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Mon enfant est gai

Crédit: Shutterstock

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Aujourd’hui, de plus en plus de gens acceptent que leur enfant soit homosexuel. Mais lorsque des préados font leur coming out, une foule de questions et d’inquiétudes traversent encore la tête de leurs parents…  Sophie Marcotte

« Maman, je pense que je suis amoureux de Samuel », vous annonce votre fils de 11 ans. Surprise, inquiétude, malaise, panique, envie de banaliser le sujet peuvent pointer le bout de leur nez. Vous croyez que 11 ans, c’est tôt pour savoir si on est gai ou hétéro ? Vous n’avez pas tort. Selon l’enquête à la base du livre De la honte à la fierté – 250 jeunes de la diversité sexuelle se révèlent (VLB éditeur, 2014), les jeunes Québécois LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) découvriraient leur orientation sexuelle à l’âge moyen de 13,3 ans, et feraient leur coming out un peu avant 16 ans. Mais l’auteur de l’ouvrage, le sociologue de la sexualité Michel Dorais, affirme que la révélation aux parents « arrive parfois aussi tôt qu’à 9 ou 10 ans ». « Avec Internet et les réseaux sociaux, l’homosexualité est une réalité qui n’est plus cachée. Les enfants sont en contact avec plusieurs jeunes homosexuels. Beaucoup de téléséries ont aussi un jeune personnage LGBT, comme Glee. Ça aide les enfants à identifier plus rapidement ce qu’ils ressentent. »

Quoi dire ? Quoi faire ?
Bien sûr, un enfant de 5e année ne fera pas un coming out aussi longuement préparé – et angoissant – qu’un jeune adulte de 18 ans. Peut-être posera-t-il simplement des questions comme « Est-ce normal que je sois attiré par les filles (ou les garçons)? ». D’autres seront plus catégoriques et affirmeront déjà : « J’aime les filles » ou « Je suis amoureuse de Jeanne ». Quoi qu’il en soit, la première chose à faire comme parent, c’est d’assurer notre enfant de notre amour inconditionnel. Et de l’écouter, vraiment. « La plus grande crainte des LGBT est d’être rejetés par leurs parents et amis, explique Mona Greenbaum, directrice générale de la Coalition des familles LGBT. C’est capital de dire à l’enfant que vous l’aimez peu importe son orientation, et que vous êtes content qu’il ait assez confiance en vous pour se confier. »

Préparer le terrain
Pour qu’un enfant se sente à l’aise de révéler son homosexualité à ses parents ou de poser des questions à ce sujet, il faut un environnement propice. Et ça, ça se prépare dès la petite enfance. Comment ? En s’éloignant des stéréotypes et en étant des modèles d’acceptation de la différence en se montrant ouvert à la diversité humaine : couleur de peau, religion, handicaps…

Certaines situations fournissent aussi l’occasion de passer des messages. « Un couple de lesbiennes vient chercher son enfant à l’école ? Il y a fort à parier que notre enfant nous interrogera. Belle occasion de lui expliquer que certains enfants ont deux mamans, ou deux papas, qu’il y a toutes sortes de familles et de relations amoureuses », signale Mme Greenbaum.

Judith Lussier, journaliste et chroniqueuse (Urbania, Métro), rêve quant à elle d’une société moins hétérocentriste. « J’aimerais qu’on cesse de présumer de l’hétérosexualité des enfants. Si j’avais grandi avec toutes les options ouvertes, j’aurais sûrement trouvé moins difficile de répondre à mes questionnements à l’adolescence, de me trouver. Par exemple, dans les contes pour enfants, les histoires sont presque exclusivement hétérosexuelles. Il ne faut pas craindre d’intégrer une littérature qui offre d’autres modèles – il y en a de plus en plus, d’ailleurs. On croit à tort que ces histoires abordent la sexualité à un âge trop précoce, mais il s’agit plutôt de contes où on présente d’autres formes de relations. Ce n’est pas plus sexuel que La belle au bois dormant ! Il n’y a aucun risque à élargir les horizons de l’enfant. Ça ne va pas l’“inciter” à être homosexuel ! »

Le calvaire de l’intimidation
Il faut cependant l’avouer : rares sont les parents qui sautent de joie en apprenant que leur enfant est gai. Michel Dorais résume bien la situation : « Ce n’est généralement pas l’homosexualité elle-même qui rend le parent malheureux ; c’est le rejet que son enfant subira peut-être à cause d’elle. »

Parmi les plus grandes craintes parentales : l’intimidation. Qui n’a souvent rien à voir avec l’homosexualité, par ailleurs. Plutôt avec ce qu’on appelle l’expression de genre. Ainsi, les garçons plus délicats, empathiques, ou mauvais dans les sports se feront traiter de «fifs» ou de «tapettes », qu’ils soient gais ou non. Un problème fréquent au primaire et au secondaire.

Le comédien Jasmin Roy, président-fondateur d’une fondation qui porte son nom et qui vise à lutter contre l’intimidation, a subi ce traitement avant même de savoir qu’il était gai. « J’ai été intimidé de la 6e année jus-qu’à la 5e secondaire. Ça m’a causé beaucoup de problèmes d’anxiété. Au début, je ne comprenais même pas pourquoi on me traitait de “fif”! Quand j’étais en 2e secondaire, mon père est allé voir la direction. Il y a eu une intervention, mais pas de suivi. À l’époque, c’était banalisé. On disait : “Les enfants se font écœurer à l’école, c’est comme ça.” »

Comme parent, on n’invitera jamais assez notre enfant à nous parler s’il est victime d’intimidation. « Le cas échéant, on dit à l’enfant qu’il n’a pas à avoir honte, que ces préjugés n’ont pas de raison d’être. Puis on va voir le directeur de l’école et on s’assure qu’un plan d’intervention sera mis en branle », recommande Michel Dorais.

Passeport pour le bonheur
Quand notre enfant vieillira, il importera de toujours favoriser la communication. Et de ne pas oublier toutes les autres étapes identitaires, comme l’orientation scolaire, le choix des amis, l’autonomie… « Même si c’est un aspect important, l’homosexualité ne définit pas un individu à 100 %. Il faut continuer de parler au jeune de l’adulte qu’il veut devenir, du travail qu’il veut exercer, de l’amour qu’il se porte, de ses valeurs. Il est capital de le voir comme un être entier, un adolescent qui veut devenir un adulte accompli, et non juste comme un jeune homosexuel », soutient la psychologue Marianne Bélanger.

Carol Côté, président de GRIS-Québec et père d’un garçon homosexuel, termine sur une note encourageante pour les parents : « On s’imagine souvent le pire, on s’inquiète de l’homophobie… Pourtant, pour notre fils, ça n’a rien changé qu’il soit gai. Il n’est pas malheureux, il a plein d’amis, il voyage. » Gai ou hétéro, chaque enfant détient un passeport pour le bonheur. Et avec des parents qui l’accompagnent, ses chances d’atteindre sa destination seront encore plus grandes.

 Ressources pour les parents
 Les GRIS : gris.ca (Montréal), grisquebec.org (Québec), grismcdq.org (Mauricie – Centre-du-Québec), grischap.qc.ca (Chaudière-Appalaches)
Gai Écoute : gaiecoute.org
Plusieurs documents au familleslgbt.org/outils, notamment la brochure Notre enfant est homosexuel

Que faire si…

on surprend notre enfant en train d’embrasser un enfant du même sexe ? Pas de panique. « Il faut avoir la même réaction que si c’était un enfant du sexe opposé, dit Mona Greenbaum, directrice générale de la Coalition des familles LGBT. Les enfants expérimentent. Si on juge que ce n’est pas approprié pour son âge, on le lui dit, sans mettre l’accent sur le fait qu’une fille ne doit pas embrasser une fille, par exemple. »

… on pressent que notre enfant est gai, même s’il n’en a jamais parlé ? Mieux vaut se retenir de lui tendre des perches pour lui délier la langue, et attendre qu’il vienne à nous. « Si l’enfant se questionne encore, s’il n’est pas prêt, on risque de créer un malaise dans son développement identitaire et dans nos relations avec lui », affirme la psychologue Marianne Bélanger.

Gare aux préjugés
« Parfois, j’entends des profs de maternelle dire qu’ils ou elles ont un enfant gai dans leur classe. C’est très embêtant d’entendre des enseignants mettre de telles étiquettes ! lance Mona Greenbaum, directrice générale de la Coalition des familles LGBT. Il s’agit plutôt d’enfants qui ont une expression de genre non conforme aux stéréotypes : un garçon “féminin”, une fille “masculine”. Mais ça n’a rien à voir avec l’orientation ! Oui, certains seront homosexuels, ou transgenres. Et d’autres seront hétéros. »

Source: Enfants Québec, septembre 2015

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