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« Maman, j’ai peur que tu meures ! »

crédit photo: Julia Marois

crédit photo: Julia Marois

Durant ma courte carrière de mère, je me suis déjà levée des centaines et des centaines de fois au cœur de la nuit, réveillée en sursaut par des cris de faim, de frustration, de fièvre ou d’effroi. J’avoue que je me suis parfois sentie interloquée, inquiète ou impuissante en tenant mon fils bien serré contre moi alors que le manque de sommeil m’empêchait de penser clairement. Mais cette fois-là, j’étais vraiment désemparée.

En entrant dans la chambre de mon fils, j’étais prête à me battre avec des monstres tapis sous le lit, à partir vaillamment à la recherche d’un doudou égaré ou même à affronter l’horrible gastro. Mais je n’étais pas prête à affronter mon impuissance à calmer sa peine.

Ma belle-mère est décédée brusquement l’an passé. Mon fils adorait sa grand-mère. Depuis le jour de sa naissance où elle avait été là pour le prendre dans ses bras quelques minutes après sa première goulée d’air, elle avait accompagné chacune de ses premières expériences.

Il a fallu lui expliquer que grandma était morte. Il a fallu lui expliquer ce qu’était la mort. Et pourquoi c’était définitif. À l’âge de 3 ans, il fallu plusieurs mois pour qu’il commence à comprendre qu’elle ne reviendrait pas. Depuis, la mort semble l’obséder. Il en parle tout le temps et à tout le monde. Il se met parfois à pleurer soudainement en pensant à sa grand-mère qui lui manque. Et il se réveille en pleine nuit, terrorisé.

Bien sûr, j’ai fait des recherches sur le web, j’ai lu des livres, j’ai interrogé ma famille, mes amis, les éducatrices à la garderie, notre médecin de famille et même la psychologue Claudia Écrement pour savoir comment réagir. J’ai répondu à toutes ses questions avec la plus grande franchise possible. J’ai lu avec lui des livres sur le deuil, adaptés à son âge. J’ai essayé de le rassurer de toutes les manières possibles.

Mais cette nuit-là, j’étais seule face à sa détresse. « Maman, j’ai peur que tu meures ! » Que dire sans mentir ? Que répondre sans accentuer ses frayeurs ? Je l’ai bercé en lui murmurant des mots tendres, jusqu’à ce qu’il s’endorme.

Mathilde Singer

Source: Enfants Québec, novembre 2015

 

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