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Vivre dans le Grand Nord

Crédit: Benoît Havard

Crédit: Benoît Havard

Une famille québécoise installée à Iqaluit, au Nunavut, nous raconte sa vie boréale. Véronique Champagne

Cela fait un an que Benoît Havard, Michèle Leblanc-Havard et leurs trois enfants ont emménagé à Iqaluit, au Nunavut. Avant, ils ont habité Goose Bay, au Labrador, pendant trois ans. «Dans le Sud», selon Benoît. Et avant le Labrador, il y a eu Pangnir-tung, village au nord de la terre de Baffin, encore plus au nord qu’Iqaluit – plus au nord qu’à peu près tout, en fait. Ces déménagements ont suivi le rythme de la carrière de fonctionnaire de Michèle. Mais ce n’est pas pour le travail que le couple a quitté le Québec pour le Grand Nord. C’est un choix de vie. La rédaction d’Enfants Québec a voulu en savoir plus sur son quotidien.

Après l’aventure, la vie
L’entrevue se fait par Skype. Le visage barbouillé de chocolat, Lily, 2 ans, accapare l’écran de l’ordinateur. Ses frères Mathys, 12 ans, et Yuri, 11 ans, la divertissent tour à tour, pendant que leur papa essaie de raconter l’histoire de sa petite famille entre deux interruptions de connexion – Internet fait souvent des siennes dans le Grand Nord.

« Je pense que l’environnement est important pour s’épanouir, et ici, on revient à la base. Quand mes enfants jouent dehors, je les sens plus sains. Ils se contentent de peu, de l’essentiel », dit-il. L’homme s’y connaît en Grand Nord. Il a fait les manchettes il y a 25 ans, alors qu’il faisait le tour du monde à vélo avec sa chienne Misha dans une niche-remorque, à des latitudes nordiques : Russie, Alaska et Grand Nord canadien…

Après l’aventure, la vie : une vie qu’il souhaitait pour sa famille. « Ce qui t’entoure est tellement immense dans le Nord. Il n’y a pas d’arbres, tu vois à des kilomètres à la ronde tout le temps. Ça te permet de ne plus penser qu’à toi, de comprendre qu’on fait partie de quelque chose. De t’éloigner du matériel, continue le papa à la maison depuis deux ans. Les Inuits prennent plus le temps de ne rien faire avec leurs enfants. Nous, on a tendance à toujours courir pour faire ceci ou cela au lieu de se concentrer sur sa famille. Je préfère le rapport au temps ici. »

Michèle ne partage peut-être pas la trempe aventurière de son conjoint, mais son coup de cœur pour le Nord s’appuie sur ces mêmes valeurs familiales. « On ne se sent pas toujours coincé et stressé. Ici, c’est la famille d’abord, et les patrons sont d’accord. Je ne me verrais pas vivre ailleurs. »

Grandir dans le Grand Nord
Les garçons, eux, se souviennent vaguement du « avant ». Leur maison, c’est ici.

« Avant d’arriver, on pensait que le Nord, c’était l’hiver. Mais il y a l’été ici aussi », dit Mathys. « Je m’ennuie des arbres », concède Yuri quand on lui demande ce qui lui manque dans le Grand Nord. Pourquoi ? « Parce qu’on peut faire plein de trucs avec des arbres. »

Dehors, c’est la toundra sèche et aride : de la neige dure, partout, et peu de nouvelle neige au quotidien. L’océan est tout près, mais il est recouvert d’une épaisse couche de glace et de neige. En ce jour d’avril, il fait – 50 °C (avec le fameux facteur éolien). « C’était – 60 °C ce matin ! » précise fièrement Mathys.

Enveloppée dans une peau de phoque dans son chariot, Lily accompagne son papa dans toutes ses aventures sportives au grand froid. Les enfants jouent dehors, même par les jours de grande noirceur où il fait nuit dès le début de l’après-midi. « Ce n’est jamais tout à fait noir à cause de la neige », explique Mathys. L’été, il fait pratiquement toujours clair. « Il y a des enfants qui jouent dehors à minuit, 1 h du matin ! Certaines personnes ne dorment pas pendant 48 heures pour suivre le rythme du soleil. C’est vraiment spécial », relate le père.

Le week-end, la famille part souvent en expédition en motoneige – l’activité de plein air préférée de Mathys. Derrière, la bande tire un petit abri-roulotte pour se réchauffer et se protéger des éléments quand la météo s’emballe.

« J’aime les arcs-en-ciel ici », affirme Yuri. Son père explique : « Parce qu’il fait très froid, quand le soleil se couche, on voit des colonnes de lumière au-dessus du soleil. Ce sont les cristaux de glace qui renvoient l’éclat du soleil, comme des petits miroirs. » Et pratiquement tous les jours, il y a des aurores boréales, que les garçons aiment observer. Tout est dégarni à Iqaluit, mais le ciel se donne en spectacle.

 Apprendre à Iqaluit 
Les garçons fréquentent la seule école francophone d’Iqaluit, ville de près de 8 000 habitants. Regroupant deux niveaux scolaires, leur classe compte une quinzaine de jeunes, pour la plupart d’origine canadienne ou québécoise. « Les Inuits parlent anglais ou inuktitut et fréquentent les écoles anglophones. La communauté francophone forme une entité culturelle distincte, somme toute florissante », constate leur enseignante, Lise Boiteau. Avec son mari, elle a déménagé de Winnipeg à Iqaluit en août 2014. Ils resteront deux ans. En fin de carrière, elle avait envie de découvrir de nouveaux horizons. « C’est courant ici. Les gens viennent un ou deux ans vivre une expérience, puis rentrent chez eux. Mais quelques-uns y déménagent avec leur famille… » Elle estime que 90 % des enfants de l’école sont nés à Iqaluit. « Certains élèves ne sont jamais allés ailleurs. Dans le prochain module, je devrai parler des espèces d’arbres à des enfants qui n’en ont jamais vu un seul ! » raconte-t-elle en riant.

 

Source: Enfants Québec, décembre-janvier 2016

Commentaires

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Un commentaire

Anitra

Como assim Datena no seu lugar???? Tá todo mundo loco, oba!!! Sem você meu caro a essência do CQC se esvai, perde o sentido… a &#cgt0;8a2i2oria”!!! Queremo Tassss!!!

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