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Un gros câlin aux CPE

Lettre ouverte à M. le premier ministre Philippe Couillard, au ministre de la Famille, Sébastien Proulx et au député de Brome-Missiquoi Pierre Paradis

Chaque fois que je dépose Juliette à la garderie, je lui fais un gros câlin. Mais j’en fais un aussi au CPE Chez Nous, à Shefford. Pas juste parce qu’il en a bien besoin ces temps-ci. Surtout parce que je l’aime tendrement. Comme on aime un proche qui se dévoue pour nos enfants.

C’est d’abord ma plus grande qui l’a fréquentée. Charlotte y est entrée quelques jours après l’inauguration de l’antenne de la rue Lavigne, un bâtiment sis pratiquement au milieu de la forêt, dans un paisible quartier résidentiel. Et, derrière, des jeux d’eau, des modules, d’immenses bacs à sable, une maisonnette, un circuit de vélo sous les arbres. Essayez d’imaginer un milieu de vie plus agréable et plus sécuritaire ! Voilà qui autorise chaque papa, chaque maman à partir travailler la tête en paix.

Au CPE Chez nous, Charlotte a bricolé, chanté, joué, couru, sauté, dormi, ri — et peu pleuré ! Elle s’y est fait des ami(e)s. Elle a appris à goûter un tas de plats exotiques cuisinés par Rosabelle et Charles (faut essayer le gâteau au citron). Bref, Charlotte s’y est épanouie avant de conquérir la maternelle. Et c’est au tour de Juliette d’y vivre désormais les mêmes expériences enrichissantes et d’y grandir à l’abri des soucis, légitime prérogative de l’enfance.

Si, aujourd’hui, mes deux petites avancent comme des championnes dans la vie, ma conjointe et moi le devons en partie à l’équipe du CPE qui a bien préparé nos filles à l’aventure de la vie : Marie-Claude, Marie-Hélène, Stéphanie, Emmanuelle, Vicky, Michel et tous les autres. Toutes et tous diplômé(e)s, dûment formé(e)s pour veiller au bonheur et à l’éducation (oui, oui, c’est bien de l’éducation !) de nos enfants.

Le personnel n’est pas que compétent et dévoué. Il est stable aussi. Avec les avantages que cela comporte pour les enfants. La stabilité professionnelle assure aussi la stabilité affective des enfants. Pensez-y : ils fréquentent le CPE pendant 3 ou 4 ans, ils sont habitués de voir et revoir les mêmes visages. Ils ne craignent donc pas de se retrouver avec d’autres éducatrices à la fin d’un quart de travail ou lorsqu’ils changent de niveau…

De la stabilité, disais-je. Enfin, jusqu’à tout récemment. Parce que, vous avez un peu brouillé les cartes, ces derniers temps. Vos compressions font mal. Des postes d’éducatrice ont été coupés. Des services spécialisés ont disparus. La qualité des menus est revue à la baisse. Je comprends la lutte au déficit (et je ne prononcerai pas le mot «austérité», de crainte que vous ne détourniez le regard). Mais est-ce normal qu’il faille que notre CPE organise tout au long de l’année des activités de financement pour arracher quelques milliers de dollars en vue de l’acquisition d’un nouveau module, de jouets, de livres ? Est-il normal que les cuisiniers doivent, non pas couper dans le gras, mais bien dans la viande ? Est-il normal qu’ils doivent abaisser la valeur alimentaire de certains plats cuisinés faute d’avoir les moyens d’acheter tel ou tel ingrédient désormais hors de prix ?

Des études disent que les CPE coûtent plus cher que les garderies privées subventionnées ? Soit. Mais même si tel était le cas, peut-on reprocher à des entreprises du secteur de l’économie sociale d’offrir des salaires et des conditions plus décents que dans le secteur privé ? Pourquoi niveler par le bas ? Pourquoi, quand vient le temps de gérer la distribution des fonds publics dans des missions sociales essentielles, comme la santé et l’éducation, faudrait-il donc s’appuyer sur le plus bas dénominateur commun — salaires et conditions médiocres, précarité d’emploi — plutôt que de chercher à améliorer les conditions liées à certains corps d’emploi — largement composés de femmes, soit dit en passant ?

Coudonc’, est-il interdit d’entrevoir un monde meilleur ? D’aspirer à des conditions de travail favorisant non seulement le bien-être d’une catégorie de salarié(e)s, mais ayant un impact direct sur leur productivité — un mot que je n’aime guère employer, mais qui résonne généralement bien dans les oreilles comptables — donc sur le bien-être des tout-petits ?

Ces enfants, soit dit en passant, ce sont aussi vos concitoyens. Peut-être vos futurs électeurs. Même s’ils n’ont pas encore le droit de vote, ils ont droit eux aussi à ce qu’il y a de mieux. C’est que je veux non seulement pour mes enfants, mais aussi pour Raphaël, Florence, Dylan, Eloïse et tous les autres qui suivront. Pourquoi leur refuser la possibilité d’une meilleure enfance ?

Pourquoi refuser en effet d’investir, s’il faut parler en termes comptables, dans cette ressources inépuisable que sont les gens ? Votre gouvernement est enclin à débourser 1 milliard$ pour construire des infrastructures favorisant l’exploitation des ressources naturelles du Nord par de grandes sociétés privées : c’est un investissement qui «est du devoir de l’État», disiez-vous M. le premier ministre en avril 2015. Pourtant, a contrario, vous persistez à loger les CPE dans la colonne des dépenses en leur coupant les vivres sous prétexte qu’«il s’agit d’un effort normal, d’avoir les meilleurs services possibles au meilleur coût possible» !

Votre argumentaire comptable n’est-il pas au fond mû par quelque entêtement idéologique ? Je n’ose croire que vous souhaitiez secrètement saper les fondements du réseau des CPE, héritage de vos adversaires politiques, pour en justifier, dans un proche avenir, le démantèlement au profit des garderies privées. Ce n’est tout de même pas ce que vous avez derrière la tête, n’est-ce pas ?

Non ?

Ouf, me voilà rassuré !

Alors, dites-moi, qu’est-ce qu’ils vous ont fait les CPE pour que vous vous acharniez à ce point sur eux ? À nous, ici à Shefford, et probablement partout au Québec, ils ont fait le plus grand bien. Et si votre gouvernement vient en aide aux grands, pourquoi ne pas vous porter à la rescousse des tout-petits ? Allez, il est temps de poser un bon geste. Laissez parler votre cœur. Faites comme moi. Offrez un gros câlin aux CPE. En argent sonnant, évidemment. Nous, les parents et les enfants, vous en serons tous reconnaissants. Et je suis sûr que Rosabelle vous réservera une belle part de gâteau au citron.

Jean-François Gazaille, Shefford

journaliste et papa de deux petites citoyennes

Voici la pétition Réinvestissement dans les services de garde éducatifs de qualité, à signer sur le site de l’Assemblée nationale

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