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Nos enfants ont besoin de silence

Crédit: Shutterstock

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Pour grandir et bien se développer, nos enfants ont besoin de silence. Pas facile dans un monde où la pollution sonore est omniprésente. Ouvrez grand vos oreilles ! Nathalie Côté

« Écoute, maman, c’est calme ! » Chaque matin lorsqu’elle accompagne son fils à la garderie, Alexandra passe par le parc. Là, les bruits de la ville semblent étouffés. On entend même le chant des oiseaux et le passage furtif des écureuils. Spontanément, Théodore, 4 ans, se met à chuchoter et à marcher sur la pointe des pieds. C’est d’ailleurs le seul moment de la journée où elle n’a pas besoin de lui dire d’arrêter de crier.

Apprendre à être plus silencieux à l’occasion est important pour les enfants. Et pas seulement pour donner une pause à leurs parents ! « Leur corps et leur cerveau ont besoin de temps d’arrêt, note Nicole Malenfant, professeure en techniques d’éducation à l’enfance au Cégep Édouard-Montpetit. Ça les aide à être plus attentifs, plus concentrés et disponibles pour faire des apprentissages. » Sans compter que lorsque les décibels montent, ils deviennent souvent plus agités, donc plus bruyants… et s’ensuit un cercle vicieux.

Les moments de calme et de silence permettent également aux enfants de sonder leurs émotions. « Ça les aide d’être moins dans l’action, souligne la psychologue Nathalie Parent. Quand ils sont conscients de ce qui se passe à l’intérieur d’eux, ils sont plus calmes. »

Chut…
Or, à la garderie, à l’école ou à la maison, le bruit est souvent omniprésent. Et cette pollution sonore a des effets bien réels sur la santé, le comportement et les apprentissages. « Les enfants doivent déployer plus d’efforts pour rester attentifs lorsqu’il y a du bruit. Ils peuvent devenir stressés, avoir des maux de tête ou manquer d’énergie, explique l’audiologiste Julie Baril. Avant 12 ans, le système auditif n’est pas complètement développé, alors l’enfant a besoin que la parole soit beaucoup plus forte que le bruit ambiant pour comprendre. »

Le son n’a pas besoin d’être très élevé pour entraîner des effets négatifs. Par exemple, des études ont montré que laisser la télévision ouverte en bruit de fond à la maison nuit au développement du langage des tout-petits. « Plus il y a de bruit, moins ils sont portés à communiquer, constate Nicole Malenfant. Dans un environnement bruyant, leur cerveau a de la difficulté à discriminer ce qui est important de ce qui l’est moins. » De plus, les enfants n’ont pas un vocabulaire assez riche pour pouvoir déduire facilement quels sont les mots qu’ils ont mal entendus. Si le bruit les empêche d’en saisir certains, les paroles deviennent vite incompréhensibles !

Attention : oreilles fragiles
Contrairement aux yeux dont les paupières peuvent se fermer, les oreilles n’ont aucun mécanisme pour se protéger. L’exposition à des jouets très bruyants et à de la musique trop forte, par exemple, peut les abîmer. « De plus en plus de jeunes ont des symptômes auditifs comme des acouphènes, surtout les adolescents, souligne l’audiologiste Julie Baril. C’est alarmant parce que d’habitude, ça apparaît davantage à l’âge adulte. »

Pour évaluer si le volume d’un appareil est trop élevé, on peut télécharger facilement une application de sonomètre sur son téléphone intelligent. À 50 décibels et moins, on ne court aucun risque. Autour de 60 à 70, on peut finir par ressentir de la fatigue. Le seuil de danger se situe à 90 décibels.

Comment réduire le bruit ?
Voici quelques trucs simples pour baisser le volume et obtenir un peu plus de calme.

 Faire taire les jouets sonores en retirant les piles.
« On peut aussi coller un morceau de ruban adhésif sur le haut-parleur si on souhaite simplement atténuer le son », suggère Julie Baril.

 Acheter des écouteurs de qualité.
« Lorsqu’on entend le bruit alentour, on est porté à augmenter le volume pour le masquer », explique Julie Baril. Or, les appareils peuvent souvent atteindre des volumes plus élevés que les seuils sécuritaires. Pensez à bloquer le volume maximal des baladeurs à un niveau convenable.

Chuchoter et s’accorder soi-même des moments de calme.
« Les jeunes apprennent beaucoup par l’exemple », rappelle Nathalie Parent.

Jouer au silence ou à écouter les sons ambiants.
Les enfants acceptent plus facilement de se taire lorsque c’est amusant ! En plus, ils bénéficieront davantage du silence de cette manière. « Le silence imposé de manière autoritaire engendre une tension dans l’air qui n’a rien de relaxant », souligne Nicole Malenfant.

Éteindre les écrans.
Non seulement le son trop élevé peut stresser, mais la luminosité des écrans est un excitant.

Faire des activités de relaxation.
« Chez les plus petits, c’est plus efficace de le faire en mouvement, car c’est plus concret. On peut leur suggérer de sentir une fleur imaginaire plutôt que de leur demander de prendre une grande respiration, par exemple », illustre Mme Malenfant. Attention : lorsque l’enfant vit un moment plus angoissant, le silence peut le rendre mal à l’aise, car son anxiété prend alors toute la place. « Dans ce cas, mieux vaut choisir un moyen de relaxation plus actif, comme le yoga », suggère Nathalie Parent.

Aménager un décor paisible.
Enseignante en maternelle à la retraite, Magda Farès a donné des centaines de conférences sur la pollution sonore dans les écoles du Québec et de l’Ontario. Pour créer un environnement calme, elle recommande de limiter l’utilisation de l’éclairage au néon et les décors de couleurs chaudes (rouge, orange, jaune). « Il a été démontré qu’ils ont un effet sur le système nerveux. Or, quand les enfants sont plus excités, ils sont aussi plus bruyants », dit-elle.

Utiliser un sonomètre.
Magda Farès a fait l’expérience d’installer un sonomètre dans sa classe. Lorsque les mesures étaient reportées au tableau, les élèves pouvaient réaliser à quel point le son était élevé. Résultat : les enfants se déplaçaient beaucoup plus silencieusement, surtout les plus petits.

Source: Enfants Québec, avril 2016

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