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Maman, j’ai la migraine!

Crédit: Shutterstock

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La migraine affecte 5 à 10 % des enfants. Si les spécialistes comprennent de mieux en mieux ce mal invisible, la prise en charge des patients laisse encore souvent à désirer. Plus qu’un mal de tête, la crise migraineuse peut pourtant s’avérer invalidante. Le point sur cette maladie avec la neurologue Elizabeth Leroux. Catherine Mainville-M.

Comment distinguer la migraine d’un simple mal de tête chez l’enfant ?
Dre Elizabeth Leroux : La migraine est un mal de tête intense et récurrent qui s’accompagne généralement d’une intolérance aux sons ou à la lumière. Contrairement à ce qu’on observe chez l’adulte, la douleur peut être ressentie des deux côtés de la tête chez l’enfant d’âge préscolaire ou primaire. La crise dure souvent de deux à trois heures.

Un enfant qui fait une crise migraineuse a généralement de la difficulté à fonctionner normalement. Son teint est pâle et il ne veut pas jouer ou regarder la télévision. Cela dit, la migraine peut varier en fréquence, en intensité et en symptômes. Certains enfants migraineux connaissent aussi des épisodes répétitifs de vomissements, de vertiges ou de douleurs abdominales sévères sans cause apparente. En cas de doute, il est préférable d’en parler avec son médecin.

Connaît-on les causes de ces crises migraineuses ?
Les causes exactes sont encore un sujet d’étude. On sait toutefois que les migraines sont des mécanismes réactionnels à l’environnement. En réponse à un déclencheur, un message électrique est envoyé aux fibres qui entourent les méninges et les artères du cerveau, puis des substances inflammatoires, les peptides, sont libérées. C’est l’inflammation qui est responsable de la douleur. Les migraines peuvent être engendrées par un ou plusieurs déclencheurs : le stress, le manque de sommeil, la déshydratation, etc. À partir de la puberté, les filles sont davantage affectées par la migraine en raison des fluctuations d’œstrogènes dans le sang. Par ailleurs, selon certaines études, les migraines pourraient être associées à une intolérance au gluten ou au lactose.

Les causes peuvent-elles être psychologiques ?
Oui. Les enfants sont très sensibles à leur environnement. Ainsi, il est important de ne pas sous-estimer les facteurs psychologiques qui peuvent jouer un rôle dans le déclenchement des migraines. Celles d’un enfant peuvent être associées à des difficultés scolaires, à des tensions avec les parents ou les pairs ou même à de l’intimidation. Dans certains cas, les migraines peuvent aussi cacher des cas de sévices ou de troubles alimentaires.

Comment traite-t-on la migraine chez les enfants ?
Encore aujourd’hui, les migraineux ne reçoivent pas toujours les soins appropriés. Pourtant, des soins abordables et efficaces existent. Chez les enfants, les produits naturels comme le magnésium ou la vitamine B2 peuvent aider. Peu d’études soutiennent ces traitements, mais comme l’effet placebo est important chez l’enfant et qu’il n’y a pas d’effets secondaires, les chances de réussite sont bonnes. Certains jeunes patients verront plutôt leurs migraines soulagées par l’acétaminophène ou l’ibuprofène. Si ces produits ne fonctionnent pas, le médecin peut prescrire des médicaments plus spécifiques, comme les triptans, selon l’âge de l’enfant. Lorsque la fréquence ou la sévérité des crises nuit à la qualité de vie, des médicaments pour prévenir les migraines peuvent être prescrits. Dans certains cas, les jeunes migraineux ont besoin d’un suivi en neuropédiatrie, mais l’accès est limité. Idéalement, il faudrait améliorer la formation des pédiatres et des médecins de famille à ce sujet. Il serait également utile de créer des cliniques spécialisées interdisciplinaires pour gérer les cas plus complexes ainsi que des centres d’éducation thérapeutique afin d’améliorer l’autogestion de la migraine.

Au quotidien, que peut-on faire pour aider un enfant qui souffre de migraines ?
Les migraineux ont besoin d’une saine hygiène de vie basée sur une alimentation régulière – ils doivent manger fréquemment et à heures fixes – et un sommeil de qualité. Ils ont aussi besoin de temps pour laisser leur cerveau « respirer ». Chez l’enfant, ça passe par le jeu. La méditation, les exercices de respiration, l’acupuncture et le biofeedback – une technique qui mesure les réactions physiologiques au stress afin d’apprendre à les moduler – donnent aussi de bons résultats pour prévenir les migraines. Essentiellement, ces méthodes aident les enfants à gérer leur stress et à contrôler leurs migraines. Pour les enfants anxieux, la psychothérapie peut aussi être envisagée. La gestion des crises peut également être facilitée par la réalisation d’un calendrier dans lequel on note la fréquence et l’intensité des crises, les déclencheurs possibles, les règles – dans le cas des préadolescentes – ainsi que les traitements utilisés et leur efficacité.

Les enfants migraineux le seront-ils à l’âge adulte ?
Il n’y a pas de chiffres absolus à ce sujet. Selon mon expérience, le fait d’avoir des migraines sévères durant l’enfance peut prédire des migraines à l’âge adulte. À l’opposé, certaines personnes ne développent des migraines qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte. Des études ont également démontré que les enfants qui ont souffert de coliques ou qui ont le mal des transports sont davantage susceptibles de souffrir de migraines.

Crédit: Sarah-Scott

Crédit: Sarah-Scott

 

Elizabeth Leroux est neurologue spécialisée en médecine des céphalées. Elle dirige la Clinique de la migraine et des céphalées du CHUM. Elle a publié La migraine – Au-delà du mal de tête (éd. Trécarré). Elle a également créé Migraine Québec, un site Web de référence sur les céphalées et la migraine. Info : migrainequebec.com

 

 

 

LIVRE LA MIGRAINE

 

La migraine –
Au-delà du mal
de tête
,
Éditions
Trécarré, 2015

 

Source: Enfants Québec, mai-juin 2016

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