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Noël en partage

Et si, cette année, on célébrait le partage plutôt que l’abondance?

Maryse a déjà commencé sa longue chasse aux cadeaux de Noël. Avec trois enfants et peu de moyens, elle doit mûrement réfléchir avant de décider ce qu’elle offrira à chacun. Elle aussi a grandi dans la culture de consommation qui prétend que les cadeaux sont les messagers de notre amour. À elle aussi on a fait croire que plus on aime, plus on donne.

Elle voudrait bien offrir à chacun de ses garçons la super luge à trois skis aux allures de motoneige qu’ils ont vue et réclamée à grands cris. Mais elle n’a pas d’argent pour trois luges, en plus de trois jeux vidéo différents et de trois équipements de hockey de rue. Ses moyens limités vont l’amener à explorer d’autres voies.

En cette période de Noël, nous sommes nombreux à chercher des façons de préserver le sens du partage. Dans le délire d’abondance qui déferle dès le lendemain de l’Halloween, on se retrouve aspirés dans une idée de l’offrande qui m’apparaît complètement dénaturée. On pense que plus, c’est mieux. On cuisine des réveillons qui nourriraient un bataillon ; on achète et on emballe une montagne de jouets qui rendrait jalouse n’importe quelle équipe de CPE.

Puis, on regarde les enfants se précipiter dans cette abondance sans une once de gratitude, éperdus d’avidité, délaissant après un bref coup d’œil la merveille pour laquelle on a fait la queue et dépensé plus que ce qu’on avait prévu.

On pense que si chaque enfant a ce qu’il veut, il laissera les autres tranquilles. Je nous entends si souvent tenter de résoudre un problème de partage en disant : « Le camion est à Hugo, Petit Pierre. Toi, tu as une jolie voiture de police ; joue avec ta voiture. » Chacun ses affaires et pas de chicane. Le partage devient un acte de gentillesse, alors qu’il ne l’est pas. Le partage, c’est ce qui permet aux humains de survivre depuis leur apparition sur Terre. Sauf qu’on ne l’enseigne pas aux enfants d’Occident. Peut-être est-il temps de le faire. Quand on possède moins, on devient plus créatif, plus enclin à collaborer, à faire des échanges et à chercher le bien commun.

Maryse a eu l’idée d’un petit pas dans cette direction : plutôt que de donner un équipement de hockey à chacun, elle achètera deux buts et trois bâtons, ainsi qu’une seule luge et un jeu vidéo. Elle a fait trois paquets et ins-crit les trois prénoms sur chacun. Cette année, Maryse va offrir le partage à ses enfants en cadeau.

Ils connaîtront la frustration, bien sûr ; mais s’ils sont bien guidés, ses garçons dé-couvriront de nouvelles façons de gérer l’avoir. Ils devront renoncer au fameux « C’est à MOI ! ». Ce sera pour eux l’occasion d’essayer autre chose : attendre leur tour; distribuer la «richesse» autrement.

La mise en commun n’est pas une simple addition de ressources : elle engendre quelque chose de plus grand que la somme des parties. Elle crée des liens plutôt que de la propriété, elle nourrit l’interdépendance plutôt que les droits individuels. C’est vrai pour ces trois garçons, c’est vrai pour les parents, c’est vrai pour tout le monde. C’est seulement quand chacun a moins qu’on peut se mettre ensemble et créer beaucoup plus. 

France paradis est scénariste, conférencière, orthopédagogue et mère de famille.

Source: Enfants Québec, décembre-janvier 2015

 

 

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