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Histoires de peurs

Crédit: Shutterstock

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Petits, ils ont peur des monstres sous le lit, des ombres dans le couloir, des bruits, des clowns et des bestioles de toutes sortes. Plus grands, ils s’inquiètent de l’imminence d’une catastrophe naturelle ou d’une attaque de zombies… Comment aider nos enfants à surmonter leurs peurs ? Nathalie Côté

Souvent perçue négativement, la peur est une émotion essentielle. « Elle nous permet de nous prémunir des dangers : elle entraîne des transformations dans notre corps qui nous rendent plus rapides et plus forts pour y faire face », note Geneviève Marcotte, psychologue. Sauf que la peur peut apparaître même s’il n’y a pas de menace réelle ! Les peurs en l’absence de danger immédiat seraient présentes chez 71 % des petits d’âge préscolaire, 87 % des 7 à 9 ans et 68 % des 10 à 12 ans, selon une étude réalisée aux Pays-Bas. Comment faire pour les apaiser ?

Premières peurs
Bébé pleure dès que sa mère s’éclipse ? C’est tout à fait normal. L’anxiété de séparation, plus intense autour de 8 mois, est habituellement la première peur des poupons. Dès que leur parent est hors de vue, ils croient qu’il a disparu. Il y a de quoi être chamboulé ! Cette crainte s’atténue au fur et à mesure que l’enfant réalise que ses parents peuvent revenir. « Un objet de transition comme une suce, une doudou ou un chandail ayant l’odeur d’un de ses parents peut contribuer à le réconforter », suggère la psychologue Nathalie Parent. Cette angoisse peut ressurgir pendant la petite enfance à la suite d’une séparation plus longue, lors d’un voyage ou d’une hospitalisation, par exemple. Il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure.

C’est aussi vers 8 mois que les bébés commencent à faire la différence entre les visages familiers et inconnus. Certains se mettent donc à avoir peur des étrangers. « Les placer de manière à ce qu’ils puis-sent voir un de leurs parents aide à les habituer », conseille Mme Parent.

Les frayeurs des tout-petits
Les bambins d’âge préscolaire, eux, sont fréquemment effrayés par les bruits qu’ils ne comprennent pas. Il suffit de leur en expliquer l’origine pour les aider à les apprivoiser. Les personnages comme les clowns et les mascottes peuvent aussi leur donner la chair de poule. « Si on les force à aller voir le père Noël, par exemple, ce sera pire, souligne Mme Parent. Certains jeunes ont besoin d’observer. Lorsqu’ils voient les autres y aller, ils sont plus rassurés. » Se déguiser soi-même permet également à l’enfant de réaliser qu’il y a un humain sous le costume.

Très souvent, l’imagination débordante des tout-petits leur joue des tours. Ils commencent à avoir peur des monstres et des sorcières, parfois sous l’influence de livres et d’émissions de télévision. Après avoir vu un pingouin geler dans un dessin animé, Rosie s’est mise à craindre que cela lui arrive. Elle ne voulait plus dormir seule. « Les premiers temps, je la laissais s’endormir dans notre lit puis je l’amenais dans le sien, raconte sa mère, Dominique. Parfois elle se réveillait et venait nous rejoindre. Une nuit, j’ai insisté pour qu’elle retourne dans sa chambre. Elle est revenue sans bruit et s’est endormie sur le plancher, sans couverture. Ça a duré quelques mois. Nous étions épuisés. »

Pour calmer ces craintes, les parents peuvent tenter de démontrer que les monstres n’existent pas. Ils devraient cependant éviter de banaliser l’émotion de leur petit, car elle est bien réelle. Lui dire que seuls les bébés ont peur des sorcières ne l’aidera pas du tout : la peur sera toujours présente, mais l’enfant hésitera à la verbaliser, pour ne pas être considéré comme une poule mouillée.

L’imagination des bambins est parfois si forte qu’ils croient dur comme fer aux monstres, quoi qu’on fasse. Pour les rassurer, c’est aux parents de faire à leur tour preuve d’imagination. Une « épée en mousse magique » ou un « vaporisateur antimonstres » peut faire des miracles. « Les petits ont du plaisir à se sentir invincibles, ça leur procure un sentiment de compétence, note la psychologue Nadia Gagnier. On peut leur dire que ça n’existe pas, mais qu’on peut leur donner des superpouvoirs s’ils veulent s’amuser avec cette idée. »

Le grand frisson
Chez les plus vieux, la crainte des monstres se mue parfois en peur des zombies et des esprits maléfiques. À partir de 6 ou 7 ans, ils peuvent cependant faire la distinction entre le réel et l’imaginaire. Il est donc préférable de les raisonner plutôt que de déposer une gousse d’ail devant leur porte de chambre pour tenir les vampires à distance !

En grandissant, certains enfants commencent également à craindre les dangers réels comme les catastrophes ou les maladies. En maternelle, Alexandre s’est mis à réveiller sa mère la nuit pour s’assurer qu’elle était vivante. « Le père d’un de ses camarades de classe était décédé du cancer, mais je l’ignorais, raconte Mélanie. Quand je l’ai su, j’ai pu mieux le rassurer. Je lui ai dit que j’avais vu mon médecin et que j’étais en parfaite santé. »

Dans des cas semblables, inutile de nier le danger. Mieux vaut tenter de mettre les choses en perspective. « Oui, un enfant peut se faire enlever, note Mme Parent. Mais à combien de jeunes est-ce arrivé dans sa classe, son école, sa ville ? Il faut lui faire réaliser que c’est extrêmement rare. » Faire de la prévention, comme procéder à un exercice d’évacuation en cas d’incendie, peut aider le jeune à se sentir davantage en sécurité. Les parents peuvent aussi faire valoir les bénéfices de tolérer un certain inconfort, et donc d’apprendre à surmonter ses peurs. « C’est peut-être effrayant de prendre l’avion, mais ça permet de faire un beau voyage… » illustre Mme Marcotte.

 

L’angoisse, c’est contagieux !
Les enfants apprennent à détecter le danger et à y réagir en observant leur entourage. Si maman panique à la vue d’une araignée, il est probable que sa progéniture le fasse aussi. Éviter de transmettre ses peurs représente donc tout un défi. L’idéal est bien sûr d’arriver à se contrôler. « Si c’est difficile, on peut s’éclipser et demander à un autre adulte de prendre la relève, par exemple », suggère la psychologue Geneviève Marcotte. Un peu d’humour pourrait aider à dédramatiser la situation. Le parent effrayé pourrait expliquer que son cerveau lui joue de mauvais tours en lui faisant ressentir de la peur alors qu’il n’y a pas de danger. Si vous souffrez de peurs très intenses, une thérapie pourrait être bénéfique. Vous serez alors plus apte à épauler votre enfant à surmonter ses craintes. « À ses yeux, vous deviendrez un modèle de personne qui s’en sort », souligne Nadia Gagnier.

Quand les peurs deviennent incontrôlables
Il arrive que certains enfants souffrent de véritables phobies. Elles peuvent apparaître dès l’âge de 3 ans, mais  plus fréquemment vers 8 ans. Pour François, c’était la peur de l’eau. Pendant des mois, une vraie panique le prenait à l’heure du bain . «C’est arrivé du jour au lendemain, quand il avait 4 ans, raconte sa mère, Isabelle. Il n’y avait eu aucun incident, mais il était terrorisé. Nous devions le laver debout dans quelques centimètres d’eau.» Un pédopsychiatre lui a diagnostiqué une phobie spécifique. Avec beaucoup de patience et les conseils de professionnels, ses parents sont peu à peu parvenus à calmer sa peur de l’eau. À 7 ans, c’est maintenant l’obscurité qui l’effraie. «Il peut se priver d’aller jouer chez un ami le soir parce que c’est trop difficile pour lui», dit sa mère. François poursuit donc ses efforts pour affronter ses craintes.

D’autres souffrent plutôt d’anxiété généralisée. Ainsi, ils ne craignent pas une chose en particulier, mais s’inquiètent à propos d’une foule de sujets. «Ces enfants ruminent des inquiétudes, explique la psychologue Nadia Gagnier. Ils ne parviennent jamais à être rassurés. Dès qu’on arrive à les convaincre qu’il n’y a pas de danger, ils reviennent avec d’autres inquiétudes; c’est comme un puits sans fond.»

Dans un cas comme dans l’autre, lorsque les peurs de l’enfant nuisent à ses activités ou à celles de sa famille, il est conseillé de demander de l’aide à un professionnel.

Faut-il bannir les histoires et les films de peur ?
Non, selon Geneviève Marcotte. « Ce n’est pas mauvais d’avoir un peu peur, ça permet d’apprendre à vivre avec ce sentiment-là, croit-elle. Généralement, les émissions et les livres destinés aux jeunes sont bien adaptés à leur âge. » Si l’enfant est très sensible, le parent pourrait lui proposer de demeurer à ses côtés pendant la lecture ou le visionnement. Certains seront aussi plus rassurés de connaître la fin dès le début. Des personnages comme les superhéros peuvent également aider les jeunes à affronter leur peur, car ils s’y identifient. Cependant, si l’enfant est plutôt impressionnable, mieux vaut éviter les histoires et les activités effrayantes, même la veille de l’Halloween. « Certains prennent plaisir à avoir peur dans les manèges et les maisons hantées, mais ce n’est pas le cas de tous », rappelle la psychologue Nadia Gagnier. À proscrire toutefois : les films et émissions destinés à un public plus âgé. 

Source: Enfants Québec, octobre 2015

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