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Le casse-tête de Dylan

Dylan… la tête toujours tournée à gauche ! Crédit: Album personnel

« Tu nais. Tu es parfait. Ton papa s’écrie : « C’est le plus beau ! » Moi, un peu sous le choc d’avoir traversé un premier accouchement, je n’arrive plus tellement à m’exprimer, mais mes yeux admirent la beauté que tu es. De retour à la maison, nous parvenons à peine à fermer les yeux. Nous t’admirons sans cesse. Tu es si beau quand tu fais dodo sur le dos, tes deux petits bras dans les airs… et ta tête tournée à gauche !

Pour t’endormir, tu tournes toujours ta tête. On se dit que c’est plus confortable et on n’en fait pas de cas. Mais un bébé, ça dort beaucoup. Ta tête est donc souvent du même côté et nous voyons peu à peu apparaître un léger aplatissement sur sa face gauche. Je m’inquiète, et me promets d’en parler à ton médecin dès ton premier rendez-vous. Il constate lui aussi cet aplatissement et ta tendance à toujours regarder à gauche. De nouveaux mots sont alors prononcés pour parler de toi : «plagiocéphalie» et «casque ».

Pas question ! Je suis une bonne maman, je vais tout faire pour que mon petit cœur ait une tête bien ronde, et ce, sans casque. Le médecin nous donne donc des petits trucs maison : te faire dormir sur le côté droit sous supervision durant le jour, attirer ton attention de l’autre côté dans tes périodes d’éveil et te faire jouer sur le ventre. Je m’y attaque. Je réalise alors rapidement qu’on ne fait pas ce qu’on veut avec toi. Pendant tout un mois, je ne peux plus me reposer avec toi durant la journée, car je dois te surveiller pendant tes dodos sur le côté droit. Et je passe près d’un mois à t’entendre pleurer dans tes périodes d’éveil parce que tu ne veux pas jouer sur le ventre et que tu ne veux pas regarder à droite plutôt qu’à gauche.

Comme toute mère branchée, je finis par chercher des solutions sur Internet, car ta tête s’aplatit de plus en plus. On y parle beaucoup d’ostéopathie. Ouf, c’est cher pour nous qui n’avons pas d’assurance, mais on veut le meilleur pour toi, donc au diable la dépense, tu verras l’ostéopathe aussi souvent que nécessaire. Voilà, elle ne se prononce pas sur ton état, mais elle fait plusieurs exercices avec toi, et le plus merveilleux, c’est que tu sembles aimer cela. Elle nous conseille de tourner ta tête durant la nuit.

Ouf ! Nous achetons un super moniteur caméra qui me permet de voir chaque fois que tu as la tête du mauvais côté. Je passe mes nuits à te tourner la tête, mes journées à te superviser durant tes dodos et à t’écouter pleurer ton désaccord. Bref, je suis épuisée ! Malgré tout, les spécialistes nous parlent encore de ta tête, de plagiocéphalie.

Une infirmière me dira que même si je fais tout ce qui est possible, il se peut que tu portes un petit casque, et que ce sera te rendre service pour l’avenir que d’accepter cette conclusion. Ses paroles me touchent droit au cœur et me font comprendre que c’est mon orgueil qui s’acharne. Oui, je veux le meilleur pour toi et je vais tout faire pour éviter ce casque que tu devrais porter 23 heures sur 24, mais s’il est nécessaire, ce sera tant mieux pour toi et ton avenir. Tu ne t’en souviendras même pas.

Papa et moi regardons les petits casques sur Internet, et arrivons presque à les trouver mignons. Casque, pas casque, peu importe, tu es notre fils et nous t’aimons.

Marie-Ève Audet

Source: Enfants Québec, septembre 2015

Commentaires

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2 commentaires

Julie Chabot

J’ai lu ce texte et je suis estomaquée de voir combien ça semble un supplice que d’avoir à faire porter le fameux « petit casque » à un enfant qui souffre de plagiocephalie. Il n’est pas question de lui couper la tête! J’ai un bébé moi-même et nous avons eu la chance de ne pas avoir à traiter de plagiocephalie. Soit. Toutefois, ma nièce de un an vient à peine d’enlever son « petit casque » (très mignon d’ailleurs) après l’avoir porté pendant trois mois cet été. Sa mère m’a d’ailleurs dit qu’elle ne s’en ait jamais plaint. Aujourd’hui, elle a une belle tête ronde… pour le reste de sa vie. Bien sûr, votre petit fera sans doute tourner des têtes à l’épicerie lorsqu’il portera son casque, mais dites vous que de plus en plus de bébés le portent. Aussi, la très grande majorité des nouveaux parents (et des grands-parents par le fait même) savent ce dont il s’agit. Je crois qu’il est vraiment temps de dédramatiser la chose.

Marie-Ève

Effectivement! Je suis très d’accord avec votre commentaire. Tel que mentionné dans mon texte, j’ai réalisé en bout de parcours que c’était mon orgueil et le fameux « qu’Est-ce-que-les-gens-vont-dire » qui me hantaient, pour finalement, comprendre que il n’y a rien de dramatique dans le casque et que ce n’est que positif pour son avenir. Au final, Dylan n’aura pas eu à porter de casque, puisque les exercices faits auront portée fruit. Et, oui, j’étais quand même heureuse qu’il n’en porte pas, ce n’est pas un « souhait » non plus même si on accepte que cela peut être nécessaire. Au-delà du casque, c’est la nécessité que notre enfant développe autant son côté droit que son côté gauche dans son développement moteur qui était un élément également important.

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