restent réalistes. « Si l’enfant pense devenir le prochain Sidney Crosby, on ne veut pas briser son rêve. Mais on ne doit pas lui faire croire qu’il est un prodige du hockey s’il patine sur la bottine. On peut lui dire que pour y arriver, il doit développer ses habiletés, par exemple. » Rester concret est aussi une bonne attitude à adopter. « Au lieu de dire simplement bravo, il vaut mieux souligner une action précise, recommande Mme Delisle. On peut dire à l’enfant qu’on est content qu’il ait mis ses vêtements au lavage, par exemple. »

Le choix des mots est capital pour que les compliments aient l’effet escompté. « Si vous en faites trop, votre enfant risque de ne plus vous croire. Il va conclure que vous essayez simplement de l’encourager ou que vous le félicitez seulement parce que vous l’aimez », note Thérèse Bouffard, professeure au Département de psychologie de l’UQAM. Certains types de compliments sont également à éviter, selon l’experte, comme attribuer le succès à l’intelligence plutôt qu’au travail. « Si vous dites à un enfant qu’il est intelligent lorsqu’il réussit, il risquera de s’imaginer qu’il ne l’est plus s’il échoue. » En outre, il est préférable d’éviter de comparer ses résultats et performances à ceux des autres. « Ce n’est pas une bonne idée de le féliciter parce qu’il a eu une meilleure note que ses camarades. Seul son travail doit être pris en considération. Dénigrer les autres est un comportement à proscrire », conseille Mme Bouffard.

 Quand on se croit bon, on le devient ! 
Peut-on trop complimenter les enfants ? « Il y a autant de chercheurs qui jugent que “booster” l’estime de soi des enfants n’est pas un service à leur rendre que d’autres qui disent que c’est bon, parce que plus on a une image positive de soi, mieux on est en mesure d’affronter les obstacles de la vie », répond Thérèse Bouffard, professeure au Département de psychologie de l’UQAM. Elle pense pour sa part qu’un ego surdimensionné peut, contre toute attente, avoir des conséquences positives !

La chercheuse a notamment étudié la perception que les enfants avaient de leurs capacités scolaires et ses conséquences sur leurs performances. Dans le cadre de son étude, des enfants étaient invités à dire s’ils pensaient être plutôt bons ou mauvais à l’école. Leur réponse était ensuite comparée avec leurs résultats scolaires à long terme. Plusieurs années plus tard, les enfants qui se percevaient comme de bons élèves, même si leurs résultats n’étaient pas les meilleurs, avaient effectivement mieux réussi que les autres. « On avait tendance à penser qu’ils allaient s’asseoir sur leurs lauriers, mais c’était tout le contraire, analyse Mme Bouffard. Ils s’attaquaient à de plus gros défis. » Fait surprenant : alors qu’avoir un gros ego est souvent mal perçu, ceux qui se croyaient au départ meilleurs qu’ils ne l’étaient en réalité semblaient remporter la palme de popularité auprès des autres élèves et de leurs professeurs, grâce à leur grande confiance en eux, leur comportement à l’école et leur bonne attitude envers leurs camarades.

Source: Enfants Québec, mai-juin 2016

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