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Comment devenir un parent zen ?

Crédit: Shutterstock

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Quand on a des enfants, rares sont les journées qui se déroulent sans petites ou grandes montées d’adrénaline. Existe-t-il une formule magique pour abolir le stress au quotidien ? Il semble malheureusement que non… mais le simple fait de l’accepter pourrait déjà être un pas dans la bonne direction !

Établir une routine solide et la respecter, gérer ses priorités, prendre du temps pour soi, planifier les repas pour toute la semaine, noter trois éléments positifs de sa journée au moment d’aller au lit, prendre un bain chaud ou déléguer des tâches. Voilà quelques-uns des conseils fréquemment promulgués pour faciliter la dynamique familiale et se détendre au quotidien. Si, pour certaines personnes, ils peuvent s’avérer salvateurs (les chanceuses !), plusieurs tentent d’appliquer ces principes tant bien que mal, mais en vain. Aspirer à devenir un parent zen serait-il une résolution utopique ? Non, mais la mission n’est pas simple.

Prendre du recul… un pas à la fois
Pourquoi le rôle de parent se révèle-t-il aussi stressant ? « C’est à cause de notre incapacité à prendre du recul », affirme Brigitte Durruty. Dans son livre Parent zen (Éd. de l’Homme), la coach spécialisée en approche neurocognitive et comportementale décortique les rouages du stress dans le contexte familial afin de rétablir l’harmonie. « Le lien affectif qui nous unit à nos enfants fait que l’on réagit de façon beaucoup plus émotive à tout événement les concernant. Il est parfois difficile d’y voir clair. Par exemple, il est souvent très déstabilisant et angoissant d’avoir un fils ou une fille qui connaît des difficultés scolaires. Mais lorsque c’est un enfant de notre entourage qui a les mêmes problèmes, on a beaucoup plus de facilité à dédramatiser, à se dire que tout n’est pas perdu pour lui et à considérer des solutions. »

Bien sûr, on aimerait parfois réagir de manière moins impulsive à certaines situations. Mais ce n’est pas si facile ! Pour Brigitte Durruty, la première étape consiste à être davantage à l’écoute de soi et de ses émotions. « Si je ne suis pas consciente que je suis en colère ou attristée, je ne pourrai pas prendre du recul. Une fois l’émotion cernée, il faut se demander en quoi la situation est grave, ou du moins inquiétante. Cela nécessitera parfois – quand c’est possible – de sortir de la pièce ou d’aller marcher quelques minutes à l’extérieur, question de changer d’état d’esprit. Ça ne veut pas dire de ne pas réprimander les enfants quand c’est nécessaire, mais seulement de le faire sans laisser nos émotions entraver notre jugement. » Mme Durruty souligne toutefois que cette aptitude ne s’acquiert pas du jour au lendemain. « Il faut s’y exercer, c’est vrai, mais au bout du compte tout le monde en sortira gagnant. Je crois qu’une vie sans problèmes est une utopie. Autant pour les parents que pour les enfants, traverser des épreuves et se relever de ses échecs constitue une grande richesse. »

Se donner le droit à l’erreur
« Le problème, c’est que les parents d’aujourd’hui veulent être parfaits, croit Marie-José Filion, ergothérapeute et auteure du livre Apprivoiser la vie de parent – La famille dans tous ses états (Éd. du CHU Sainte-Justine). L’abondance d’information à leur disposition fait que les parents sont à la recherche de LA bonne façon de faire et se comparent beaucoup les uns aux autres. Ils en deviennent perfectionnistes, ce qui peut devenir très angoissant, et même culpabilisant. On a de moins en moins confiance en nos capacités parentales. »

Pour l’auteure, il faut accepter qu’il n’y ait pas de mode d’emploi. « Chaque famille est unique, chaque individu, petit ou grand, a des besoins distincts. Pour être plus serein, il faut oser établir son propre modèle et être prêt à le réajuster constamment pour s’engager dans la voie qui nous convient réellement », affirme celle qui a élevé trois enfants, aujourd’hui adultes. Elle invite également les parents à s’interroger sur les causes réelles de leur stress. La crainte de manquer d’argent pour les rénovations, le dossier qui nous donne du fil à retordre au boulot ou des disputes incessantes avec notre partenaire influent considérablement sur notre capacité à rester zen au moment de la fameuse crise du dodo ! « À l’âge où on a des enfants, on mène de nombreux dossiers de front, note-t-elle. On s’installe souvent professionnellement et financièrement. C’est pourquoi il faut arriver à faire la part des choses et à relativiser. »

Retrouver le plaisir
Dans son livre, Marie-José Filion évoque les résultats d’une étude réalisée par le psychologue et auteur américain Ray Guarendi. Il y a quelques années, ce dernier a rencontré des familles qui affirmaient fièrement qu’au sein de leur clan, la communication était aussi harmonieuse que l’ambiance était détendue. Quel était leur secret ? « Ces parents acceptaient de prime abord qu’ils ne pourraient jamais être parfaits et jugeaient par conséquent impossible de ne pas commettre d’erreurs, explique l’auteure. Ils insistaient aussi sur l’importance de démontrer à leurs enfants qu’ils s’intéressaient à eux. Enfin, ils considéraient qu’éduquer des enfants représentait une tâche importante, mais qu’avoir du plaisir avec eux s’avérait tout aussi essentiel. »

Cette notion de plaisir est très importante pour Mme Filion, qui regrette qu’elle soit trop souvent évacuée du tourbillon de tâches et d’obligations quotidiennes dans lequel nous sommes tous inévitablement happés. Bien que la vue de cette pile de vaisselle sale sur le comptoir nous horripile, est-il vraiment nécessaire de s’y attaquer immédiatement ? Surtout les soirs où rien ne va plus, où tout le monde, parents comme enfants, est à fleur de peau (oui, ça arrive partout)? « Ces soirs-là, quand les enfants étaient petits, il m’arrivait de leur faire enfiler leur habit de neige par-dessus leur pyjama pour sortir prendre l’air 10 minutes. Ils se couchaient ensuite avec les petites joues rouges, raconte-t-elle. Ce genre d’activités toutes simples aident non seulement à détendre l’atmosphère, mais à revenir à l’essentiel : s’accorder un moment de pur plaisir en famille. »

Les trois nuances du stress
Formatrice et coach spécialisée en approche neurocognitive et comportementale, la Belge Brigitte Durruty a coécrit, avec la psychologue Catherine Schwennicke, le livre Parent zen (Éd. de l’Homme). Au cours de ses recherches, elle a établi que le stress est un état instinctif, donc inconscient, qui peut se décliner de trois façons :

Le stress de fuite « Il s’agit de toutes nos réactions de peur, petites ou grandes, évoque-t-elle. Elles sont souvent liées à la sécurité ou au bien-être des enfants, par exemple quand ils tombent ou se font mal, ou quand on s’imagine toutes sortes de scénarios catastrophes parce qu’ils arrivent en retard de l’école. Si ce stress est important, il peut prendre la forme d’angoisse, d’anxiété, voire de panique. »

Le stress de lutte « Celui-ci se manifeste plutôt par un état de colère. Il peut s’agir d’une petite irritation devant un enfant qui ne nous répond pas poliment ou qui n’a pas rangé sa chambre. Ce stress peut se traduire par une crise de plus grande ampleur, lorsqu’on apprend par exemple que notre enfant s’est battu dans la cour d’école. »

Le stress d’inhibition  « C’est un état lié à la tristesse et à la déprime. C’est ce petit découragement, ce sentiment d’être inadéquat qu’on ressent quand on constate par exemple que notre enfant ne se lave jamais les mains avant de passer à table, bien qu’on lui ait répété la consigne des milliers de fois. Ou ce plus grand désarroi qui nous envahit quand notre enfant pleure à chaudes larmes lorsqu’on le laisse à la garderie le matin. »

Tous dans le même bateau
Qu’est-ce qui vous stresse le plus dans votre rôle de parent ? C’est la question que nous avons lancée sur les réseaux sociaux. Voici un aperçu des réponses recueillies.

« La discipline et, surtout, s’entendre sur celle-ci avec mon conjoint. » Martine

« La responsabilité de devoir faire les bons choix et d’offrir toutes les possibilités à mes enfants afin qu’ils s’épanouissent à leur plein potentiel et qu’ils soient heureux. » Aurélie

« Avoir l’impression que je ne suis pas 100 % là pour mes enfants. Quand ma grande veut de l’aide pour ses devoirs et qu’en même temps ma deuxième fait une crise et que le troisième veut un verre de jus, je ne sais plus où donner de la tête. » Anne-Marie

« La préparation et le moment du souper avec les cris, la chicane et les “j’aime pas les légumes”. On appelle ce moment de la journée l’arsenic hour ! » Geneviève

« Que mon mari ne prenne pas part autant que moi à l’éducation de notre fils. Ça, et la bataille pour le brossage de dents ! » Anick

« Avant, je dressais la liste des choses que je voulais faire pendant ma journée et je finissais par être frustrée quand je n’arrivais pas à tout cocher. Maintenant, c’est une chose à la fois. Je laisse beaucoup plus de place à l’imprévu. » Marie

Source: Enfants Québec, décembre-janvier 2016

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