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Comment éduquer nos filles sans stéréotype?

La petite Jesse-Jane, 9 ans, réalisait une prestation de kung-fu vraiment impressionnante. Beaucoup d’agressivité, de force et des cris puissants. Assise près de moi, une jeune maman affichant un air dégoûté chuchotait à l’oreille de sa voisine : « C’est quoi ça ? Je ne voudrais pas que ma fille soit comme elle ! »

Chacun de nous a une idée de ce que doit être une petite fille pour être une « bonne » petite fille : tranquille, calme, obéissante, propre, entre autres. En bons parents que nous sommes, nous souhaitons que nos filles ressemblent à ce modèle, parce que c’est le moyen le plus sûr pour elles d’être acceptées par leur communauté.

Et tout cela se passe sans que nous y réfléchissions. Pas parce que nous sommes d’horribles sexistes. Simplement parce que nous portons ces stéréotypes à l’intérieur de nous et que nous transmettons à nos enfants tout ce que nous sommes.

Nous ne réalisons pas que, sans le vouloir, nous leur transmettons aussi de nombreuses limites. Nous valorisons chez les filles l’obéissance, la douceur, l’empathie, la joliesse et le calme, mais nous leur imposons aussi des interdits : elles ne doivent pas se salir, crier, s’opposer vigoureusement, se fâcher sérieusement, frapper, déchirer leurs vêtements en jouant ou participer à des jeux physiques risqués. Pourtant, ce sont ces comportements qui permettent de développer la confiance en soi, la force, la capacité de se défendre et de faire valoir son point de vue, le leadership et l’audace pour porter des projets.

Si nous ne permettons pas à notre fille d’apprendre l’agressivité, la force, l’audace et la confiance en ses aptitudes, elle sera prise au dépourvu dans la cour d’école quand un enfant lui prendra son sac. Elle manquera d’outils précieux le jour de sa première relation sexuelle. Idem dans son milieu de travail, quand elle devra se battre pour obtenir la reconnaissance qui lui revient. Dans toutes les circonstances, elle n’aura dans sa boîte à outils que l’obéissance, la joliesse et l’empathie.

Quelques mois après sa naissance, un bébé est capable de faire la différence entre le sourire de bonheur de son parent et son froncement de sourcils. Il associe ces réactions à son propre comportement. C’est entre autres ainsi que nos petits et petites apprennent les normes sociales : je souris quand ma puce se regarde dans le miroir mais je fronce les sourcils quand mon fils fait de même. Je plisse le front quand elle se roule dans la boue, mais je ris sous cape quand c’est lui qui s’y met. J’exprime ma joie en la voyant bercer sa poupée, mais pas quand il fait la même chose. Je me précipite quand ma fille veut se lancer en bas du sofa, mais je ne fais que me rapprocher s’il s’agit de mon fils.

La mère de Jesse-Jane voulait une princesse, elle aussi. Elle a d’abord inscrit la petite au ballet… mais sa fille a demandé à faire du karaté. Et j’honore cette mère qui a eu le cœur brisé de voir sa fille quitter la classe de ballet pour le dojo, mais qui lui a permis de suivre sa voie et d’acquérir AUSSI des qualités si rarement transmises aux filles : force, confiance, solidité, combativité et détermination.

La petite n’a pas eu à renoncer à la douceur et à l’empathie, qui sont aussi des forces dans certaines circonstances. Ses parents n’ont simplement pas mis de limites à ce qu’elle expérimente. Grâce à cela, elle a beaucoup plus d’outils pour diverses circonstances : rigoler, se défendre, faire preuve d’audace, prendre soin d’une amie ou se battre pour une autre. Je veux me rappeler que chaque fois que je limite les comportements de ma fille pour qu’ils correspondent aux stéréotypes féminins, je la prive de pouvoir sur sa vie. Ce ne sont pas mes mots qui le lui enseignent, ce sont mes gestes, mes silences, mes regards et mes mimiques.

Je veux que mon attitude exprime clairement aux petites filles qu’elles peuvent être tout ce qu’elles peuvent !

France Paradis

Source: Enfants Québec, mai-juin 2016

Commentaires

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Un commentaire

Mina

Awww that sounds like a pain Connei! Just insert the bits in the clay without bending and then glue them in to secure. You may have to re-glue them over time but I have some done that way that held for a long time before I needed to glue them again.

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