superbanniere
Abonnement Magazine

Bibliothérapie – Les mots pour le dire

Crédit: Shutterstock

Crédit: Shutterstock

Des experts nous font découvrir les bienfaits de la bibliothérapie, une approche basée sur la lecture qui permet aux enfants de se sentir mieux et même de surmonter de graves difficultés. Myriam de Repentigny

Un jour, la psychologue pour enfants Nadia Gagnier a dû annoncer à un enfant qu’il souffrait d’un déficit d’attention avec hyperactivité. Elle a choisi de le faire par l’entremise d’un livre. « Je lui ai lu un roman de Jean Gervais, Le cousin hyperactif, qui raconte l’histoire de Sébastien, un garçon aux prises avec ce trouble qui doit apprendre à gérer son comportement, à l’école et à la maison. À la fin de l’histoire, l’enfant semblait en colère. Il m’a dit : “Je pense que l’auteur m’a espionné : cette histoire, c’est la mienne !” À partir de ce moment, j’ai su que la porte était grande ouverte pour entrer en communication avec lui et entreprendre la thérapie », relate-t-elle.

Nadia Gagnier utilise souvent des livres racontant une histoire qui colle à la réalité de ses jeunes patients afin d’aborder certains aspects d’un problème, que ce soit l’anxiété, l’intimidation, la colère ou encore l’alcoolisme d’un parent. C’est ce qu’on appelle la bibliothérapie. « Le monde imaginaire étant moins menaçant que la réalité, c’est plus facile d’y aborder les vrais questionnements. Dans certains con-textes, cette approche est idéale, car elle permet de parler des “vraies affaires”, mais de façon indirecte », explique le neuropsychologue Vincent Paquette.

S’identifier aux personnages
Nadia Gagnier a souvent recours aux livres du psychoéducateur Jean Gervais, qui signe les romans de la collection « Dominique » publiée aux Éditions du Boréal. « Par l’intermédiaire de l’histoire, chaque livre de la collection vise d’abord à ce que l’enfant se sente compris, arrive à mettre des mots sur ce qu’il vit et prenne conscience qu’il existe des solutions à son problème », explique la Dre Gagnier.

L’auteur appuie ses histoires sur des faits vécus et s’inspire de témoignages d’enfants et de parents afin qu’elles soient le plus réalistes possible et permettent au jeune lecteur de s’identifier à un personnage qui vit la même chose que lui. Par exemple, dans L’ami de Dominique n’aime pas l’école, le jeune François est confronté à des difficultés scolaires, tandis que Les manies de Maude raconte l’histoire d’une petite fille souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette. « Il n’y a rien de pire pour un enfant que de ne pas se sentir normal, constate Jean Gervais. Mes livres ont pour but de permettre de “normaliser” les émotions de l’enfant et ses interactions avec les autres, brisant par le fait même son sentiment de solitude. »

C’est également l’objectif des ouvrages de la psychologue Geneviève Marcotte, coauteure, avec Nathalie Couture, des guides d’intervention Incroyable Moi maîtrise son anxiété, Formidable Moi apprend à vivre avec des parents séparés et Extraordinaire Moi calme son anxiété de performance, publiés aux Éditions Midi trente. « Il peut être bénéfique pour un enfant de réaliser qu’il n’est pas le seul à vivre telle ou telle situation et que d’autres sont parvenus à surmonter la difficulté qu’il rencontre. S’identifier à un personnage dans une histoire peut en aider plusieurs », renchérit Geneviève Marcotte.

Selon Nadia Gagnier, qui considère qu’en thérapie, tout passe par la communication, les livres permettent également à l’enfant d’acquérir un vocabulaire « affectif » qui le rend plus apte à exprimer ce qu’il vit. « Quand un enfant a un vocabulaire plus développé, ça l’aide à mettre des mots sur ses pensées, ses émotions, ses comportements et ses attitudes. Ça diminue ses frustrations et augmente sa capacité à résoudre des problèmes et à gérer ses émotions. Par ailleurs, une résolution positive de l’histoire racontée dans le livre peut redonner à l’enfant confiance en la vie et en lui-même, facilitant du coup sa guérison affective », explique-t-elle.

À la maison
S’il est le fidèle allié de plusieurs psychologues pour enfants, le livre peut également être utilisé à la maison. «La bibliothérapie peut se pratiquer avec le parent. En s’appuyant sur l’histoire que vit le personnage pour questionner son enfant, il pourra l’aider à élargir son champ de compréhension et à prendre conscience des pistes de solution qui s’offrent à lui », affirme Jean Gervais.

Car si la bibliothérapie convient aux enfants souffrant d’un problème particulier, voire d’une détresse psychologique, elle s’adresse aussi à tous les enfants. «Lire avec un adulte favorise un échange et vient en quelque sorte rehausser les bénéfices de la lecture », dit le neuropsychologue Vincent Paquette. Le livre peut en effet être utilisé dans un objectif de prévention, d’information, afin d’aborder certains sujets délicats ou tout simplement pour entrer en relation avec son enfant. «Lire une histoire à un enfant peut toujours avoir des vertus thérapeutiques, même en dehors d’une thérapie, croit Nadia Gagnier. Le livre aide l’enfant à trouver les mots pour se confier. Un moment de lecture permet au parent d’entrer en mode confidences avec son enfant et de créer ou de maintenir une relation de confiance avec lui.»

D’autres collections de livres de bibliothérapie
Certains éditeurs proposent des collections de livres jeunesse (romans ou albums) qui traitent en douceur de thèmes parfois difficiles.

La collection « Une histoire sur… » des éditions Dominique et compagnie est constituée d’une série d’albums illustrés amusants et réalistes racontant diverses expériences que peuvent vivre les jeunes enfants. Ces ouvrages (Amina subit le racisme, Anaïs voit rouge ou Léon se trouve trop rond, pour ne nommer que quelques titres) comptent une section informative destinée aux parents et aux éducateurs. Conçus pour être utilisés en CPE, à l’école ou à la maison, ils présentent divers problèmes aux enfants de 3 ans et plus, tout en fournissant aux adultes des outils pour les y préparer ou les soutenir.

La série de bandes dessinées française Max et Lili de Dominique de Saint-Mars et Serge Bloch (collection «Ainsi va la vie», éditions Calligram) mise sur l’humour pour aborder des sujets aussi complexes que la pédophilie (Lili a été suivie) et l’estime de soi (Max se trouve nul). Ces petits livres faciles à lire, étoffés de quelques pages de questions permettant à l’enfant de faire un retour sur l’histoire, sont destinés aux lecteurs de 9 à 12 ans.

Source: Enfants Québec, novembre 2015

Commentaires

commentaires

Un commentaire

Judith

Avec de si beaux ch#oe-d&s39;feuvres, tu prends le risque de découvrir ton fils qui gratte encore et encore le mur de sa chambre pour pouvoir y mettre ensuite une joli tableau. Bon, ça c'est fait, je t'ai avertie. Pour ce qui est de ta page, je l'adore et d'avoir ainsi mis en évidence le prénom des deux grands pour former celui du dernier, c'est trop génial !Bises

pas de compte facebook ?
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

À lire aussi

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle...

Lire la suite →

Lecture: J’adore le repas du matin!

Et si on s’amusait à lire en famille, à la garderie ou à...

Lire la suite →

Coloriage : Une journée avec Galette

La collection Galette publiée aux éditions Dominique et compagnie,...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →