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Des yeux qui ne voient pas la différence

C’est notre regard qui rend les personnes handicapées différentes, pas leurs handicaps. Pour surmonter notre malaise, prenons exemple sur nos enfants… Julie Hamelin

Je veux partager avec vous une vidéo produite par l’association Noémi qui m’a rappelé certains souvenirs d’enfance. Prenez deux minutes, ça mérite votre attention.

Cette association française s’est fixée la mission d’améliorer l’accompagnement des enfants lourdement handicapés et de leur famille. Ils veulent changer le regard que nous portons sur les personnes polyhandicapées et la manière dont nous les approchons au quotidien.

Dans cette vidéo, on assiste à une’expérience simple: un parent et son enfant, séparés par une cloison, regardent un film et doivent imiter les grimaces exécutées par des comédiens
Tout se déroule bien, jusqu’à ce que le film montre une jeune fille ayant un handicap faisant elle aussi une grimace…

 

Cette vidéo m’a fait penser à ma 4e année primaire (je devais avoir 9 ans). Mon souvenir le plus marquant et le plus précis de cette année scolaire: le sourire de Frédéric. Est-ce que j’étais amoureuse? Peut-être. Peut-être pas. Fascinée serait probablement le meilleur mot pour décrire mon sentiment face à ce garçon vraiment spécial.
Les jambes de Frédéric ne semblaient pas fonctionner, tombant mollement derrière lui, le suivant comme des spaghettis à chaque mouvement de sa marchette. Il avait des bras robustes, qui devaient travailler tant. Mais surtout, il avait ce sourire. Un large sourire. Un sourire qui illumine le visage d’un être qui me semblait si épanoui.
Il me semble que Frédéric n’avait pas beaucoup d’amis. Je me rappelle qu’il prenait l’ascenseur, alors que nous courions tous dans les escaliers. Je me rappelle qu’il était toujours assis à un bureau spécial, juste devant l’enseignante. Heureusement, je ne crois pas qu’il ait été rejeté méchamment par les autres, je n’ai pas souvenir qu’il se soit fait intimider.

Il était seulement différent. À part.
Mais au fait, est-ce qu’il était si différent? Ou bien était-ce le regard des autres qui le rendaient différent?
Petite fille gênée, je n’osais pas trop l’approcher, même si je l’admirais secrètement. On aurait dit qu’il y avait comme une barrière, un espace… un monde.
Comment se fait-il que j’éprouvais, fort probablement comme tous les autres élèves du groupe, un certain malaise, même si j’étais fascinée par sa façon de vivre avec sa différence?

Aujourd’hui, si je pouvais parler à Frédéric, j’aimerais pouvoir lui dire qu’il représente pour moi un modèle de courage, de persévérance, de joie de vivre pure. Lui dire que je vois encore son sourire. J’aimerais pouvoir surmonter complètement ce malaise, que j’avais déjà à 9 ans. Ça ne devrait pas être sorcier pourtant: je n’ai qu’à prendre exemple sur ces jeunes enfants.

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