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Comment leur faire aimer… le partage

Crédit: Shutterstock

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« C’est à moi ! » Combien de fois nos oreilles de parents ont-elles entendu cette lamentation ? Intervenante en petite enfance, consultante et formatrice, Sylvie Bourcier nous explique comment donner le goût du partage à nos bambins d’âge préscolaire. Clémence Risler

Au-delà des jouets, apprendre à partager son temps, ses idées, son espace ou l’attention des autres s’avère un atout considérable qui facilite les rapports sociaux d’un individu tout au long de sa vie. Mais comment convaincre nos bambins d’âge préscolaire que partager peut les rendre heureux ? « Pour qu’un enfant développe un rapport naturel et harmonieux à l’égard du partage, il faut le familiariser avec cette valeur dès son plus jeune âge, de préférence avant 5 ans, en adaptant nos consignes à ses différentes phases d’apprentissage et de développement », explique Sylvie Bourcier. Âge par âge, voici ses conseils :

Avant 2 ans
Le monde lui appartient
À ce stade, l’enfant croit que tout ce qui se trouve à sa portée est à lui. S’il n’a aucune notion de propriété, il souhaite par contre tout avoir pour lui, et lui seul. Il faut cependant comprendre que l’enfant qui désire sans cesse les jouets des autres ne cherche pas la chicane. Il est simplement davantage attiré par un jouet en mouvement dans la main d’un autre que par ceux qui sont immobiles par terre ou dans le bac à jouets. C’est une question de stimulation sensorielle !

L’astuce de Sylvie Puisque savoir bien demander quelque chose et exprimer ses besoins sont des préalables au partage, on travaillera surtout ces aspects durant cette période. On montre à l’enfant à montrer du doigt ou à dire « veux », « donne » ou « encore » pour désigner la source de son envie. Au passage, pourquoi ne pas introduire les deux clés de la politesse que sont les mots merci et s’il vous plaît ?

À 2 ans
Des limites encore floues
L’enfant commence à distinguer ce qui lui appartient de ce qui relève du domaine d’autrui. Toutefois, son égocentrisme est encore très puissant et l’emporte le plus souvent. Dans son esprit, il ne conçoit toujours pas que les autres puissent désirer la même chose que lui. L’enfant a également du mal à comprendre que s’il prête un objet, celui-ci n’est pas perdu à tout jamais.

L’astuce de Sylvie Pour permettre à l’enfant de saisir le concept de la propriété, on se livre au quotidien à de petits jeux tout simples. Par exemple, alors qu’on plie des vêtements, on en sort un du panier et on demande au bambin de deviner à qui il appartient.

À 3 ans
Aiguiser sa patience
L’enfant commence tranquillement à partager de lui-même. Par contre, il a du mal à comprendre que tout ne se partage pas de la même façon. Pour un tricycle, il faut attendre son tour, alors que si on a un lot de petites voitures, on peut en prêter quelques-unes à un ami et continuer à jouer.

L’astuce de Sylvie On introduit la notion d’alternance (le fameux « chacun son tour ») en jouant par exemple au ballon à plusieurs. Assis par terre, on fait rouler le ballon vers une personne qui devra ensuite le faire à son tour. Ou encore, on fait semblant de nourrir plusieurs poupées, chacune à la suite de l’autre. Il est bon de nommer le concept et de le valoriser : « Tu as prêté la petite voiture à ton ami, c’est bien de partager ! »

À 4 ans
Le plaisir de partager
C’est à cet âge que la notion de partage prend tout son sens. L’enfant commence à aimer donner, car il conçoit maintenant que cela peut faire plaisir aux autres. Auparavant, il était très difficile pour lui de comprendre ce que les gens autour de lui pensaient et ressentaient.

L’astuce de Sylvie Même s’il s’agit d’un travail de très longue haleine, on peut commencer à affiner la sensibilité aux autres de notre enfant. En discutant avec lui, on l’aide à décoder les émotions des autres et à développer son empathie.

Après 5 ans
Le partage comme valeur familiale
Même si les fondements du sens du partage s’établissent en bas âge, voici deux façons de cultiver cette valeur avec des enfants qui grandissent :

  1. Une ou deux fois par année, on procède à l’inventaire des étagères de jouets et de livres. Puis, on apporte ceux qui ne servent plus à un organisme venant en aide aux plus défavorisés, si possible avec les enfants. Ainsi, ils réaliseront les bienfaits de leur geste de générosité.
  2. En s’impliquant bénévolement avec les enfants auprès d’organismes communautaires de notre quartier, on leur fait la démonstration qu’on peut aussi partager notre temps, notre énergie ou nos connaissances. Pour trouver un endroit où offrir les services de notre famille : cabquebec.org.

Gare au partage à tout prix !
On ne devrait pas obliger un enfant à partager en tout temps et dans toute situation. Comme nous, les tout-petits ont besoin de leurs moments de solitude et de tranquillité. Celui qui s’accapare tous les blocs et ne veut pas en prêter à sa sœur ou à son frère a possiblement une bonne raison de le faire. Peut-être a-t-il prévu construire un immense château ? On ne devrait jamais non plus pousser un enfant à partager des objets qui lui procurent du réconfort, comme la peluche ou la petite couverture avec lesquelles il s’endort le soir.

Parents-conseils
Voici de bonnes idées pour initier les enfants aux joies du partage
« J’ai abonné mes enfants à la joujouthèque de notre quartier. À chacune des visites, ils choisissent ensemble quatre articles. Ils sont conscients de partager tous ces trésors avec d’autres gamins, et savent que les objets rapportés à la maison n’appartiennent exclusivement ni à l’un ni à l’autre. » Clémence, mère d’Augustine, 5 ans, et Laurent, 3 ans (et auteure de cet article)

« Au moment de la collation, je prépare à mes enfants une grande assiette de morceaux de fruits plutôt que trois petits bols individuels. Oui, au début, les cris fusaient quand l’un prenait trop de bananes ou de fraises, mais je les ai laissés se débrouiller avec leurs problèmes et aujourd’hui, ce n’est plus un objet de discorde. » Catherine, mère d’Éloïse, 4 ans, Justine, 7 ans, et Jérémie, 9 ans

Source: Enfants Québec, mai-juin 2015

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