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Un bébé après l’infertilité

Photo: Shutterstock

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Après des années d’espoirs déçus, les couples infertiles accueillent la grossesse comme un petit miracle. Mais leur difficile parcours peut avoir laissé des traces.

Nathalie Côté

Véronique Paradis avait choisi sa maison en fonction de l’enfant qu’elle désirait. Une chambre et une grande cour l’attendaient. Tout était prévu… sauf l’infertilité. À 27 ans, elle a commencé à essayer de tomber enceinte, mais c’est finalement à 36 ans, après bien des épreuves, qu’elle est devenue maman. Elle-même embryologiste dans une clinique de fertilité, elle raconte souvent l’histoire de la conception de son «bébé miracle» à ses patients pour les encourager à poursuivre leur démarche.

Véronique a d’abord tenté de concevoir naturellement, puis son médecin lui a diagnostiqué des ovaires polykystiques, l’une des principales causes d’infertilité chez la femme. Après quatre essais d’insémination artificielle, elle s’est tournée vers la fécondation in vitro. Malchanceuse, elle a subi diverses complications et une fausse couche. C’en était trop. Elle a quitté son conjoint, vendu la maison et consulté un psychologue. «Toute notre vie était centrée sur l’enfant désiré, je ne savais plus qui j’étais», raconte-t-elle.

La psychologue Marie-Alexia Allard a vu bien des couples comme celui de Véronique se séparer au cours d’un traitement de fertilité. «Souvent, toute la vie du couple tourne autour des traitements et une distance s’installe entre les partenaires», explique-t-elle. Lorsque les patients de la clinique de fertilité pour laquelle elle travaille acceptent de la rencontrer, elle les aide notamment à mener d’autres projets et à prendre soin d’eux. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Véronique après sa rupture. «J’ai appris à vivre sans enfant et je me suis trouvé d’autres intérêts.» Puis elle a connu son nouvel amoureux et est devenue enceinte après leur deuxième tentative d’insémination artificielle.

Inquiétude et culpabilité
Pourtant, une fois enceinte, Véronique n’arrivait pas à savourer pleinement son bonheur. «Je me faisais beaucoup de souci pour le bébé. En raison de mon historique médical, j’étais suivie pour une grossesse à risque. Les nombreuses échographies me rassuraient un peu», raconte-t-elle. Comme elle, plusieurs parents ayant connu l’infertilité peinent à croire qu’un bébé est en route.

«Les futures mamans qui me consultent sont heureuses, mais aussi très anxieuses, constate Marie-Alexia Allard. Elles sont très à l’écoute de leur corps et le moindre détail les inquiète. Elles ont besoin d’être rassurées.» Plusieurs de ses patientes mettent du temps à vivre pleinement leur grossesse. Elles tardent à annoncer la nouvelle à leur entourage et à acheter vêtements, accessoires et mobilier pour le bébé. «Elles évitent de s’attacher trop rapidement pour se protéger. Elles craignent que leur rêve se brise une fois de plus», observe la psychologue.

Des parents différents?
À la naissance, plusieurs parents sont donc soulagés en constatant que leur héritier se porte à merveille. Cependant, la plupart sont profondément marqués par leur parcours difficile. Selon Marie-Alexia Allard, environ la moitié des femmes décrivent l’infertilité comme l’expérience la plus stressante de leur vie. Ces émotions passées peuvent fragiliser certaines nouvelles mamans, souligne la psychologue. «Il ne faut pas hésiter à consulter: avoir vécu beaucoup de stress avant et pendant la grossesse est un facteur de risque pour la dépression post-partum.» Devenir parent apporte son lot de changements et de remises en question. Certains couples qui ont ardemment désiré un bébé peuvent vivre cette période de manière encore plus intense. «Être ambivalent lorsqu’on est nouveau parent, c’est normal. Mais souvent, les couples qui ont connu l’infertilité ne s’autorisent pas à l’être, constate Marie-Alexia Allard. Ils ont pourtant le droit de vivre des difficultés et d’en parler comme les autres parents.»

Maman d’un bout de chou de 20 mois et enceinte d’un deuxième enfant, Annick Desjardins trouve que ses petits «miracles» sont parfois durs à porter. En raison du cancer des testicules dont son conjoint a souffert, le couple avait moins de 1 % de chances d’arriver à concevoir naturellement. Après quelques essais de fécondation in vitro et une fausse couche, la naissance de leur fils les a comblés. Mais leur petit bonhomme leur cause parfois bien des soucis. «Mes nuits sont affreuses, courtes et souffrantes. Mon fils est intense. Il crie, il hurle, il fait des crises terribles. J’hésite souvent à demander de l’aide à mon entourage. On m’a déjà dit: “Tu devrais remercier le ciel au lieu de te plaindre !” Avoir connu l’infertilité ne fait pourtant pas de moi une super-maman sans faiblesses…» raconte-t-elle. Comme Annick, plusieurs parents se sentent incompris de leur entourage. Certains se sentent également coupables de ressentir des émotions négatives, surtout après avoir désiré un bébé si ardemment, pendant tant d’années.

Au-delà de la naissance de la petite merveille, la parentalité reste une aventure singulière qu’il faut apprivoiser peu à peu. Après sept ans de traitements pour une infertilité inexpliquée, Anne Genest a finalement réussi à se «fabriquer un bébé», comme elle le dit si joliment sur son blogue, lafabrique.co.uk. «J’ai passé une panoplie de tests, appliqué les conseils de tout le monde et suivi plein de traitements, en vain. C’est finalement la fécondation in vitro de la dernière chance, la quatrième, qui a fonctionné.» Sur son blogue, elle raconte son histoire, son expérience et ses rêves de maman «en création», un jour à la fois. «Tout n’est pas toujours facile, mais j’essaie de relativiser. Avoir vécu l’infertilité m’aide à mieux accepter les aspects plus difficiles de ma vie de nouvelle mère», analyse-t-elle. Son couple en est sorti plus fort. «Si nous avons été capables de passer à travers ça, nous pouvons traverser toutes les tempêtes», souligne son conjoint, Patrick Brisson.

Infertilité et santé
Quand faut-il consulter?
Plusieurs causes peuvent expliquer l’infertilité: ovaires polykystiques, anovulation, endométriose, anomalies des spermatozoïdes, infections transmises sexuellement, etc. Parfois, la source du problème demeure inconnue. Avant de consulter, les médecins recommandent habituellement d’essayer de concevoir naturellement pendant un an (six mois pour les femmes de 35 ans et plus). Vous pouvez toutefois le faire plus rapidement s’il y a un problème évident, comme l’absence de règles. Selon Statistique Canada, l’infertilité des Canadiens aurait presque doublé en 20 ans. Une étude de 2009-2010 indique que 16 % des couples n’arrivaient pas à concevoir un enfant après un an de tentatives.

Quels sont les risques pour la mère?
Le principal effet des traitements contre l’infertilité est, bien sûr, d’entraîner une grossesse! Mais les médicaments pour stimuler l’ovulation peuvent avoir des répercussions sur la santé des femmes. Ils haussent notamment le risque de cancer des ovaires. Seuls ou dans le cadre d’une insémination artificielle, ils ne sont donc généralement pas prescrits plus de 6 à 12 mois consécutifs, précise Camille Sylvestre, obstétricienne gynécologue au CHU Sainte-Justine. De plus, ces substances entraînent la naissance de jumeaux dans 10 % des cas.

Dans le cas d’une fécondation in vitro, le risque de cancer des ovaires augmente encore, car les doses de médicaments pour stimuler l’ovulation sont plus fortes. «En Israël, où le nombre de tentatives est pratiquement illimité, on s’est aperçu qu’après plus de 12 traitements, le risque était plus grand, explique la Dre Sylvestre. Mais au Québec, il est rare qu’on en fasse plus de quatre.» Ces médicaments peuvent aussi avoir une légère incidence sur le risque de cancer du sein. Mais bonne nouvelle: la grossesse a un effet protecteur contre ces deux cancers! Quant aux autres traitements, comme l’opération pour l’endométriose ou un fibrome utérin, ils n’ont pas d’impacts négatifs à long terme sur la santé des femmes, selon la Dre Sylvestre. Une femme qui se voit retirer un fibrome devra cependant accoucher par césarienne.

En cas de grossesse, y a-t-il des risques pour l’enfant?
Les mères traitées en clinique de fertilité sont souvent plus âgées que la moyenne: l’infertilité est beaucoup plus fréquente après 35 ans et elle retarde encore l’âge de la conception. Or, plus la mère est âgée et plus il y a de risques de maladies génétiques et de complications pendant la grossesse. D’autre part, lorsque c’est l’homme qui est infertile, une micro-injection aide son spermatozoïde à féconder l’ovule lors d’une fécondation in vitro. «Si le bébé est un garçon, il courra plus de risques d’être infertile lui aussi», explique la Dre Sylvestre.

Source: Enfants Québec, février/mars 2015

Commentaires

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2 commentaires

ra-ra846

Merci pour votre article! C’est tout à fait vrai, faut pas baisser les bras! J’ai l’endométriose déjà 5 ans. Heureusement pas de douleurs intenses pendant mes règles. Je suis la surveillance dans ma clinique pour voir s’il n’y a pas de danger. Le pire c’est que je ne peux plus avoir des enfants! J’ai une fille, mais on voulait toujours avoir un deuxième enfant, un garçon. Après toutes les perturbations médicales et 2 fiv négatives, à l’âge de 45 ans j’ai fait la fiv en Ukraine. Maintenant je suis enceinte et j’espère que tout sera bien!

Genevieve

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