superbanniere
Abonnement Magazine

«J’ai assisté à l’accouchement de maman!»

Crédit: Shutterstock

Crédit: Shutterstock

Chez soi, en maison de naissance et même dans certains hôpitaux, des enfants peuvent être présents à l’accouchement de leur mère. Quelle place donner aux grands frères et aux grandes sœurs lors de cet événement?

Julie Chaumont

Lily avait 3 ans et 2 mois lorsqu’elle a assisté à l’accouchement de sa maman. Aujourd’hui, à 6 ans et demi, elle garde un souvenir précis de la naissance de sa sœur: «Le matin, raconte-t-elle, je devais aller à la garderie, mais quand j’allais partir avec papa, maman nous a dit de rester à la maison parce qu’elle sentait qu’elle allait accoucher. Après, Fabienne, la sage-femme, a appelé et elle a demandé où était maman. Je lui ai répondu qu’elle était couchée dans le lit. Alors, elle est arrivée et je l’ai aidée à installer ses choses sur la petite table dans le salon. Papa avait gonflé et rempli le bassin d’accouchement. Je suis allée dedans avec maman. Je tournais en rond autour d’elle et elle m’a dit: “Arrête de tourner !” Après, maman est allée dans son lit. Deux autres sages-femmes sont arrivées. Il y en avait une qui était dans la cuisine, je lui ai montré où étaient les assiettes, le pain aux raisins et les fruits. Elle a fait des rôties et une assiette de fruits, j’en ai mangé plein. Pendant ce temps-là, maman accouchait. Elle était à quatre pattes, et “iiiiiic”, elle criait fort. Elle avait la tête accotée sur quatre oreillers. Je me rappelle que j’ai vu la tête du bébé entre les jambes de ma maman. Puis, tout le bébé est sorti.»

À vous de décider!
Une telle expérience est-elle souhaitable? «Quel que soit son âge, un enfant peut la vivre assez simplement s’il y est bien préparé et que l’atmosphère est calme», assure la psychologue Carole Beylier, habituée à assurer un suivi auprès des enfants et de leurs parents dans le cadre de sa pratique. L’important est surtout de savoir ce que vous voulez et de quelle façon vous envisagez cet événement. «Les parents doivent avoir envie de partager ce moment avec leurs enfants, déclare pour sa part Marie Brunet, sage-femme à la maison de naissance du CSSS de l’Ouest-de-l’Île. Dans le cas contraire, ils n’ont même pas à s’interroger sur les préférences de ceux-ci en la matière. Ils peuvent prendre à l’avance des dispositions pour les faire garder l’heure venue.» Lorsqu’elle est tombée enceinte de sa deuxième fille, Marie-Claude Guérin n’a pas hésité longtemps à décider qu’elle se séparerait de son aînée quand elle accoucherait. «Mon premier accouchement avait été très long, dit-elle, et je m’imaginais difficilement en présence de ma fille de 4 ans et demi pour l’arrivée de sa sœur. Mon conjoint et moi avons rapidement convenu que nous la ferions garder. J’aurais eu trop peur de devoir répondre à une foule de questions pendant le travail, ou bien qu’elle réagisse mal, qu’elle me déconcentre et que je me retrouve à gérer une crise au mauvais moment… Par contre, j’ai été très contente qu’elle puisse nous rejoindre dans la chambre de la maison de naissance juste après l’accouchement, pour que nous puissions savourer cette grande joie en famille.»

Un peu de préparation
Si vous désirez que votre enfant soit présent le jour J, Marie Brunet vous suggère de vérifier que tel est bien son souhait aussi! Demandez-lui simplement: «As-tu le goût d’être là quand ton petit frère ou ta petite sœur va arriver, ou préfères-tu aller chez grand-papa et grand-maman?» – et apprêtez-vous à répondre à ses questions! «Mettez l’enfant au courant de toutes les éventualités, recommande la psychologue Carole Beylier, sans pour autant entrer dans les détails techniques ou médicaux. Il doit savoir que maman va crier et que ce sera normal, il doit comprendre qu’elle ne sera pas disponible pour lui, etc. Vous pouvez également lui montrer les positions qu’elle prendra probablement, lui parler du placenta, du cordon qu’on va devoir couper, du sang, etc. Il est important de ne pas rester flou afin d’éviter les surprises, car l’enfant risque déjà de ressentir des émotions très intenses.» Respectez son choix en gardant à l’esprit qu’en cas de complications ou de mauvaise communication, l’expérience pourrait lui laisser des traumatismes. «Une fois sur place, prévient la spécialiste, certains enfants trouveront des prétextes subtils pour ne pas demeurer auprès de leur mère, insistant pour s’absenter à divers moments, ou cherchant même carrément à ne pas voir la naissance du bébé. Il est alors essentiel d’y être attentif et, par la suite, de reparler de l’accouchement avec eux, de discuter des émotions qu’ils ont connues, des instants qu’ils ont aimés, des craintes ou des frayeurs qu’ils peuvent avoir ressenties…»

Pour permettre à l’enfant de vivre la meilleure expérience possible, la sage-femme Marie Brunet propose qu’il ait près de lui une personne de confiance pendant toute la durée de l’accouchement. «Il est primordial de mettre préalablement les choses au clair avec cette personne, ajoute-t-elle, en lui expliquant que son rôle ne sera pas d’assister la mère, mais bien de s’occuper de l’enfant qui, éventuellement, pourrait aussi demander à quitter les lieux.»

Devenir un grand frère ou une grande sœur
Selon la psychologue Carole Beylier, que les frères et sœurs assistent ou non à l’accouchement, c’est surtout la préparation à l’arrivée du bébé qui leur permettra de ne pas se sentir à l’écart. «On peut leur faire toucher le ventre de la maman, dit-elle, les encourager à parler au bébé, leur lire des livres, les disposer au changement et au fait que leurs parents seront moins libres et plus fatigués pendant un certain temps… L’attachement des aînés envers le nouveau venu est rarement immédiat et, en tant que parent, on doit l’accepter. L’entrée d’un bébé dans la famille entraîne souvent chez eux un sentiment de jalousie, qui est normal et peut aller jusqu’à l’impression d’être exclus et d’avoir perdu l’amour de leurs père et mère. Plus ces derniers seront ouverts à leur malaise et les encourageront à communiquer, mieux les choses devraient aller.»

Ce qu’il faut savoir quand on prévoit accoucher…

À l’hôpital
Si certains établissements, comme l’Hôpital de LaSalle, acceptent que la fratrie assiste à l’accouchement, tous n’ont pas la même réglementation. En effet, les machines, le va-et-vient du personnel, l’absence d’installations pour les enfants ou la configuration des infrastructures peuvent restreindre l’intimité et faire obstacle au bon déroulement de l’expérience. C’est pourquoi il convient de discuter des différentes possibilités avec son médecin. Nadège Staco, chef du Service des infirmières du Centre des naissances de l’Hôpital Saint-Luc, mentionne que la présence de jeunes enfants a déjà été autorisée dans les salles d’accouchement de cet hôpital, mais que, depuis la survenue de quelques incidents, l’accès n’en est désormais permis qu’aux plus de 12 ans. Les grands frères et grandes sœurs sont cependant les bienvenus dans les salles de repos.

À la maison de naissance
«C’est une bonne idée que l’enfant accompagne sa maman à l’un de ses rendez-vous de suivi, pendant la grossesse, afin de faire connaissance avec la sage-femme et de se familiariser avec l’endroit», dit Marie Brunet, qui suggère aussi, le jour de l’accouchement, d’emporter tout ce dont l’enfant pourrait avoir besoin, y compris un petit matelas pour dormir.

À la maison
Veillez à ce que la personne qui viendra chez vous pour s’occuper de votre ou de vos aînés connaisse bien l’emplacement des divers objets qui leur servent quotidiennement (jeux, manteaux, poussette, etc.). Prenez également le temps de remplir le garde-manger et le réfrigérateur pour combler les fringales de tout le monde! 

Le témoignage de notre journaliste, Julie Chaumont, maman de Lilou et de Chloé
«J’étais incapable d’imaginer l’arrivée de mon deuxième bébé sans la présence de mon aînée, alors âgée de 3 ans et demi. Pour moi, cet important moment devait se passer en famille. J’ai pris soin de mesurer l’intérêt de ma fille et l’ai préparée du mieux que j’ai pu pour le grand jour (livres, photos, vidéos et mises en scène!). J’avais demandé à ma mère de venir à la maison de naissance pour s’occuper d’elle au besoin. J’étais contente qu’elle soit là parce que j’ai eu de la difficulté à supporter la présence de la petite pendant les deux heures particulièrement intenses qu’a duré mon travail. Mon conjoint est allé la chercher lorsqu’est venu le moment de pousser. Elle s’est mise devant moi, m’a donné un bisou, m’a flatté le bras et m’a dit: “Ça va bien aller maman, t’es capable.” Je lui ai rendu son baiser, lui ai dit que je l’aimais, puis j’ai poussé pour faire naître sa petite sœur. Je crois que ma fille m’a donné l’énergie dont j’avais besoin pour mettre au monde mon gros bébé de neuf livres. Savoir qu’elle était à mes côtés m’a rassurée.»

Source: Enfants Québec, octobre 2014

Commentaires

commentaires

pas de compte facebook ?
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

À lire aussi

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance...

Lire la suite →

Cours prénataux gratuits en ligne

Quels sont les choix offerts pour un suivi de...

Lire la suite →

Devenir maman d’un bébé né à 24 semaines

« Violette est née le 22 mai 2005, à 5 h 21 du matin, à...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →