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Précieuse politesse

Crédit: Shutterstock

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Vous désespérez de réussir à imprimer le réflexe du « s’il vous plaît » à votre progéniture ? Surtout, ne baissez pas les bras ! Sophie Marcotte

« Ferme ta bouche quand tu manges »,
« Ne coupe pas la parole »,
« Ne montre pas du doigt »,
« Il manque un mot dans ta phrase ».

Cette litanie vous semble familière ? Elle rythme le quotidien de bien des familles. « J’ai l’impression de continuellement répéter les mêmes consignes, lance Mélissa, mère de deux garçons de 5 et 10 ans. On dirait que c’est toujours à recommencer. »

On la prône, on la transmet, mais on ne sait pas toujours expliquer pourquoi la politesse est si importante. Une formule imagée d’Égide Royer, psychologue et professeur en sciences de l’éducation à l’Université Laval, résume bien son rôle : « C’est le lubrifiant des relations sociales. » Qu’on l’appelle courtoisie, civilité, bienséance, bonnes manières, savoir-vivre (ou savoir-être, plus « 2015 »), la politesse vise à faciliter la vie avec les autres. « La politesse attire la politesse, enchaîne-t-il. Quand vous abordez quelqu’un gentiment, la réciproque est probable. »

Respect et empathie
Ces codes et ces règles qui facilitent le vivre-ensemble reposent sur une valeur fondamentale : le respect. « Si on se tient devant les gens comme s’il n’y avait personne, ils auront l’impression qu’ils n’existent pas pour nous. La politesse est une façon de montrer aux autres qu’on accorde de l’importance à ce qu’ils sont et à leur présence », affirme Dominique Picard, psychosociologue, professeure à l’Université Paris 13 et auteure de Politesse, savoir-vivre et relations sociales (éd. PUF, coll. Que sais-je ?, 2007).

Ainsi, il est important de faire comprendre aux enfants l’importance d’être polis, plutôt que de les obliger à appliquer des règles qui semblent sortir de nulle part. « Dès la maternelle, les petits sont en mesure de comprendre que c’est une forme d’empathie, de respect de l’autre et de ses besoins », note Nicole Malenfant, professeure en éducation à l’enfance au Collège Édouard-Montpetit.

Suffit cependant d’avoir des enfants pour savoir que la politesse est loin d’être innée. Pourquoi est-elle si difficile à inculquer ? « C’est une contrainte, explique Mme Picard. Et c’est souvent paradoxal pour les enfants : on leur apprend à ne pas mentir, mais parfois la politesse implique une forme d’hypocrisie. Par exemple, on salue la voisine même si on ne l’aime pas. En outre, les enfants se soucient beaucoup moins de leur image vis-à-vis des adultes que de celle qu’ils renvoient à leurs amis. C’est plus intéressant pour eux de faire le clown au fond de la classe et de faire rire les copains. »

Mais rassurez-vous : les enfants sont habituellement plus polis hors du foyer. « Ça m’étonne toujours de me faire dire à quel point mes enfants sont bien élevés par les parents de leurs amis », avoue Geneviève, mère de deux garçons de 6 et 7 ans et belle-mère d’une fille de 11 ans.

Normal, confirme Égide Royer : « Comme les adultes, les enfants ont un comportement plus relâché dans la sphère privée. Nous aussi, on se tient mieux au restaurant que sur notre sofa. »

Politesse, mode d’emploi
Il n’y a pas de formule magique. Pour que nos enfants apprennent à « se tenir », il faut répéter les consignes de politesse. Même si on est pressé, fatigué ou exaspéré de devoir rappeler encore la même directive. Mais heureusement, d’autres tactiques viennent bonifier l’inévitable approche perroquet.

Marianne Camirand, spécialiste de l’étiquette et du savoir-vivre, donne des formations aux enfants de 5 à 12 ans et aux ados (info : savoir-vivre.ca). Elle propose quelques trucs pour leur inculquer les bases de la politesse : « Quand vous regardez des films, faites-leur remarquer les scènes où les personnages font preuve d’impolitesse. Le parent peut aussi jouer au malpoli à table et demander à l’enfant d’identifier son mauvais comportement : manger la bouche ouverte, se moucher avec sa serviette, se curer les dents, poser ses coudes sur la table… » Elle rappelle également d’être à l’écoute des petits, car plusieurs ne sont pas impolis, mais simplement gênés de faire ou dire certaines choses.

Dominique Picard recommande quant à elle de discuter des nuances de la politesse avec sa descendance. « Une éducation réussie inculque à l’enfant que la politesse varie selon le lieu et les personnes ; il y a des mots qu’il peut utiliser avec ses copains, mais pas avec ses parents. » Ceux-ci doivent savoir faire preuve à la fois de fermeté et de tolérance, selon Nicole Malenfant. « Au lieu de réprimander l’enfant sur-le-champ lorsqu’il oublie un “s’il vous plaît” ou a pris un ton de voix désagréable, c’est préférable de lui donner l’occasion de se reprendre », dit-elle. Les petits qui se frottent aux rudiments de la politesse seront aussi encouragés de voir leurs bons comportements soulignés. Une simple remarque comme « Ah, c’est si agréable un “s’il vous plaît”! » suffit.

Parents modèles
Mme Malenfant prône aussi le dialogue. « Comme parent, on a tendance à avoir honte que notre enfant ne remercie pas des gens qui viennent de lui faire un compliment, par exemple. Alors on lui dira : “Voyons donc, je ne t’ai pas élevé comme ça, dis merci !” Le merci sera forcé, et l’humiliation ressentie par le fautif pourrait défaire le travail qu’on a tenté d’accomplir jusque-là. On devrait plutôt dire : “Je vous remercie au nom de mon enfant”, et revenir avec lui sur cet épisode plus tard, pour voir ce qui l’a bloqué et en profiter pour lui rappeler l’importance de la politesse. »

Mais la meilleure manière de faire passer le message reste encore de donner le bon exemple. Papas et mamans, attention aux gros mots et aux gestes déplacés ! Votre rôle de modèles est capital. « Les enfants imitent beaucoup leurs parents. Si vous gueulez après tout le monde en voiture, il y a de fortes chances pour que vos petits suivent vos traces », illustre Égide Royer. Vous vous échappez ? Reconnaissez devant votre progéniture que vous avez manqué de savoir-vivre. Autre truc : saisissez les occasions. Un homme âgé est debout dans l’autobus, et vous êtes confortablement assis avec votre enfant ? C’est le moment pour une leçon de savoir-vivre !

Source: Enfants Québec, mai-juin 2015

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Un commentaire

Beatrice

Basta ver como em certos sites de exueqma-esetrrda (como o 5Dias), sempre preferiram o regime islâmico iraniano aos manifestantes anti-governo. Ou como sempre defenderam movimentos como o Hamas e o Hezbollah.Existe tanto anti-semitismo na extrema-esquerda como na extrema-direita.

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