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J’ai testé le Wwoofing : un retour à la terre

Crédit: Album personnel

Crédit: Album personnel

Woo-quoi ? Wwoofing  pour , un réseau mondial permettant de voyager tout en travaillant (dur) dans des fermes biologiques. J’ai tenté l’expérience avec mon conjoint et notre fils de 19 mois. Véronique Champagne

« Les gens ont perdu le contact avec la terre. Ils viennent ici pour le retrouver », observe Anne Roussel, propriétaire de la Ferme Cadet Roussel.

Elle coupe les légumes du dîner qui nourrira les travailleurs : un filet de porc sur un lit de légumes du jardin. Ses trois enfants vont et viennent, habitués à la présence des « wwoofers » chez eux. La ferme familiale de Mont-Saint-Grégoire en accueille une quarantaine par année. Avec leur aide, Anne, son conjoint, Arnaud, et leurs trois employés cultivent des légumes, des fruits et des fines herbes biologiques qu’ils vendent à des centaines de foyers abonnés à leurs paniers.

Comme de naïfs urbains, l’homme et moi pensions trouver du calme en campagne. Nous nous attendions à travailler fort, bien entendu, mais aussi à profiter du silence et d’un rythme différent. L’ambiance est plutôt celle d’un tourbillon. Un tourbillon empreint d’une authenticité tout aussi étourdissante.

Assez parlé : à l’ouvrage !
Bébé sur le dos – quand il ne court pas après les poules –, on me confie des tâches physiques adaptées. En cette journée de début du printemps, je prends soin des pousses avant qu’elles soient mises en terre. Des mouvements délicats et précis que je répète pendant des heures, sans voir le temps passer. Les petites pousses (fines herbes et fleurs de toutes sortes), qu’on fait naître bien au chaud dans les serres, doivent être repiquées dans les champs.

Toute la journée, mon mari est à l’étable, puis au champ : il nettoie et répare, accomplit besogne après besogne. On se croise de temps en temps, trop affairés pour s’attarder, mais notre sourire veut tout dire. Puis, tout le monde dîne ensemble, comme une grande famille. En fin de journée, corvée de nettoyage : une des serres doit être préparée pour accueillir une culture dès le lendemain.

Notre fils étant encore jeune, il n’aide pas beaucoup bien sûr, mais il s’affaire à constituer une collection de petites roches qui grossit tout au long de la journée.

En soirée, nous sommes tous les trois très fatigués. Mais fiers, satisfaits, zen, bien. Nous dormons à poings fermés. Nos chambres, sans fla-fla mais confortables, sont situées au sous-sol de la maison familiale. Au matin, c’est le chant du coq qui nous ramènera sur terre, sur cette terre.

Bilan de l’expérience
« On reçoit toutes sortes de gens à la ferme, avec, chacun, des habiletés bien différentes. Mon objectif, c’est qu’ils découvrent tout ce dont ils sont capables », raconte la fermière. Pour ma part, j’ai surtout découvert l’étendue de mon ignorance ! Je ne savais pas que les endives poussaient en pleine noirceur. J’ignorais qu’il y avait autant de variétés de légumes-racines et des arcs-en-ciel de couleurs de radis, de choux et de navets. Toute la journée, je me suis sentie comme une enfant, devant un monde à découvrir. Partager ces moments avec mon fils rendait l’expérience encore plus significative mais aussi éreintante, car sa présence exigeait de ma part une attention continue. Tandis que je manipulais les pousses délicates, je devais surveiller ses petits pas turbulents.

Pour tous les « wwoofers », les apprentissages lors d’un séjour dans une ferme biologique ne se limitent pas à l’art de faire croître des plants de tomates ou à savoir comment procéder à la traite des vaches. Les enfants, par exemple, apprennent à suivre un rythme de vie tout à fait différent, à partager leurs repas et à accomplir des tâches selon les us et coutumes d’une autre famille.

Mon conjoint et moi sommes revenus avec des courbatures, satisfaits d’avoir contribué à quelque chose de bien et de vrai et avec une curiosité encore plus grande pour ce que nous mettons dans nos assiettes. Expérience à répéter !

Qu’est-ce que c’est ?
Amateurs de dolce vita s’abstenir ! Le  wwoofing – ou « woofing » – ne se résume pas à des vacances à moindre coût. C’est une expérience de vie. Ce réseau mondial de fermes biologiques, présent dans une centaine de pays, propose une manière différente de voyager. Les participants viennent du monde entier pour vivre et travailler dans ces fermes pendant quelques jours ou quelques semaines. Les tâches varient du pelletage de purin à la cueillette de champignons en passant par la cuisine et même l’aide informatique. Le concept est né en Angleterre en 1971 à l’initiative de Sue Coppard. Vivant en ville, elle regrettait de ne pas avoir accès à la terre. Elle est alors entrée en contact avec une ferme biologique pour lui proposer d’échanger son travail contre un séjour sur place. Depuis, des milliers de personnes ont suivi son exemple dans le monde entier grâce à la communauté internationale qu’elle a fondée. Au Canada, on compte 873 exploitations participantes.

Pour devenir « wwoofer »
1 Inscrivez-vous sur le site wwoof.ca pour un séjour au Canada ou wwoof.net pour avoir accès au réseau mondial de plus de 100 pays. Il en coûte 55 $ pour obtenir un abonnement valide deux ans.

2 Consultez les fiches des fermes participantes pour choisir celle dont la situation géographique, les infrastructures, les produits, la mission et les valeurs vous emballent. Au Canada, environ un tiers des fermes acceptent la présence d’enfants.

3 Communiquez avec la ou les fermes de votre choix. Il est important d’échanger quelques mots avec les hôtes avant de vous déplacer afin de clarifier les attentes de part et d’autre. Le logement, le menu, l’emploi du temps et les tâches varient d’un endroit à l’autre.

Mon conseil 
Après une expérience de « wwoofing », étirez les vacances de quelques jours pour avoir le temps de visiter les environs et de vous reposer avant le retour au quotidien.

 

Source: Enfants Québec, mai-juin 2016 

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