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Zoothérapie: Murmurer à l’oreille des lapins

Crédit: Clémence Risler

Crédit: Clémence Risler

Au Québec, la zoothérapie est encore peu répandue dans les interventions en orthophonie et en ergothérapie. Pourtant, à la clinique Un museau vaut mille mots, on sait que cette approche fait des miracles… ou presque ! Clémence Risler

Cette clinique privée pour enfants de Terrebonne n’a rien d’ordinaire. Son personnel, surtout, est pour le moins atypique : outre les orthophonistes et les ergothérapeutes, on y trouve des chiens, des lapins, des cochons d’Inde, des furets et des hérissons. Et ceux-ci prenent activement part aux interventions auprès des jeunes patients. C’est qu’ici, la zoothérapie est à l’honneur !

Coralie et Myriam, deux jumelles de 11 ans, font leur entrée. Au lieu de s’asseoir dans la salle d’attente, elles se dirigent illico au bout du corridor principal, impatientes de retrouver leurs petits amis qu’elles n’ont pas vus depuis deux semaines. C’est donc avec grand bonheur qu’elles aperçoivent le lapin Flappy, les cochons d’Inde Frimousse et Comptine et le furet Voyelle. Sous l’œil attentif de leur maman, les petites ouvrent les cages pour cajoler leurs complices poilus.

Quand Jessica Jennings Forget, zoothérapeute et agente en stimulation du langage, apparaît avec Lili, un magnifique berger australien, les fillettes explosent littéralement de joie ! La sympathique intervenante disparaît d’abord avec Myriam pour une séance d’une heure. Pendant ce temps, Coralie s’occupe en jouant avec Voyelle. Curieuse, la petite femelle furet se fourrera le nez dans le sac de sa maman !

« Nous avons vu beaucoup d’intervenants avant d’arriver ici il y a un peu plus de deux ans. Nous avons commencé avec Myriam qui, dès le début du primaire, s’est révélée dyslexique et dysorthographique. Coralie a quant à elle toujours présenté un retard de langage qui s’est avéré être de la dysphasie », relate Maryline, la mère des jumelles qui souffrent aussi d’un TDAH. Malgré toutes leurs difficultés scolaires, les petites ont réussi à cheminer en classe ordinaire et entament la dernière année de leur primaire.

Les visites répétées à la clinique ont donné de merveilleux résultats. Malgré ses difficultés en lecture, Myriam a développé une immense passion pour cette activité, se plongeant dans un roman dès qu’elle en a l’occasion. « Parce que les suivis en orthophonie se déroulent ici en présence d’animaux, les filles n’ont pas l’impression de travailler, mais de s’amuser, tout simplement. L’école est déjà très exigeante pour elles ; ça m’apparaissait important de trouver des méthodes qu’elles ne percevraient pas comme un fardeau supplémentaire. Quand nous prenons des pauses, par exemple durant les vacances d’été, les filles sont très déçues de ne pas venir ici toutes les deux semaines, comme d’habitude. »

Les bienfaits de la zoothérapie
« Quand un enfant arrive chez nous, il se fait d’abord évaluer soit en orthophonie, soit en ergothérapie, dépendamment de ses troubles. Nous rencontrons des enfants aux problèmes divers, allant de l’autisme à la trisomie, en passant par des déficiences intellectuelles légères ou majeures, des retards de langage ou des troubles de comportement », mentionne Annie Provencher, fondatrice et propriétaire d’Un museau vaut mille mots. Celle qui se dirigeait vers une carrière en comptabilité a un jour décidé de conjuguer sa fibre entrepreneuriale à ses passions pour les enfants et les animaux. Diplôme de zoothérapie en main, elle a fondé la clinique il y a cinq ans.

Selon Mme Provencher, les petits miracles qui s’opèrent chaque jour dans son centre sont attribuables au fait que les animaux ne portent aucun jugement. « Les premières rencontres sont souvent très intimidantes pour les enfants. Quand l’intervenant se présente avec un animal dans les mains, ça les met en confiance. La timidité disparaît très rapidement et le lien se tisse beaucoup plus vite. »

Si la mère de Coralie et Myriam est d’avis que la présence des animaux fait toute la différence, elle constate que l’approche agit différemment sur chacune de ses filles. « Myriam adore les animaux, au point où elle voudrait exercer un métier qui s’y rapporte. Pour elle, être avec un animal est perçu comme une récompense, donc comme une motivation. Pour Coralie, qui a aussi un trouble d’anxiété généralisée et des TOC, l’animal est davantage un vecteur de concentration et de tranquillité. Ça lui donne confiance en elle. Quand elle doit faire un exercice très difficile, sentir l’animal auprès d’elle et le flatter l’aide à se “grounder”. Avant, elle pouvait faire des crises et se grafigner si elle ne comprenait pas une consigne. L’animal remplace en quelque sorte la poche de sable qu’on dépose sur les genoux des enfants pour les aider à se concentrer. Par ailleurs, les enfants dysphasiques sont très centrés sur eux-mêmes ; Coralie a donc tendance à tenir pour acquis que c’est elle qui importe d’abord et avant tout. À la maison, le fait d’avoir un chat et un lapin contribue à accroître son empathie et son sens des responsabilités. »

En pleine action
La première heure étant écoulée, c’est au tour de Coralie de se rendre auprès de Jessica. Au lieu de prendre place à une table ou à un bureau, la fillette est invitée à s’asseoir par terre, aux côtés de la zoothérapeute qui la suit en orthophonie, sans oublier la chienne Lili. Cette dernière est docilement couchée, prête à répondre aux consignes de Jessica, sa maîtresse – les chiens appartiennent aux intervenants, contrairement aux petits animaux, comme les furets et les cochons d’Inde, qui sont des résidents de la clinique.

Le premier exercice consiste à piger des cartes sur lesquelles sont inscrites des lettres. Pour chaque lettre, Coralie doit trouver le plus de mots possible débutant par celle-ci. La première est un N. « Natation », « naturel », « nager », « nommer »… La petite participe de bon cœur à l’exercice. Au terme de ses efforts, elle a le droit de donner à Lili une croquette dissimulée dans un petit œuf de plastique, avant de reprendre avec une autre lettre.

Place à la deuxième activité. Coralie doit faire la lecture à Lili, qui a enfilé pour l’occasion un manteau muni d’étiquettes arborant les questions « Qui ? », « Quoi ? », « Où ? », etc. Quand l’histoire de Boucles d’or et les trois ours est terminée, Coralie doit répondre aux questions figurant sur le dos de sa copine canine.

On procède ensuite à une petite pause câlins. La fillette enlace Lili avant d’enchaîner avec l’activité suivante. Cette fois, Coralie se tient debout devant un tableau, Lili couchée à ses pieds. Elle pige une carte représentant de la tire d’érable et doit composer une phrase comportant le nom de la saison à laquelle se rapporte l’image. L’exercice s’avère ardu pour Coralie. Mais le jeu en vaut la chandelle, puisque après son labeur, elle pourra faire sauter Lili dans un cerceau !

La zoothérapie au service de…

… l’orthophonie
De récentes études scientifiques prouvent que les animaux ont un effet significatif sur la communication. Pour l’orthophoniste Véronique Boisvert, cela va de soi. «Quand on a du plaisir, on est beaucoup plus enclin à parler. Les animaux apportent cette dimension ludique dans nos interventions. Un enfant qui a de la difficulté en lecture ne sera pas intimidé de lire à haute voix devant un chien, car il sait que ce dernier ne le juge pas s’il bute sur un mot.»

… l’ergothérapie
Cette approche vise l’autonomie. Avec un jeune éprouvant des difficultés de motricité fine, l’ergothérapeute Christine Morais usera de créativité pour faire intervenir les animaux: «Avec des blocs Lego, on pourrait par exemple construire une litière à un lapin, puis confectionner des confettis avec un poinçon pour remplir le petit bac. Même si en réalité la litière ne servira jamais, pour l’enfant, l’activité est très valorisante.»

Un museau vaut mille mots
Outre les approches décrites dans le texte, la clinique offre de l’aide aux devoirs ainsi que des ateliers de stimulation du langage en CPE et en milieu scolaire. L’été, les jeunes peuvent prendre part à un camp de jour. Durant leur séjour, ils bénéficieront de thérapies individuelles, d’ateliers d’intégration sociale et sensorielle et d’activités pour les faire bouger. Le point commun : la présence de petits amis à quatre pattes ! Info : unmuseauvautmillemots.com

Bon à savoir
Lorsqu’on désire faire affaire avec un zoothérapeute, il est préférable de vérifier qu’il possède des assurances et qu’il fait partie de la Corporation des zoothérapeutes du Québec. Info : corpozootherapeute.com

 

Source: Enfants Québec, octobre 2015

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