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Maman a besoin d’air

Crédit: Album personnel

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Pas facile de prendre du temps pour soi quand on est maman! Mère de 4 enfants, Maude Simard nous raconte ce qu’elle a appris en passant une fin de semaine seule à la maison…

J’ai toujours voulu des enfants. Quatre. Avant 30 ans.  Allaiter, rester à la maison avec eux, cuisiner, bricoler. J’ai terminé un bac mais au fond de mon cœur, je savais que ma carrière ne serait pas très lucrative mais plutôt riche en amour et en cris d’enfants.

La vie fut généreuse avec moi. Nous avons accueilli notre premier enfant à bras ouverts et nous avons dû ouvrir plus grand car cinq ans plus tard, à 28 ans, j’accouchais de mon quatrième. Tout se concrétisait, comme je l’avais imaginé longtemps auparavant.

M’ennuyer ? Pas le temps. Plus le temps ! Mais aujourd’hui, pour la première fois depuis des lunes, je me retrouve seule dans la maison. Mon merveilleux chum me laisse une fin de semaine de repos et prend le bord du chalet avec la marmaille. Et le chien. Je n’aurais jamais cru dire ça, mais depuis quelques semaines, je rêve secrètement de ce moment. Manger un repas chaud sans m’arrêter. Laver un plancher qui restera propre plus de deux minutes. Frotter un foutu frigo en stainless qui brillera plus de trois secondes. Prendre une douche sans que la porte de la salle de bain ne s’ouvre quatre fois. Dormir. Lire. Et j’en passe. Tellement !

Mais maintenant que je fais les valises de tout ce beau monde, que je suis à quelques heures de ma liberté provisoire, je me retiens mille fois pour ne pas balancer mes trucs avec les leurs. Ma grande me demande ce que je vais faire toute seule. Ma deuxième me propose de dormir dans son lit si je m’ennuie trop. Et alors qu’ils tournent le coin de la rue et que je ne les vois plus, ou plutôt qu’ils ne me voient plus, je pleure. Sans être capable de m’arrêter. Tout le surplus accumulé s’échappe de moi. Quel genre de mère je suis de laisser partir ma famille comme ça ? Et s’il leur arrivait quelque chose ? Tout ça pour que je me repose ? C’est si égoïste.

Je réalise que j’étais beaucoup plus à l’aise avec l’idée de désirer la solitude passagère qu’avec le fait de me retrouver les deux pieds dedans. Ce silence tant souhaité est maintenant un peu lourd. Mon plancher qui brille ne m’excite plus tant que ça. J’ai presque envie de passer mes doigts sur le frigo. Presque !

Mais je ne gaspillerai pas ce temps si précieux. Parce que je sais tout ce que mon conjoint accomplit en ce moment pour que MOI, je me repose. Parce que je sais que ça ne reviendra pas de sitôt. Je vais respirer profondément pour m’habituer à ce calme si déstabilisant.

Il y a plus de huit ans, à la veille de réaliser mon rêve de maternité, je ne croyais pas qu’un jour j’aurais ce besoin si intense d’air. Prendre l’air, changer d’air. Je m’étais préparée à tout mais pas à ça. Avoir besoin de me séparer de ceux que j’aime le plus au monde ? Pas pour moi. Pourtant, la non-maman solitaire que j’étais aurait dû y penser. Mais non.

Maintenant, enfin, je reprends mon souffle. Et je peux m’ennuyer de ma famille. Le bonheur est si proche de moi que son effluve me déserte à l’occasion. Trop habituée à son odeur, certaines journées plus difficiles, je ne le sens plus. Mais en ce moment, son parfum me manque. Bonheur qui crie, qui chiale, qui bougonne et fait le bacon, je m’ennuie de toi. Bonheur qui éclate de rire, me dit qu’il m’aime gros comme l’univers, me serre contre son cœur et me raconte toutes sortes d’histoires, mes bras sont grands ouverts et mes poumons sont pleins d’air frais. Je vous attends.

Source: Enfants Québec, décembre-janvier 2016

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Un commentaire

Julie Chouinard

Wow! J’ai les larmes aux yeux en lisant ce beau témoignage. Je suis une maman comblée de 6 enfants avec le plus merveilleux des maris. Depuis la naissance de mon plus vieux, bientôt 14 ans, je n’ai pas pris ce temps de repos, seule à la maison. Peut-être en ais-je pas encore de besoin… peut-être que je me refuse simplement de me donner droit à ces « vacances »… d’une façon ou d’une autre, faire le choix d’être une maman à la maison, donner la vie, allaiter, voir grandir, donner le mieux de soi, offrir l’amour et le temps en quantité et en qualité c’est ce qu’il y a de plus enrichissant au monde!

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