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Pleure pas maman

Patrice et Éliott, les deux hommes de ma vie, qui m'accompagnent dans mes hauts et mes bas.

Patrice et Éliott, les deux hommes de ma vie, qui m’accompagnent dans mes hauts et mes bas.

J’ai fait le ménage des vêtements d’Éliott samedi dernier. J’avais le cœur gros. De voir tous ces vêtements qui semblent si petits, qui ne font déjà plus à mon grand garçon de deux ans et demi, ça me rend nostalgique. Tout allait quand même relativement bien, jusqu’à ce je tombe sur son petit chandail bleu, sur lequel j’avais écrit à l’encre: En décembre, je serai un grand frère!

Je revois les scènes que je m’étais joué en boucle dans ma tête. C’était beau. Éliott revêtait le chandail… et surprise! dans son dos, une heureuse nouvelle que nous partagions avec joie avec tous les membres de nos familles. C’était une véritable surprise, puisque nous avions choisi de commencer les «essais» sans en parler à qui ce soit. Je ne voulais pas me faire demander à chaque mois «Pis?! Es-tu enceinte?», ni créer de déception autour de nous si ça ne fonctionnait pas (il n’y aurait que nous qui serions déçus, pas les six grands-parents!). Les essais ont été concluants et ce, plus rapidement que nous osions l’espérer.

Puis, je me revois. C’était affreux. À neuf semaines de grossesse, à l’hôpital, en train de saigner et saigner. En train de réaliser que notre bébé n’aura peut-être été qu’un mirage, un rêve. Un cauchemar. Ça me faisait tellement mal. Dans mon cœur, dans ma tête et dans mon corps. Durant les premières heures, je refusais de prendre des analgésiques, «des fois que» le bébé serait encore là. Mais non, mes pensées positives n’ont pas eu raison de la triste réalité. Il nous avait quitté et moi, je n’y pouvais absolument rien. Douleur et impuissance, c’était tout ce qui m’habitait. Le lendemain, un jeudi, je repartais de l’hôpital et le lundi suivant, j’étais de retour au travail.

Un ange est passé.

Quand j’ai annoncé la mauvaise nouvelle à mon entourage, je pouvais presque déterminer qui avait déjà vécu une fausse couche, d’après les réactions. Des commentaires comme: «Il n’était pas viable, c’est mieux comme ça», bien que vrais, ne sont pas d’un grand réconfort. Jeme le suis dit moi-même, pour me raisonner, mais ça ne m’a pas permis de traverser la tempête. Une fausse couche est un deuil. Un deuil à surmonter.

Mon médecin de famille m’a rappelée qu’approximativement 20 % des grossesses se terminent en fausses couches. Je suis loin d’être la seule à avoir vécu cela et il a bien pire, me diront certains. C’est vrai. Mais ça fait mal quand même.

En revoyant ce chandail, je n’ai pu m’empêcher de pleurer, et pleurer. Et de penser… Si tout s’était bien déroulé, j’aurais présentement une grosse bedaine de huit mois, avec un beau bébé en santé qui gigoterait nuit et jour. Éliott serait bientôt un grand frère.

Seule dans sa chambre à sangloter, je me décide à rechercher du réconfort. Le premier à m’apercevoir est mon grand garçon:

Maman, pourquoi tu pleures?

Parce que j’ai de la peine.

Pourquoi tu as de la peine?

Parce que j’ai perdu mon bébé.

Pourquoi tu as perdu ton bébé? (Vous l’aurez deviné, il est dans sa phase des «pourquoi»!)

Je ne sais pas… (je me ressaisis)… parce qu’il n’était pas en bonne santé, je suppose.

Pourquoi il n’était pas en bonne santé?

Alors que je me remets à pleurer, j’entends les petits pas d’Éliott qui se dirigent vers la cuisine. Il demande à son papa de lui donner une débarbouillette et revient me voir.

Pleure pas, maman.

(Il m’essuie le visage. Je suis incapable de parler.)

Pleure pas maman.

Un immense câlin à deux, puis à trois. De l’amour pour panser nos blessures, de l’écoute et du temps. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.

 

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Un commentaire

Stéfane Guignard

J’suis un gars et ne pourrait jamais comprendre l’empreinte physique et émotionnelle que ça laisse une fausse couche.

Mais j’ai ma petite histoire, ma petite blessure bien personnelle.

J’ai six ans en 1974 et nous sommes, mon père et moi, seuls, derrière la stèle déjà vieille de ma grand-mère morte depuis longtemps. Un trou, une boîte blanche, en carton, une température exécrable, je ne comprend pas vraiment ce qui se passe et je n’ai pas le souvenir que mon père m’ait parlé. Ni expliqué vraiment ce que nous faisions. Je revois seulement son visage en contrition et son incapacité à émettre un son. Figé par la douleur probablement.

Ce n’est que des années plus tard que j’ai vraiment réalisé ce que ma mère avait vécu, elle avait porté cet enfant dans son ventre pendant sept mois et trois semaines, tout ce temps à le bercer de rêves, à imaginer le mieux pour lui, à penser comment il jouerait avec sa soeur de deux ans et son grand frère de six, tout ce temps pour ma mère à l’attendre avec tout l’amour de son corps-montagne et de son coeur-Everest.

Un accouchement bâclé, des explications nébuleuses, 1-2-3 go on tire la « plogue », allez vous-en chez-vous madame, bonne chance pour la prochaine fois.

J’ai souvent pensé à ce frère que je n’ai jamais eu, à ma vie qui aurait été différente avec lui, à ce petit David que j’aurais aimé comme j’aime ma soeur. J’aimerais, encore aujourd’hui, pouvoir imaginer quelle serait la forme de son visage, la couleur de ses cheveux, voir son sourire mais j’ai, dans ma caboche, ce flashback de cette câlisse de boîte blanche qui disparaît sous terre. Et de ce frère que je n’aurai jamais serré dans mes bras.

Merci Julie pour tes billets…salut!

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