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Psychomotricité: bouger, rire et apprendre

 

2015-02-25 Psychomotricité

Éliott et ses amis qui jouent au chat et à la souris lors d’un atelier de psychomotricité.

Par un beau samedi ensoleillé, mon garçon Éliott et plusieurs autres amis avaient rendez-vous avec Mathilde Paré Désilets, éducatrice spécialisée, pour un atelier gratuit de psychomotricité. À première vue, c’était un rassemblement d’enfants, presque une fête, avec des jeux à grimper, des cônes à contourner et bien des sourires.

Il fallait voir les enfants effectuer le parcours à obstacles: ils débutaient par une culbute (ou une glissade, au choix), traversaient un pont en échelle, bondissaient dans de petits cerceaux déposés par terre, grimpaient sur des formes instables. Ils jouaient au parachute, se métamorphosant en chat à la recherche d’un parent-souris caché en dessous. Éliott était impressionnant lors de la course entre les cônes; je ne croyais pas qu’il pouvait changer de direction aussi rapidement! Les enfants couraient dans tous les sens pendant la chasse aux images, dissimulées un peu partout dans la salle, avant de terminer leur atelier par une séance de massage où ils roulaient doucement des balles sur le dos de leur parent, et vice versa.

Éliott a été le dernier à partir à la fin de l’activité… il voulait recommencer tous les jeux avec Mathilde et les amis! Était-ce que du plaisir? Derrière ces amusements, Mathilde avait en tête des objectifs bien précis.

Il est reconnu que «dans les premières années de sa vie, l’enfant apprend et comprend le monde par les expériences vécues avec son corps». D’ailleurs, des chercheurs ont déterminé que les jeunes enfants «dont la motricité n’a pas atteint un état satisfaisant de développement sont susceptibles de vivre des difficultés d’apprentissage dès leur première année de scolarisation.» Toujours selon ces chercheurs, la psychomotricité vise donc «à la fois le développement des habiletés de mouvement avec toutes les parties du corps et le développement des habiletés mentales».

Pour mieux comprendre le but des activités de psychomotricité, Mathilde fait un parallèle évocateur: «si un enfant ne comprend pas comment marcher entre des lignes ou ne l’a jamais fait avec son corps, comment pourrait-on lui demander d’écrire entre deux lignes?»

 

La délicieuse incertitude

Après l’atelier, je questionne Mathilde: quelles pourraient être les activités à réaliser à la maison, sans ponts ni glissades en mousse?

Sortez les coussins, le tapis de bain, les plats «tupperware», le panier à linge et le ruban adhésif vert (celui qui se décolle facilement, qu’on utilise pour la peinture)! Les enfants peuvent s’élancer par-dessus les coussins, passer sous le tapis de bain que vous tenez dans vos mains et sauter dans les formes que vous aurez créées par terre avec le ruban, tout en développant leur compréhension de l’espace… et en apprenant les formes géométriques. Une danse rigolote où ils touchent les parties de leur corps que vous nommez leur permet de développer la représentation et la bonne perception de leurs corps. Laissez aller votre imagination ou consultez le guide conçu par Québec en Forme, ou les mille et une idées disponibles sur le Web en tapant «jeux psychomoteurs» dans votre moteur de recherche.

Mathilde me rappelle également que l’attitude adoptée par les parents fait une grande différence. Elle suggère d’entrée de jeu (!) de placer les enfants dans une «délicieuse incertitude»: j’adore! Laissons les enfants réaliser leurs expériences, résistons à la tentation de les aider trop rapidement, tout en les rassurant avec une présence parentale. Lorsqu’ils trouvent une solution eux-mêmes, ils s’ouvrent aux apprentissages et augmentent leur confiance en eux. Ah! C’est pour cela que Mathilde avait invité les enfants à refaire le parcours à obstacles sur un seul pied, puis les yeux fermés, tout en suggérant aux parents de laisser l’enfant décider s’il voulait leur prendre la main ou non. Éliott, les yeux à demi-fermés (!), semblait acquérir petit à petit une plus grande aisance.

Selon Mathilde, il importe aussi de permettre aux enfants de jouer librement, à leur rythme. Le rôle du parent est donc de soutenir l’enfant dans son autonomie de jeu, tout en lui faisant réaliser que l’erreur fait partie du jeu (et de la vie!), mais qu’il faut persévérer. Tiens, tiens, c’est pour cela que Mathilde a fait semblant de se tromper pendant le jeu, elle aussi… ce qui a bien fait rire Éliott. Peu importe que l’enfant «réussisse» le jeu ou non: la réussite, c’est d’essayer.

Et le moment de détente à la toute fin? Mathilde me confie que les ateliers de psychomotricité se terminent généralement ainsi afin d’apprendre à l’enfant (et à son corps!) qu’il est aussi possible de passer de «je bouge, je me dépense» à «je reviens dans mon corps et je le détends», tout en restant éveillé. Cet apprentissage l’aidera à se concentrer à l’école, par exemple lors de la lecture d’un livre.

Dans une ère où les écrans prennent tant de place, Mathilde et son atelier m’ont fait connaître la psychomotricité: l’action au service du développement psychologique. C’est simple: «L’enfant ne joue pas pour apprendre, il apprend parce qu’il joue» (citation de Jean Epstein, psychosociologue).

On bougeait déjà beaucoup, voilà d’autres raisons pour bouger encore plus, de différentes façons!

***

Mathilde Paré Désilets, éducatrice spécialisée, anime les ateliers de psychomotricité du projet «Le jardin de Pirouette et Cabriole», mis en place par la Fédération québécoise des centres communautaires de loisirs, auquel Québec en Forme collabore.

Sources:

À vos marques santé

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