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Place aux papas

Crédit: Marie-Reine Mattera

Crédit: Marie-Reine Mattera

Longtemps effacés de l’organisation familiale, les pères y occupent aujourd’hui une place de choix et jouent un rôle majeur dans le développement de leurs enfants. Catherine Mainville-M.

Après-midi frisquet de mars. Un papa promène son poupon emmitouflé dans sa poussette dernier cri. Un chien marche tranquillement à leurs côtés. Cette image attendrissante, qui aurait sans doute encore étonné il y a quelques années, est devenue banale. Les papas impliqués ne sont plus une espèce « en voie d’apparition ». Et Martin Larocque, comédien, conférencier, auteur et ancien collaborateur d’Enfants Québec, l’écrit et le dit haut et fort depuis longtemps. « Les papas sont là et ils participent. Reconnaissez-le ! »

Même constat chez le psychanalyste et auteur Guy Corneau. Vingt-cinq ans après la parution de son livre Père manquant, fils manqué, dans lequel il s’attardait aux conséquences néfastes de l’absence physique et émotionnelle du père sur la construction de l’identité des hommes, c’est avec bonheur qu’il observe les pères québécois actuels s’engager activement auprès de leurs enfants. « Les modèles de pères ne sont pas fixes, il y a plus de nuances qu’avant, explique-t-il. C’est intéressant car les hommes ont plus d’espace pour trouver leur place et leur couleur, selon leur sensibilité. »

Prendre sa place
« Je crois que les papas ont réalisé qu’ils avaient une place et qu’ils pouvaient la prendre sans qu’on rie d’eux ou qu’on les regarde de travers », souligne Martin Larocque. Bien sûr, les rôles ne sont pas encore égaux. De nombreuses études démontrent que les femmes s’occupent davantage des tâches ménagères et des soins aux enfants, surtout quand ils sont en bas âge.

Les pères ne savent pas toujours comment contribuer à l’équation familiale, reconnaît Guy Corneau. « En regardant les pères de jeunes enfants autour de moi, je remarque qu’ils ont quelque-fois du mal à faire valoir que leur façon de penser et d’agir est bonne, même si elle est différente de celle de la mère. »

Or, pour le bon développement de l’enfant, l’engagement du père est primordial. Et plus tôt il s’engage, mieux c’est. «Les études montrent que plus le père s’occupe tôt de l’enfant, plus il crée un lien d’attachement fort qui sera très dur à défaire par la suite », relate Guy Corneau.

Le rôle du père
Mais l’apport du père au développement de l’enfant diffère-t-il vraiment de celui de la mère ?

Selon les psychanalystes, le père sert à faire un pont entre la famille et la société. « Alors que la fonction maternelle assure un contexte de sécurité où l’enfant peut prendre conscience de lui-même, de ses qualités, de ses talents et développer sa confiance en lui, la fonction paternelle tire l’enfant hors de ce cocon pour permettre l’expression de ces mêmes talents et qualités », explique Guy Corneau.

Les chercheurs en éducation ont par ailleurs constaté que les mères jouaient un rôle prépondérant dans le développement du langage et l’acquisition des connaissances, tandis que les pères influençaient davantage le développement moteur et social de l’enfant. « Généralement, la mère calme et réconforte, elle est plus sécurisante et “verbale”. Le père est plus orienté vers l’action, il encourage, stimule et pousse à relever des défis », observe Germain Duclos, psychoéducateur et orthopédagogue spécialisé en développement de l’enfant.

Ainsi, les jeux physiques, souvent à l’initiative des hommes, ont une grande importance dans la relation du père avec l’enfant, en particulier avec le fils. Pour Carl Lacharité, psychologue et directeur du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille de l’Université du Québec à Trois-Rivières, ces moments de jeu et de confrontation physique peuvent être riches d’enseignements. « Tout en dominant l’enfant dans le jeu, le père demeure chaleureux, dit-il. L’enfant apprend alors qu’il est possible de dominer quelqu’un sans l’écraser ou lui faire mal. Cela dit, la mère peut aussi jouer de façon plus physique avec lui. » À long terme, cet aspect de la relation paternelle permettrait également aux enfants de mieux gérer le stress et l’anxiété, selon les résultats d’une recherche de l’Université Harvard menée auprès d’une cen-taine d’enfants durant 15 ans, citée dans la nouvelle édition du livre Père manquant, fils manqué (Éd. de l’Homme, 2014).

Quoi qu’il en soit, pour Martin Larocque, il est temps d’arrêter de valoriser la paternité ou la maternité, et de parler davantage de parentalité. « C’est vraiment un beau concept, le duo père-mère ! lance-t-il. Même séparés, on se complète. Si j’écris de nouveau, ce sera sûrement pour parler de cette équipe que sont les parents. »

Fils à papa
« Dans notre société de superhéros, le père joue un rôle primordial pour le garçon puisqu’il lui donne un pôle d’identification plus humain que les modèles difficilement atteignables offerts par Spider-Man ou Superman », selon Guy Corneau. D’ailleurs, si le père se montre trop exigeant envers son fils, par exemple en le poussant trop à performer à l’école ou dans certaines activités, la relation risque d’en souffrir. « Si l’enfant ne se donne pas le droit d’exprimer sa détresse devant son père, il finira par constater que l’approbation paternelle lui coûte trop cher et il souffrira beaucoup », croit Carl Lacharité. Pour Germain Duclos, c’est en reconnaissant les forces et les qualités de son fils que le père l’aidera à construire son identité et à développer son estime de soi. « Le jeune loup a besoin du vieux loup », plaisante-t-il.

Fille à papa
Chez la fille, le père aide à développer la capacité d’interagir avec le sexe opposé. « Tout en maintenant la barrière de l’inceste, le flirt entre la petite fille et le père est intéressant sur le plan psychologique puisqu’il permet à la fille de gagner de l’estime d’elle-même et de l’assurance pour entrer en relation avec les hommes », relate Guy Corneau. Si les pères sont souvent plus exigeants envers leurs fils, le miroir d’eux-mêmes, il arrive qu’ils le soient également envers leurs filles quand elles grandissent, souligne le psychanalyste. « Nombre de pères sont trop exigeants et contrôlants lorsque arrive la puberté et que la petite princesse veut se détacher un peu de papa pour aller vers les garçons, tout en ayant encore besoin de lui. »

Source: Enfants Québec, avril 2015

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