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Mon enfant est un monstre? Non, mon enfant est extraordinaire !

Carine et son fils.

Carine et son fils.

Le fils de Carine souffre d’un TDAH, d’un trouble d’opposition et d’un trouble de régulation émotionnelle. C’est un enfant différent, hors-norme…qui dérange. Un enfant extraordinaire!

Quand je m’imaginais devenir mère, je croyais fermement avoir un enfant extraordinaire. Vous savez cette enfant doué d’une intelligence supérieure, le petit prodige qui se démarque du lot, le petit Einstein ou le petit Mozart qui enchante tout le monde ? L’enfant qui rend ses parents si fiers et tout les autres jaloux.Je voulais que mon fils sorte du lot, je voulais lui apprendre toutes les choses que la majorité des enfants de son âge ne connaissent même pas. Le rendre extraordinaire quoi !

Ma bulle a éclaté assez vite, j’ai hérité d’un enfant spécial, mais pas comme je l’avais imaginé. J’étais la mère d’un enfant… différent. Non seulement je voyais tous mes rêves brisés, mais j’allais également devoir faire le deuil d’un enfant «normal».

Au début, je croyais que j’avais hérité d’un enfant difficile. Lorsque mon fils a eu trois ans, non seulement le Terrible two ne se terminait jamais, mais tout le monde était à bout de souffle, moi plus que les autres. C’était des crises à n’en plus finir. Il explosait constamment, il n’apprenait rien, tout le monde le rejetait, autant les adultes que les autres enfants. C’était invivable autant pour lui que pour moi. Nous étions malheureux et chaque jour qui passait ne faisait que nous écorcher davantage. Mon fils ne vivait que des échecs, partout : dans ses relations, dans ses apprentissages, dans son développement. J’avais mal pour lui et avec lui.

Le plus difficile était le jugement des autres : mon fils était un monstre et c’était de ma faute. Même si je faisais tout mon possible, je n’y arrivais pas. Je pleurais en cachette, à bout de souffle, souvent après avoir été écorchée par un jugement.

J’aurais tellement aimé que les autres portent un peu mes souliers, pour qu’ils comprennent à quel point c’était dur, que même si je faisais les bonnes choses, ce n’était jamais suffisant. Je voyais l’avenir comme un enfer et je n’avais pas le goût d’y mettre les pieds.

Un jour, l’éducatrice de mon fils m’a conseillé de consulter. Elle ne pourrait plus s’occuper de mon fils car c’était trop difficile. Elle m’a dit : « Amène le à l’hôpital, ils vont bien voir que ça n’a pas de sens !». C’est ce que j’ai fait. Les diagnostics sont tombés rapidement : mon garçon souffrait d’un TDAH, d’un trouble d’opposition et d’un trouble de régulation émotionnelle.

Voilà que les professionnels me disaient : votre enfant va «rusher» toute sa vie et par le fait même, vous aussi. C’est ce que je croyais.

On a rapidement hérité d’un suivi avec des professionnels : pédopsychiatre, psychologue, ergothérapeute. Cela signifiait des rendez-vous à ne plus finir et … de la médication pour mon fils. J’allais franchir le pas et tomber dans la catégorie des mères indignes qui «droguent» leur enfant pour avoir la paix.

Je n’ai jamais regretté ce choix, j’ai souvent douté, de moi, de mon fils, des diagnostics, mais en prenant cette décision j’ai permis à mon fils de redevenir un enfant.

Moins de rejet. Moins d’échecs. Les crises se sont grandement atténuées. Mon fils s’est mit à sourire au lieu de crier. Il est devenu comme les autres enfants : heureux. Il a rapidement rattrapé le retard de développement qui le talonnait, dû à son incapacité à se concentrer. Il est devenu adorable !

Mon garçon est différent et c’est ce qui le rend extraordinaire. Il a une façon unique de voir la vie, de fonctionner et de m’éblouir. Oui, il ne rentre pas dans le moule que la société impose. Oui, il sort du lot. Oui, il évolue et chemine différemment. Oui, c’est très demandant. Oui, c’est souvent difficile.

Nous avons toujours des rendez-vous médicaux chaque semaine. Je dois le faire bouger énormément. Je dois travailler avec lui sans relâche pour diminuer ses mauvais comportements, ses crises. Il faut s’adapter constamment, pour tout. Tout doit être prévisible, tout doit être connu à l’avance pour lui sinon cela génère des crises. On doit prévoir les interventions pour toutes les situations susceptibles de le déranger.

Je dis souvent que je suis une gymnaste de l’horaire, car tout faire chaque semaine est un défi constant. Je dois m’impliquer dans tout avec lui, je dois veiller à ce que les plans d’interventions soient respectés à l’école. Je dois analyser toutes les activités auxquelles il va participer afin de m’assurer que tout sera adapté pour lui.

Je ne peux pas me contenter de faire le nécessaire. Je dois constamment faire le maximum, voire l’impossible. Le département des miracles, il est chez moi et c’est moi qui le gère! Beaucoup me trouvent courageuse, beaucoup à ma place auraient baissé les bras, beaucoup auraient abandonné. Personne ne prendrait ma place.

Mon fils m’aime et moi aussi je l’aime. Il me dit souvent : «Maman, je t’aime à l’infini exponentiel infini avec des couleurs d’arc-en-ciel!» C’est pour cela que je vais soulever des montagnes pour lui, par amour. Il n’a pas choisi d’être comme cela, ce n’est pas de sa faute. Il n’aura jamais le chemin facile, il devra se battre tout les jours, faire face à des défis constamment.

Il se bat pour être mieux, pour être heureux, il se bat pour vivre… Il devra affronter les jugements toute sa vie, il devra s’adapter à notre monde. Il devra essuyer le mépris, l’incompréhension et la haine des autres. Parce que quand on est différent, les autres ne nous aiment pas… Les autres ne comprennent pas, ils jugent, ils blessent… À ceux qui continuent à dire que mon enfant est un monstre : je vous réponds qu’il est extraordinaire!

Carine Du Sablon

Commentaires

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5 commentaires

Kathy Denoncourt

Bravo à toi! Je me reconnais dans ton histoire. Je me suis battue pour mon fils qui a maintenant 8 ans. TDAH et TSA… ll n’est pas malheureux. Je suis seule depuis 5 ans pour m’occuper de lui et de son fils. J’ai mis ma carrière de côté pour être avec lui, pour l’aider. Depuis, 2 ans, je suis retournée à l’université à temps plein pour penser un peu plus à moi, mais aussi à nous, à notre famille. Nous sommes fortes! Ne l’oublions pas!

Chantal Lague

Je suis sans mots.bravo bravo,pour tout ce courage et cette volonté que votre garcon sois bien avec lui-même.vous êtes un exemple pour toute les mamans qui ont des enfants qui ont des difficultés.surtout un bel exemple pour votre fils qu il ne faut jamais baissé les bras.
Moi j’ai 2 filles qui ont un TDA et l’une d’entre elle un trouble d’anxiété et mon petit dernier que l’on soupçonne aussi en avoir un et probablement un trouble de l’opposition.
Vous êtes un modèle pour nous dire que rien n’est impossible.il suffit d’y croire et ce retrousser les manches.

Tout cela pour l’amour de votre enfant.

Catherine

bonjour, bravo. Je me retrouve dans votre histoire puisque mon fils âgé de 11 ans aujourd’hui en ait atteint Tdah. Il n’a pris son traitement que pendant 2 ans et demi de 6 à 8 1/2. Il est en 6 eme et pour son premier trimestre il a eu les félicitations. Moi qui m’inquiétais beaucoup pour l entrée au college en suis totalement revenu. Les enseignants l’ont félicité pour son comportement exemplaire. Nous avons certes beaucoup de travail avec ces enfants dits différents. Comme je trouve qu’il est extraordinaire avec une sensibilité que je ne reconnaît dans aucun adulte que je côtoies. Bref continuais ainsi. Mon médecins m’a toujours vous seule pouvez le comprendre et etes la mieux armée à lui donner ce dont il a besoin. Il faut juste se faire confiance. Nous ne sommes pas des mères courages. Juste des mères attentionnées. Merci pour votre témoignage.

Chantal

Je me retrouve dans vos propos. Mon second fils a été diagnostiqué THADA à l’âge de 5 ans. Il en a maintenant 24 et c’est encore un combat de tous les jours.
Nous sommes, parents et enfant, jugés continuellement et cela est dur à porter au fil du temps.
On fait, et on a fait de notre mieux avec le peu de moyens disponibles.
Mais n’est-ce pas le rôle d’une maman que de s’occuper de son enfant et de faire tout ce qui lui est possible pour qu’il puisse voler de ses propres ailes malgré les difficultés de la vie.
Merci de votre témoignage qui va, j’en suis certaine, permettre à des mamans de moins culpabiliser.

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