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Sang de cordon – L’espoir au congélateur

Crédit: Istockphoto

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Longtemps considéré comme un déchet, le cordon ombilical représente désormais l’espoir ultime de milliers de malades. Partout dans le monde, des banques publiques et privées se multiplient afin de récolter les précieuses cellules qu’il contient.

Nathalie Côté

Quand Héma-Québec a lancé sa banque publique de sang de cordon, en 2004, seuls deux hôpitaux de la province collectaient ces organes. À l’automne 2012, c’était huit hôpitaux qui permettaient aux nouvelles mamans de faire profiter gratuitement le reste du monde de leur inestimable trésor. Depuis, l’Hôpital général du Lakeshore s’est ajouté à la liste qui comprenait déjà les hôpitaux St. Mary, Sainte-Justine, Royal Victoria, du Sacré-Cœur, de la Cité-de-la-Santé, de LaSalle, ainsi que le CHUQ. La raison de cet engouement? La présence dans le cordon ombilical de cellules dites «hématopoïétiques», qui sont en quelque sorte les «mères» de toutes les cellules sanguines. Ces cellules constituent aujourd’hui le dernier espoir de traitement pour des milliers de patients à travers le monde.

Les maladies du sang et de la moelle osseuse
C’est pour les personnes atteintes de maladies graves du sang ou de la moelle osseuse que le sang de cordon est devenu si providentiel. Car là où ont échoué les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, une greffe de cellules de sang de cordon peut désormais sauver des vies. En 1988, la première transplantation de sang de cordon était réalisée en France avec succès. Huit ans plus tard, l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal, effectuait ses premières greffes. Aujourd’hui, cet hôpital en pratique entre 15 et 20 chaque année grâce aux dons locaux, mais aussi étrangers.

Avant de recevoir une greffe en provenance d’un donneur compatible, le malade doit subir des traitements qui détruiront sa propre moelle osseuse. Ensuite, les cellules souches du sang de cordon seront transplantées dans son corps afin que s’y forme une nouvelle moelle, laquelle produira de nouvelles cellules sanguines. La plupart des dons actuels bénéficient à des enfants — le poids maximal des receveurs devant être d’environ 50 kilos, en proportion de la quantité de sang de cordon disponible. «Le greffon doit contenir un nombre minimal de cellules par rapport au poids du receveur, sans quoi ces dernières seront détruites par ses anticorps, explique Diane Roy, directrice du registre des donneurs de cellules souches chez Héma-Québec. Toutefois, pour un adulte ou un adolescent, on commence à pouvoir utiliser conjointement deux dons de sang de cordon compatible.»

Une compatibilité rare
Le plus difficile est de trouver un donneur compatible avec le patient. Comme les maladies du sang et de la moelle osseuse sont génétiques dans la très grande majorité des cas, les receveurs ne peuvent pas se faire greffer leur propre sang de cordon, puisque les gènes responsables de la maladie étaient très probablement déjà présents dans leur cordon. «Je ne connais que cinq cas au monde où des patients ont pu être greffés avec leur propre sang, note le Dr Michel Duval, hémato-oncologue coordonnateur du groupe de recherche en transplantation et greffe de sang de cordon du CHU Sainte-Justine. La probabilité de pouvoir utiliser son propre sang de cordon en cas de besoin est donc à peine plus élevée que celle de gagner au 6/49!»

Entre frères et sœurs, les chances de compatibilité sont de 25 %. Par contre, celles de découvrir ailleurs un sang de cordon compatible peuvent être de l’ordre d’une sur 50 000, d’où l’importance pour les banques publiques qui les recueillent d’obtenir le plus grand nombre de dons possible. Aujourd’hui, ces banques publiques installées dans divers pays sont reliées entre elles afin de maximiser les possibilités de trouver un donneur compatible rapidement. La banque d’Héma-Québec se joindra à ce réseau sous peu. Cet organisme provincial permet aussi de faire un don dirigé, lorsqu’une personne de la famille du donneur souffre d’un problème de santé pouvant ou devant être traité sans délai par une greffe de sang de cordon.

L’espoir dans la recherche
Les femmes qui accouchent au Québec peuvent également vouloir garder le cordon ombilical de leur bébé dans une banque privée, à des fins personnelles. Cette disposition est payante: le dépôt du seul sang de cordon à la Clinique OVO, la première banque de sang privée québécoise, coûte 1 100 $, auxquels il faudra ajouter annuellement 130 $ de frais d’entreposage. Si l’on décide de faire congeler de surcroît un segment du cordon pour conserver davantage de cellules, la facture s’élèvera à 2 200 $, plus 220 $ par an pour l’entreposage. Une somme considérable, quand on sait que le geste n’a aucune utilité probable, jusqu’à présent, pour l’enfant dont ce sang est issu!

En réalité, un don en banque privée est surtout un don pour l’avenir, selon ses partisans. «C’est un peu comme une assurance, indique le Dr Robert Hemmings, de la Clinique OVO. Il existe encore peu d’applications, actuellement, mais le potentiel est énorme.» Car, outre ses cellules hématopoïétiques capables de traiter les maladies du sang et de la moelle osseuse, le cordon ombilical possède d’autres cellules baptisées «mésenchymateuses», dont la valeur médicale paraît même plus large, bien qu’elle soit moins définie pour le moment. Ces autres cellules souches sont les cellules mères de tissus comme les os, les cartilages, les muscles, les tissus fibreux et les cellules adipeuses. Elles peuvent se multiplier à l’infini. Aux quatre coins du monde, des recherches sont en cours afin de traiter, avec ce type de cellules, la paralysie cérébrale, le cancer, des brûlures, la paraplégie, le diabète, des problèmes de cœur ou la maladie de Lou Gehrig, par exemple, qui peuvent être soignées avec les propres cellules du malade. Dans quelques cas extrêmement rares, des scientifiques ont même réussi à «faire naître» de nouveaux organes à partir de ces cellules. De là à imaginer qu’un jour il pourrait nous pousser un foie ou un pied de rechange à partir de notre cordon de naissance, il n’y a qu’un pas !

En pratique
Le prélèvement du sang de cordon est fait par l’équipe médicale après la coupure du cordon. Il est effectué dans la partie reliée au placenta, avant l’expulsion de celui-ci. S’il s’agit d’un don pour Héma-Québec, la poche contenant le sang de cordon sera envoyée à la banque publique, où il sera congelé après les tests d’usage. Quant aux parents qui auront choisi de conserver le sang de cordon dans une banque privée, ils devront s’être procuré une trousse de prélèvement, et ils enverront eux-mêmes au laboratoire le sang prélevé, par messagerie.

Héma-Québec exige une quantité minimale de 85 ml de sang de cordon pour accepter le prélévement. Comme pour un don de sang habituel, la mère doit préalablement avoir répondu à un questionnaire afin de confirmer son admissibilité. Par exemple, les futures mamans de jumeaux sont exclues d’emblée par Héma-Québec (mais pas par la clinique OVO), tout comme celles qui accouchent avant la 34e semaine de grossesse. Entre 1 500 et 1 800 des 5 000 dons offerts à l’organisme Héma-Québec chaque année répondent aux exigences minimales de quantité récoltée. Les dons rejetés peuvent être utilisés à des fins de recherche si la mère l’autorise. En revanche, à la Clinique OVO, le volume minimal a été fixé à 30 ml. «Un tel volume risque d’être insuffisant pour le traitement d’une leucémie chez un autre enfant de la famille, convient le Dr Robert Hemmings, de la Clinique OVO. Mais en ce qui concerne les cellules mésenchymateuses qu’il contient aussi, on peut les amener à se multiplier, et l’on sait qu’elles peuvent croître à l’infini.»

Héma-Québec précise que les dons supportent d’être entreposés plus d’une quinzaine d’années sans perdre de leur efficacité. La Clinique OVO considère pour sa part que les cellules souches peuvent être conservées indéfiniment.

Par ailleurs, des études ont démontré que de couper le cordon ombilical trop rapidement après l’accouchement privait le bébé d’importantes réserves de fer. Les médecins se font toutefois rassurants sur ce point. «Le fait est connu depuis longtemps, et des précautions sont prises, assure le Dr Michel Duval, hémato-oncologue coordonnateur du groupe de recherche en transplantation et greffe de sang de cordon du CHU Sainte-Justine. Qu’un don soit prévu ou non, cette procédure est gérée de la même manière. Il n’y a aucun risque pour le bébé.»

La péridurale et la césarienne ne sont pas en elles-mêmes des obstacles au don de sang de cordon. Cependant, en cas de complications, on ne procédera pas au prélèvement afin que toute l’attention soit concentrée sur les soins à la mère et à l’enfant.

Source: Enfants Québec, novembre 2012

Commentaires

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2 commentaires

jouny

Pourquoi les chercheurs s’évertuent a priver les nouveaux nés du sang du cordon alors que l’on sait qu’il y a un autre liquide biologique les menstruations qui possède aussi des cellules souches. N’ Y-a-t-il pas un grand potentiel a utiliser ce sang que toutes les femmes en âge de procréer pourraient donner?

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