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Comportement négatif? Essayez le renforcement positif!

Crédit: Istockphoto

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Quand un enfant s’enferme dans un comportement négatif de façon récurrente, un bon système de renforcement est l’outil idéal pour l’aider à s’en sortir. Tableau des mérites, carnet d’étoiles, récompenses… la psychologue Claudia Écrement nous explique comment agir.

Propos recueillis par Marie-Claude Fortin

Comment motiver son enfant à abandonner un comportement négatif récurrent?
Les parents peuvent mettre en place un système de stimulation, qu’on appelle aussi système de renforcement, afin de motiver leur enfant. Ce système, composé d’objectifs à atteindre, de moyens à utiliser pour y parvenir, d’un support concret pour additionner les comportements positifs, ainsi que de récompenses (qu’on appelle aussi des renforçateurs ou conséquences positives), clarifie les attentes et les limites des parents tout en permettant d’améliorer le comportement de l’enfant.

Quels types d’objectifs peut-on cibler?
Ces objectifs doivent être clairs, concrets et atteignables. Il faut aussi les restreindre à deux ou trois. Rappelez-vous qu’un comportement est souvent plus facile à évaluer qu’une attitude. Par exemple, dire merci ou s’il vous plaît, ne pas frapper les autres, attendre son tour, sont des comportements. Mais si vous demandez à votre enfant de changer ou d’améliorer son attitude, d’être poli, gentil ou calme, ce sera pour lui plus difficile à comprendre, et pour vous, à évaluer. Dans la même optique, il faut bien définir le comportement attendu. En précisant vos attentes (ex.: «Je ne veux plus que tu frappes ta sœur, cherche plutôt un compromis»), vous augmenterez la probabilité que l’objectif soit atteint.

Une fois ces objectifs déterminés, comment procéder?
Il s’agit ensuite de consigner dans un tableau (on peut choisir un autre système, en autant qu’il soit concret et permette de consigner clairement les bons coups de l’enfant) chaque bon comportement en lien avec l’objectif visé. Cette «machine à calculer les bons comportements» permettra d’embrasser d’un coup d’œil les objectifs, de même que les «points» amassés au fil du temps. Ces «points» peuvent être représentés sur le tableau par des bâtonnets, des tampons, des dessins (un thermomètre indiquant le niveau atteint, par exemple), des aimants ou des autocollants. Ils pourraient aussi être matériels (de la fausse monnaie, ou des jetons). Certains aimeront l’idée d’une tirelire transparente qu’ils fabriqueront eux-mêmes à partir d’un pot ou d’une boîte en plastique, dans laquelle rassembler les «fiertés» en attendant un moment spécial. On peut enfin accumuler des chocolats ou des bonbons pour la fin de semaine, ainsi que des coupons de congés de tâches (ex.: exemption de faire son lit) et de privilèges (heure du coucher repoussée d’une demi-heure), ou encore de la vraie monnaie.

Une fois que l’enfant a accumulé un certain nombre de points, quels types de récompenses lui donner?
Tout renforcement positif commence par vos félicitations et par l’attention positive que vous accordez aux comportements souhaités chez votre enfant: c’est ce qu’on appelle des renforçateurs verbaux. Dans un deuxième temps, intéressez-vous à ce qui est le plus susceptible de le motiver. Votre enfant est-il un artiste? Un sportif? Cherche-t-il plus de liberté pour être avec ses amis? Ou préfère-t-il passer plus de temps avec vous? Il est toujours bon de faire participer le jeune à l’élaboration du système de renforcement et au choix des récompenses associées à ses bons comportements. Il se sentira impliqué, ce qui aura davantage de chances de le motiver. Plus l’enfant est jeune, plus la récompense doit être tangible et plus rapidement elle doit être remise. Par exemple, si vous avez noté ses bons comportements sur le tableau, un petit bravo (entre 1 et 5 points, par exemple) vaudrait un cadeau de votre sac à surprises (cahier à colorier ou paquet de crayons à 1 $), un grand bravo (entre 6 et 10 points) vaudrait une reconnaissance plus importante (un bon-cadeau, un déjeuner avec papa au restaurant, une visite à l’animalerie, ou encore un jouet d’une plus grande valeur).

Y a-t-il des écueils à éviter?
Votre plan fonctionnera beaucoup mieux si, au départ, les attentes des deux parents sont les mêmes. Avant de définir le plan de renforcement avec vos enfants, il faut donc le faire en couple. Si vous êtes séparés, il serait profitable d’informer votre ex-conjoint de votre démarche et de lui demander d’en parler avec l’enfant, en espérant que les bons coups ou les progrès de celui-ci seront soulignés chez lui comme ils le sont chez vous.

À quoi peut-on s’attendre,comme résultats?
Un système de renforcement peut être très utile, mais il ne fera pas de miracles. Soyez explicites et fermes, tout en sachant reconnaître l’effort investi. Si vous êtes trop rigides, votre enfant atteindra peu d’objectifs. Et soyez persévérants! Mettre en place un système de renforcement et s’y tenir réclame un peu de temps, mais surtout de la constance. Si vous ne voyez pas beaucoup de résultats concrets, demandez-vous également si vous avez été assez clairs, optimistes, enthousiastes… et réalistes.

Les colères de Nicolas
À 3 ans,  Nicolas fait régulièrement des crises de colère le matin pour s’habiller. Il fait durer l’opération et veut toujours porter les mêmes vêtements. 

Objectifs

  • M’habiller calmement le matin sans m’opposer ni bouder.
  • M’habiller en moins de trois minutes.

Moyens

  • Choisir mes vêtements la veille: haut, culottes et chaussettes.
  • Utiliser un sablier pour faire la course avec le temps en m’habillant.

Obtention des récompenses
Quand je suis habillé et que j’ai réussi ma course, je peux ajouter deux Smarties dans une tirelire transparente que j’ai personnalisée. Je peux ainsi montrer mes «réussites» aux gens (grands-parents, éducatrices, amis) à travers ma tirelire, et j’ai le droit de manger les Smarties accumulées durant la semaine le vendredi soir.

Les petits ont facilement envie de plaire aux parents. Nicolas voudra peut-être leur prouver qu’il n’a besoin d’aucune aide. Il se vêtira seul et sortira de sa chambre en faisant: «Surprise!» L’objectif pourra ensuite se généraliser à la période d’habillement pour l’extérieur (manteaux, souliers, etc.).

Les peurs de Sarah

 À 6 ans,  Sarah est souvent inquiète à l’heure du coucher. Une fois au lit, elle a tendance à rappeler ses parents sans cesse, ce qui cause des frictions et parfois des escalades de colère.

Objectifs

  • Apprendre à me détendre et à me distraire.
  • Augmenter mon autonomie.
  • Baisser mon niveau de tension.

Moyens
Je respecterai une routine clairement établie composée d’activités de détente:

  • Mettre mon parfum d’ambiance préféré et des toutous sur mon oreiller (ou faire tout autre geste qui symbolise un rituel apaisant).
  • Dire bonne nuit à ma famille.
  • Pendant 10 à 15 minutes, faire mes exercices guidés de relaxation et de respiration avec mon CD, ou bien mes exercices de yoga favoris tirés de mon livre; écouter de la musique de détente, ou lire.

Obtention des récompenses
Au coucher, je peux obtenir deux coupons de la «fée des rêves» ou de la «reine des étoiles». J’ai le droit de rappeler mes parents deux fois. Mais à chaque fois, je dois leur remettre un coupon. À la fin de la semaine, je peux échanger mes coupons restants pour des privilèges, comme un congé de tâches, une invitation d’amis ou même un déjeuner au restaurant avec grand-maman! Le nombre de coupons associés à chaque récompense a préalablement été décidé en famille.

Sarah, parallèlement à ce défi, pourrait commencer à se confectionner un cahier de fierté ou de réussites. Elle prendrait certainement goût à y décrire comment elle développe son courage avant ses examens ou ses cours de gymnastique. On pourrait l’exhorter à cultiver certaines qualités telles que la persévérance, ainsi que souligner les solutions qui ont mené à ses succès (détente, entraînement, etc.).

Le désintérêt de Sacha
À 13 ans,  bien qu’il soit en 2e secondaire, Sacha est peu autonome et peu organisé pour son âge. Sa motivation scolaire a nettement baissé cette année. Des notes lui manquent à cause de devoirs non terminés ou non remis. Ses parents viennent de recevoir son dernier bulletin et ont appris qu’il échouait dans deux matières. Il est de plus en plus irritable lorsqu’on aborde le sujet de l’école. Il semble avoir peu d’intérêt pour sa réussite ou son avenir. 

Objectifs

  • Développer ma motivation scolaire.
  • Être guidé dans la découverte de mes intérêts et de mes talents.

Moyens
Travail scolaire

  • Étude et devoirs, sans aucune distraction, du lundi au jeudi de 18 h 30 à 20 h.
  • Récupération en mathématiques une fois par semaine (matière faible).
  • Inscription dans mon agenda de chaque résultat obtenu à l’école.
  • Une lettre faisant part de l’implication de tous, cosignée par mes parents et moi-même, sera transmise à la direction de l’école et à mon tuteur.
  • Je comprends bien l’avertissement émis par l’école, selon lequel je me verrai imposer une feuille de route si j’ai plus de deux résultats manquants dans le mois à venir.

Découverte de soi
Suivre un atelier ou m’inscrire à une activité de mon choix, seul ou avec un parent, par exemple:

  • Introduction à la planification financière
  • Cours d’escalade
  • Compostage
  • Jeunes entrepreneurs
  • Club d’improvisation.

Obtention des récompenses
Au prochain bulletin, un montant d’argent me sera donné pour chaque amélioration ou maintien de résultats scolaires satisfaisants. Un montant bonus me sera accordé si je dépasse les exigences. Mon allocation habituelle sera maintenue et ma sortie du samedi soir sera prolongée d’une heure si je travaille bien les soirs de semaine.

Afin de lui montrer qu’on valorise la motivation et l’effort bien avant la réussite, on pourrait encourager Sacha en lui découpant des articles de presse relatifs à des domaines de travail ou des activités qui l’attirent. On peut aussi lui suggérer, parmi ses sorties, une visite au Salon de l’emploi, ou l’aider à rédiger un C.V. pour un emploi d’été. On lui démontrera ainsi plus concrètement combien on croit en lui, et à quel point on est prêt à l’accompagner et à le soutenir dans ses intérêts.

Source: Enfants Québec, novembre 2011

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