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Raconte-moi une histoire

Crédit: Shutterstock

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Les voix baissent de quelques octaves, les petits spectateurs s’installent parmi les coussins douillets et prêtent l’oreille avec fébrilité, lorsque enfin… l’heure du conte sonne ! Mélissa Proulx

En manque d’inspiration pour rendre ce rituel familial encore plus joyeux ? Faites le plein d’idées grâce aux conseils de nos redoutables façonneurs d’histoires !

Quelles histoires ?
La lecture en partage entre un parent et son enfant débute inévitablement par une visite à la librairie ou à la bibliothèque municipale – à moins que les rayons de vos propres étagères soient bien garnis. Pas facile de choisir devant la panoplie de titres offerts. Pourquoi ne pas commencer par des livres qui vous interpellent ? suggère Sylvie Roberge, auteure et conteuse pour la jeunesse. « L’intérêt du parent pour l’histoire racontée va susciter autant, sinon plus d’intérêt et de curiosité chez l’enfant. Dans ce contexte, l’enfant comme le parent auront fort probablement envie de recommencer », précise-t-elle.

Première lecture
Avant d’ouvrir le livre en présence de vos enfants, il pourrait être facilitant de s’accorder un moment de lecture en solo pour le simple plaisir de vous mettre l’histoire en tête et les mots en bouche. « Ce premier défrichage permet de voir les difficultés du texte, le rythme et la musicalité des mots, explique Sylvie Roberge. Le moment sera alors bien choisi pour identifier les personnages et s’amuser à choisir leurs voix respectives, comprendre la structure de l’histoire et vérifier qu’elle coule bien. Plus le parent aura le récit en tête, plus il sera à l’aise de le lire devant son auditoire. »

S’amuser avec les voix, les bruits et les sons
« Interprétez ! Jouez ! Même si vous n’êtes pas bon acteur, prêtez-vous au jeu de la représentation, de l’intonation. Et surtout, croyez-y ! » lance l’auteur Bryan Perro, dont les deux grands-pères étaient de formidables conteurs de salon. « Aujourd’hui, je me fais une joie de réanimer cette magie auprès de ma petite-fille. Mon plaisir, c’est de nourrir l’imaginaire avec l’improbabilité, mais quand l’improbabilité devient probable aux yeux des enfants, c’est là que la magie se crée. »

Jouer le loup, la sorcière, le super-héros ou le monstre, se mettre dans la peau d’un autre le temps d’une histoire, ça défoule, souligne Sylvie Roberge. « Je me souviens encore des premières lectures que j’ai faites à mes enfants. C’était magique. J’irais même jusqu’à dire que ça devient thérapeutique de renouer avec sa propre enfance en se donnant le droit de jouer. Le petit enfant en nous ressort et on se laisse happer par les émotions transmises dans le conte. »

Changer de ton de voix ou d’accent selon le personnage, faire des mimiques, des gestes et des bruits, voilà des stratégies infaillibles pour captiver l’auditoire et rendre l’histoire plus vraie que vraie. « Mon conjoint a développé sa spécialité, témoigne Véronique Dagenais, éducatrice spécialisée en garderie et mère de quatre enfants. Il ponctue ses histoires d’effets sonores. Il va par exemple reproduire le bruit d’un orignal qui traverse un ruisseau (clap, clap !) et qui cale dans la boue (floc, floc !). Les enfants adorent ! »

Un débit de lecture plutôt lent et une bonne articulation sont également de parfaits alliés pour les parents lecteurs soucieux de se faire comprendre, rappelle l’orthophoniste Marie-Ève Bergeron-Gaudin.

Ambiance favorable
Quelques éléments suffisent pour installer une atmosphère stimulante et chaleureuse, ce qui rendra l’heure du conte encore plus précieuse. Pour créer un cadre feutré et enveloppant, Sylvie Roberge suggère d’allumer une bougie parfumée et de diffuser une musique douce qui annonce le début de l’activité. « On peut aussi s’amuser à mettre le livre dans une boîte décorée par les enfants puis à réciter une formule magique avant de l’en extraire. Des objets cachés dans la boîte pourraient également donner des indices quant à l’histoire qu’on s’apprête à raconter. Une fois la lecture terminée, on répète les mêmes gestes dans l’ordre inverse, afin de signaler qu’on sort de l’imaginaire pour revenir au réel », propose-t-elle.

Véronique Dagenais, elle, privilégie au contraire les ambiances neutres, sans flafla. « Je lis plus souvent des histoires à mes enfants dans ma chambre. Il n’y a pas trop de toutous ou de jouets qui traînent. On s’installe calmement dans le grand lit et tout le monde voit bien le livre que j’ai entre les mains. »

Un beau moment pour échanger
Une fois l’attention captée, la lecture peut commencer… et même s’interrompre au gré des questions des petits spectateurs. « On profite de la lecture pour créer un moment d’interaction avec l’enfant en laissant ses questions venir. De la même façon, le parent peut poser des questions, tant que ça demeure naturel et que ça ne brise pas le rythme de l’histoire, conseille Marie-Ève Bergeron-Gaudin, mère de deux garçons. À partir de 3 ans, les enfants commencent à faire des liens et à poser la question “pour-quoi ?”. C’est signe que leur pensée et leur langage se complexifient. »

Les portes de l’imaginaire
Les histoires ont une vie en dehors des livres ! Une fois bien entraîné, le parent lecteur peut s’aventurer à devenir parent conteur en parsemant le quotidien familial de parcelles de fantaisie. « J’adore raconter des histoires de mon cru, affirme Véronique Dagenais. Quand je suis moins inspirée, je raconte une tranche de vie, que ce soit ma journée au boulot ou la naissance d’un de mes enfants, avec un soupçon d’action, un brin de suspense, un effet de surprise et un peu d’émotion. Les enfants ne se lassent jamais d’é-couter l’histoire de leur naissance ! »

Conteur invétéré, Bryan Perro ne perd jamais une occasion de faire vivre le conte ou la légende dans la vie de sa petite-fille de 3 ans. « J’habite un immense terrain où il y a deux forêts : celle des fées en haut de la montagne et celle des lutins en bas. Alors nous partons nous balader ensemble à la recherche des fées. Nous avons aussi installé une cloche en plein cœur du bois pour faire peur aux korrigans, des lutins en roche malveillants. Vous savez quoi ? On n’en a pas, de korrigans, depuis ce temps-là », s’exclame-t-il, la malice dans la voix.

Qui sait ? Cet intérêt pour l’imaginaire se répercutera peut-être dans les aptitudes de vos enfants, suggèrent nos conteurs. « Ma fille aînée me ressemble beaucoup. Elle a de la facilité à inventer et à raconter des histoires, observe Véronique Dagenais. Je constate que mes filles ont une grande capacité pour les jeux de rôle ; elles sont créatives, ont de la répartie et une imagination débordante ! »

Les contes et leurs vertus
De tradition orale, le conte a une double fonction : distraire et enseigner. Il est souvent émaillé d’énigmes et de mystères à décoder et traite de valeurs universelles comme le discernement, la persévérance et l’honnêteté. « Arrêtons d’être dans le concret et dans ce qu’il faut dire ou ne pas dire aux enfants, et laissons-nous charmer par le fantastique, par le merveilleux ! lance Bryan Perro. En plus de nourrir l’imaginaire, le conte aborde souvent des thèmes troublants qui préparent les jeunes à différentes émotions qu’ils vivront plus tard. Pensons simplement aux contes classiques comme Le petit poucet ou Le petit chaperon rouge. »

L’orthophoniste Marie-Ève Bergeron-Gaudin abonde dans le même sens et encourage les parents à renouer avec les contes classiques en lisant des histoires comme Boucle d’or et Les trois petits cochons à leurs enfants. « Ces histoires intemporelles poussent les enfants à réfléchir sur les sentiments des personnages, les conséquences d’une action, la résolution de problèmes, l’anticipation d’un événement. C’est par le langage que l’on arrive à exprimer tous ces éléments. L’enfant sera donc porté plus tard à faire des liens de causalité, à anticiper et comprendre plus facilement les émotions des personnes en général. Une bonne histoire entraîne ce genre de réflexions. »

 

Nos raconteurs étoiles

Crédit: TZA RA MAUD

Crédit: TZA RA MAUD

Bryan Perro Écrivain, éditeur et libraire, Bryan Perro est l’auteur de la populaire série jeunesse Amos Daragon. Papa trois fois et grand-papa une fois, l’ex-enseignant œuvre également comme comédien, metteur en scène et conteur.

 

 

 

 

Crédit: Marie-Josée Legault

Crédit: Marie-Josée Legault

Sylvie Roberge Mère de famille et grand-maman, auteure, conteuse et animatrice jeunesse, Sylvie Roberge détient une maîtrise en didactique de la littérature d’enfance et de jeunesse. Elle signe les séries Lis et raconte, Grignote les mots et Gribouillis (éd. Dominique et compagnie).

 

 

 

Crédit: Studio Magenta

Crédit: Studio Magenta

Marie-Ève Bergeron-Gaudin Orthophoniste spécialisée en petite enfance, Marie-Ève Bergeron-Gaudin pratique en clinique privée et est la mère de deux garçons de 1 et 4 ans.

 

 

 

 

Crédit: Album personnel

Crédit: Album personnel

Véronique Dagenais Éducatrice en garderie et maman de quatre filles de 2, 5, 7 et 8 ans, Véronique Dagenais organise chaque année une activité de contes d’Halloween à l’école de ses enfants.

 

 

Source: Enfants Québec, novembre 2015

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