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Comment concilier la famille et les études?

Crédit: Shutterstock

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Envie de retourner sur les bancs de l’école ? Notez bien ces conseils d’experts et de parents qui sont passés par là, afin de mettre toutes les chances de votre côté.  Amélie Cléroux

En mai 2015, Anouk Cayer, 34 ans, a terminé une technique de trois ans à temps plein en intervention en loisirs. Le désir de changer de carrière s’imposait pour la mère de deux jeunes enfants qui avait étudié en pâtisserie. « J’avais aimé la formation, mais une fois sur le marché du travail, je n’étais pas heureuse du tout. J’ai donc fait une grosse introspection et j’ai décidé qu’il était hors de question de faire un métier qui me déplairait toute ma vie. » Aujourd’hui technicienne en loisirs au Cégep Édouard-Montpetit, elle est très heureuse de son poste dynamique qui consiste à s’occuper des équipes sportives ; elle veille autant à l’organisation des matchs qu’à la gestion de l’équipement. Ce poste, elle le voit comme une récompense après trois années de travail acharné où elle a dû tout concilier : les cours, un emploi à temps partiel et la vie familiale.

Gérer son temps
Sans surprise, la planification de l’emploi du temps constitue le plus grand défi pour les parents étudiants, selon Diane-Gabrielle Tremblay, professeure en sciences de la gestion à la TÉLUQ (Université du Québec) qui s’intéresse particulièrement à la conciliation emploi-études-famille. «Pour réussir son retour aux études, il faut absolument éviter d’être “dernière minute”. C’est un stress de trop quand on jongle avec son rôle de parent !» La spécialiste recommande à ses étudiants de réserver des cases horaires fixes pour étudier. C’est ce que faisait Anouk Cayer, qui étudiait le soir, à la maison, une fois les enfants couchés.

Maman de trois filles, Siham Mous-saoui, 38 ans, est elle aussi retournée aux études. La motivation de cette Marocaine arrivée au Québec en 2009 ? Sa passion pour le métier qu’elle pratiquait dans son pays d’origine : l’enseignement du français. Ne pouvant obtenir d’équivalence de diplôme, elle a dû relever tout un défi : faire un baccalauréat de quatre ans à temps plein, tout en continuant à travailler dans un centre de la petite enfance entre 15 et 25 heures par semaine. Pour faire ses travaux, elle restait souvent à la bibliothèque après les cours, parfois des soirées entières. Une fois à la maison, elle n’y pensait plus et se consacrait à sa famille.

Planifier un budget serré
Même sans compter les frais de scolarité, un retour aux études coûte cher. Surtout à temps plein, puisqu’on doit alors se priver de son salaire habituel, en tout ou en partie. « On s’est serré la ceinture ! reconnaît Anouk Cayer. Mon conjoint et moi avons choisi de pénaliser les enfants le moins possible, mais on a dû couper dans nos dépenses : pas d’achats sauf le strict minimum, un budget serré pour l’épicerie, peu de sorties hormis les activités gratuites… On n’a même pas remplacé notre vieille voiture. »

Pour Sophie Sylvain, planificatrice financière chez Desjardins gestion de patrimoine, un retour aux études réussi doit impérativement inclure une phase de préparation budgétaire. « Pour minimiser les conséquences de l’endettement, on devrait idéalement planifier son projet au moins un ou deux ans à l’avance afin de mettre de l’argent de côté et préparer un budget avec un conseiller ou un planificateur financier. »

Certaines mesures soutiennent les parents qui doivent concilier études et responsabilités familiales. Par exemple, le programme de prêts et bourses, normalement réservé aux étudiants à temps plein, est aussi offert aux parents qui étudient à temps partiel – ils doivent être inscrits à au moins 20 h de cours par mois. Bon à savoir : le Régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP) permet de sortir l’argent de son REER sans payer d’impôts, pour ses études ou celles de son conjoint. Limité à 20 000 $ sur 4 ans, le montant doit être remboursé en 10 ans maximum.

Bien s’entourer
En intégrant un programme scolaire, on s’immerge dans une petite communauté étudiante dont il ne faut pas sous-estimer le soutien. Siham Moussaoui a aimé la collaboration qui s’est instaurée avec ses collègues inscrits en enseignement. Son petit groupe s’est épaulé, et les séances de révision communes l’ont beaucoup aidée. « Il ne faut pas s’isoler, même si on est le seul de son groupe à être parent ou si on est le plus âgé », conseille-t-elle.

La compréhension et l’appui de nos proches sont aussi d’une grande aide pour mener à bien un retour aux études. Anouk Cayer n’a pas hésité à leur demander de garder les enfants ou de lui prêter main-forte avec les tâches ménagères lors de périodes plus ardues.

Et les enfants ? On sous-estime leur compréhension, croit Siham Moussaoui. « Il faut leur expliquer pourquoi on fait ça, pourquoi maman est absente certains soirs. Même un petit de 4 ans peut comprendre », dit-elle. Avis à ceux qui pensent devoir attendre que les enfants grandissent : Siham affirme qu’elle a plus facilement préservé sa relation avec sa plus jeune fille, aujourd’hui âgée de 5 ans, que celles qu’elle avait avec ses adolescentes de 19 et 15 ans… « J’ai eu l’impression de perdre une certaine influence dans leur vie. » Très fière de son nouveau diplôme, elle regrette cependant d’avoir perdu de précieux moments avec ses filles. « Il y a énormément de sacrifices à faire. Il faut donc être très motivé ! » prévient-elle.

Après trois années difficiles, Anouk Cayer savoure pour sa part sa belle victoire. « Je me dis que la persévérance est une valeur que j’aurai transmise à mes enfants. Plus tard, ils y penseront et seront fiers de leur maman ! »

Ressources à la rescousse
Certains organismes communautaires et services peuvent grandement aider les parents étudiants. En voici quelques-uns.
L’Association Cigogne, à Montréal, a été fondée pour donner un coup de main aux parents étudiants. Elle offre divers services, comme des cuisines collectives, des sorties familiales à faible coût et un service de vente de vêtements à un dollar.

Le Comité de soutien aux parents étudiants de l’Université du Québec à Montréal (CSPE-UQAM) rassemble toutes les informations utiles à ses membres, qu’elles soient personnelles, financières ou scolaires, et les accompagne tout au long de leurs études.

Plusieurs établissements, comme l’Université de Sherbrooke et le Cégep de l’Outaouais, disposent de CPE ou de services de garde à même leur enceinte. Certains priorisent les parents étudiants, comme le service de garde La Gribouille au Cégep du Vieux Montréal, la halte-garderie Le Baluchon à l’Université de Montréal et le CPE La petite cité à l’Université Laval. Cependant, la plupart donnent plutôt la priorité aux professeurs et employés. C’était le cas à l’UQAM jusqu’à ce que le CPE Tortue têtue ouvre ses portes en septembre dernier. « C’est une formule qui a été pensée et longtemps rêvée par des étudiants, pour les étudiants. Et nous allons toujours travailler en ce sens », explique la directrice, Sylvie Martel. L’horaire atypique s’adapte à celui des cours : le CPE accueille les enfants le soir et même la fin de semaine.

Source: Enfants Québec, mai-juin 2016 

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