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Trouble du traitement auditif: Quand le cerveau n’entend pas

Crédit: Shutterstock

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Entendre n’est pas comprendre. La nuance est importante lorsqu’on souffre d’un trouble du traitement auditif, un dysfonctionnement méconnu qui touche de 2 à  3 % des enfants.

Catherine Mainville-M.

Véronique Gerland ignorait tout du trouble du traitement auditif (TTA) avant qu’on le diagnostique en 2013 chez sa fille Léonie, 11 ans. «Il arrivait souvent que nous posions une question à Léonie et qu’elle nous réponde complètement à côté, rapporte la maman. Si on lui disait: “Il y a un avion dans le ciel”, elle pouvait demander: “Quoi? Il y a un oignon dans le ciel?” Il lui était également difficile de suivre une série de consignes, mais nous pensions qu’elle était seulement dans sa bulle.» Toutefois, alors que l’enfant avait toujours bien réussi en classe, ses notes ont commencé à baisser en 3e année. C’est en cherchant une tutrice scolaire que Véronique Gerland est tombée par hasard sur une neuropsychiatre à la retraite, qui allait l’alerter quant au problème de sa fille.

«L’enfant atteint d’un TTA a une intelligence dans les normes et il entend généralement très bien, mais il est incapable d’analyser et de traiter correctement les sons qu’il perçoit, explique Susan Plante, audiologiste du programme Langage et trouble de traitement auditif à l’Institut Raymond-Dewar de Montréal, un centre de réadaptation spécialisé en surdité et communication. L’obstacle n’est pas au niveau du système auditif périphérique (le tympan, la cochlée, etc.), mais du système auditif central, situé dans les parties du cerveau qui analysent l’information entendue.» Le diagnostic s’établit surtout au début du primaire, essentiellement grâce à un test d’au-dition centrale effectué en cabine insonorisée avec la collaboration de l’enfant.

Selon les recherches les plus récentes, un retard de maturation neurologique serait la cause la plus fréquente de TTA chez l’enfant. Mais il arrive aussi que ce trouble apparaisse à la suite d’un accident de santé, comme une méningite ou un traumatisme crânien. Un manque de stimulation auditive dû, par exemple, à des otites répétées peut également en être à l’origine.

Le TTA sous toutes ses formes
En fonction des aptitudes auditives touchées, le TTA peut engendrer des problèmes de communication. « Les enfants qui en souffrent confondent souvent des mots et des sons voisins, comme “pain” et “bain”, “coussin” et “poussin”, explique Susan Plante. Plusieurs ont aussi des difficultés d’accès lexical et, comme ils n’arrivent pas à trouver les mots qu’ils cherchent, ils ont fréquemment recours à des termes fourre-tout, tels que “ça” ou “l’affaire”.»

«Ces enfants peinent ordinairement à se concentrer et à comprendre ce qui se dit en présence de bruits ambiants, qu’il s’agisse du tic-tac de l’horloge ou de la voix d’élèves qui circulent dans le corridor, note pour sa part Marianne Paquet, ergothérapeute du programme Langage et trouble de traitement auditif, de l’Institut Raymond-Dewar. Par ailleurs, il peut être complexe pour eux d’apprendre des séquences comme l’alphabet, ou de raconter une histoire de façon ordonnée et structurée. » Si quelques enfants atteints de TTA tirent mieux leur épingle du jeu, d’autres connaissent donc des difficultés scolaires, notamment en français, en mathématiques et dans l’apprentissage des langues secondes. Ce trouble peut même avoir des répercussions sur leur apprentissage de l’organisation et de l’autonomie. « Par exemple, ils oublient souvent leurs devoirs et ont du mal à suivre les routines du matin ou du soir, dit Mme Paquet. Il arrive également que le TTA entraîne jusqu’à des problèmes moteurs, affectant tout ce qui fait appel à la coordination bilatérale et à la motricité fine, comme l’écriture, le laçage des souliers ou la pratique du vélo.»

Apprendre à compenser
À proprement parler, il n’existe pas de remède au TTA, mais diverses mesures compensatoires peuvent être appliquées pour en limiter les impacts sur le fonctionnement de l’enfant. Pour plusieurs, l’utilisation en classe d’un système FM – qui permet d’amplifier la voix de l’enseignant – peut être un atout. «Il est beaucoup plus facile pour Léonie de se concentrer depuis qu’elle se sert de cet appareil, confirme sa maman. Elle est moins fatiguée à la fin de la journée, et ses notes s’améliorent.» Malheureusement, un tel système, assez coûteux, n’est pas toujours fourni aux élèves touchés par le TTA. Les parents doivent alors le louer ou l’acheter eux-mêmes.

«La solution au TTA est habituellement un savant mélange de plusieurs éléments, affirme Susan Plante. Les exercices guidés par les audiologistes et les orthophonistes permettent à certains enfants de rattraper le retard de développement de leurs capacités auditives. D’autres apprennent à compenser en enrichissant leur vocabulaire et leurs connaissances générales. Je rencontre régulièrement d’anciens jeunes patients qui fréquentent aujourd’hui le cégep ou l’université.»

TTA ou TDA?
Parce que leurs manifestations sont similaires (distraction, inattention, etc.), 
il n’est pas rare que le TTA soit confondu avec un trouble du déficit de l’attention sans hyperactivité (TDA). «Or, l’enfant atteint de TTA a seulement de la difficulté à gérer la perception des sons, tandis que celui qui souffre de TDA a fondamentalement du mal à se concentrer, que l’information perçue soit visuelle ou auditive», précise Susan Plante. Il se peut néanmoins qu’un enfant présente les deux troubles à la fois.

TTA ou dyslexie? 
Alors que le TTA, qui perturbe l’interprétation des sons entendus, peut occasionner des confusions en lecture et en écriture, la dyslexie est un trouble d’apprentissage du langage écrit. Cependant, ces deux problèmes sont parfois associés chez certains patients.

Pour en savoir plus
Institut Raymond-Dewar : raymond-dewar.qc.ca

Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec : ooaq.qc.ca 

Source: Enfants Québec, novembre 2014

Commentaires

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3 commentaires

Jennifer

Ma fille a beaucoup de symptômes relier au tta et puis dans ma région c’est très difficile d avoir un diagnostique. je dois aller au privé et je n est vraiment les moyens , mais je le fais pour elle. Notre système de sante et nos école ne sont pas d’adapter pour aider ses enfants . Je me tue pour quelle ai de l aide et on me répond qu elle est pas un cas problème .

louise madore

l’an passé j’ai été diagnostiqué du TTA..j’ai 54, je ne l’accepte pas encore, et je ne sais pas quoi faire, les appareilles auditives coute une fortune, je suis découragé car je dois répondre au tel pour mon travail et je ne comprend rien! je ne sais plus quoi faire de ma vie….

louise madore

j’ai 54 ans et j’ai appris que j’avais le TTA, les appareils auditives coute trop chère, et je dois répondre au tel pour mon travail, je ne veut pas prendre ma retraite tout de suite. Il me reste au moins 5 ans….je suis pas triste, je ne sais pas quoi faire.

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