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Intimidés à cause de leurs allergies!

 

Crédit: Shutterstock

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Pour les enfants victimes d’intimidation à cause de leurs allergies alimentaires, l’école peut devenir un endroit inquiétant, et l’heure des repas, un véritable cauchemar. 

«Lorsque William était au primaire, ses camarades le traitaient de “pinotte” en raison de son allergie aux arachides», raconte Martine Desautels, mère d’un enfant polyallergique aujourd’hui âgé de 14 ans. Un jour, ses camarades de classe lui ont lancé des graines de tournesol au visage pour voir s’il réagirait. C’est par l’entremise d’un ami de son fils que la maman a pris connaissance de ces incidents. «Lorsque j’ai voulu en savoir plus, mon fils m’a dit que ces moqueries ne le dérangeaient pas, mais je savais que c’était faux puisqu’il refusait depuis de porter son bracelet d’alerte médicale», raconte l’enseignante au primaire et coauteure du livre Laisse-moi t’expliquer… les allergies alimentaires (Éditions Midi trente, 2012). «Mon fils a été la cible de cinq garçons qui s’en prenaient à lui récréation après récréation, raconte pour sa part Marie-Josée Bettez, mère d’un enfant polyallergique, présidente de Déjouer les allergies et coauteure du livre Déjouer les allergies alimentaires (éditions Québec Amérique, 2011). «Les intimidateurs se moquaient de son gros étui lui servant à traîner son auto-injecteur. Ça a duré des mois. Je m’en suis rendu compte lorsque ces mêmes enfants l’ont empêché d’entrer à l’école et que la direction m’a téléphoné pour me dire que Christophe avait été puni pour son retard. Après que mon fils m’a expliqué ses raisons, je me suis immédiatement rendue à l’école. L’intervention n’a pas tardé. Les garçons ont été convoqués et, du jour au lendemain, tout a cessé.» Au Québec, de 6 à 8 % des enfants souffrent d’allergies alimentaires. Cela fait-il d’eux des victimes potentielles pour les intimidateurs? Parue en 2012 dans la revue Pediatrics, une étude américaine menée sur 251 familles new-yorkaises révélait que près d’un tiers (31,5 %) des enfants allergiques auraient été victimes d’intimidation. Selon les résultats obtenus par le Dr Eyal Shemesh, professeur agréé de pédiatrie et de psychiatrie à l’Hôpital Mont Sinaï de New York, la majorité des intimidateurs (80 %) seraient des camarades de classe et les incidents surviendraient principalement à l’école. «À l’hôpital, on nous a rapporté quelques cas occasionnels d’intimidation par menace avec l’allergène, mais de façon marginale. Ça ne me semble pas être un fléau dans les écoles au Québec», observe toutefois Anne Des Roches, allergologue pédiatre et chef de la section Allergie au CHU Sainte-Justine, à Montréal.

Des conséquences graves

Pourtant, selon Marie-Josée Bettez, ce qui est arrivé à son fils n’a rien d’un cas isolé. «Des parents m’ont écrit pour me raconter des histoires similaires. Il y a beaucoup de taquineries à l’heure des repas ou concernant le port de l’auto-injecteur. Dans des cas extrêmes, des enfants en ont forcé un autre à toucher ou à manger l’allergène.» Des récits qui donnent froid dans le dos, car l’intimidation devient alors une menace mortelle! La situation préoccupe le Dr Égide Royer, psychologue et codirecteur de l’Observatoire canadien pour la prévention de la violence à l’école. «Pour déterminer si un enfant a été victime d’intimidation, on va habituellement évaluer la fréquence des agressions. Or, un enfant qui se fait menacer par un autre de se faire mettre des arachides dans sa boîte à lunch alors qu’il y a risque de choc anaphylactique s’il en consomme, c’est déjà une fois de trop, puisque ça représente un risque réel pour sa vie.» La prévention passe par l’éducation, s’entendent les mamans et experts interrogés. Selon Martine Desautels, qui enseigne en 2e année du primaire, c’est le rôle de l’école de sensibiliser les élèves aux enjeux des allergies alimentaires, puisque tous les enfants n’y sont pas forcément confrontés à la maison. «Dans ma classe, je m’assure toujours que les élèves soient au courant qu’un de leurs camarades est allergique.  Je leur présente l’auto-injecteur d’adrénaline et leur explique comment il fonctionne. Je leur lis un livre sur le sujet. Rares sont les enfants qui vont intimider un camarade allergique lors-qu’ils savent qu’une mauvaise blague peut avoir des conséquences très graves. Ils sont habituellement protecteurs entre eux.» En matière de prévention des risques reliés aux allergies alimentaires dans les écoles, l’Ontario a adopté en 2006 la loi de Sabrina (en mémoire de Sabrina Shannon, une élève de 13 ans décédée en 2003 des complications d’un choc anaphylactique), qui vise l’implantation d’un programme de prévention et de mesures d’urgence dans les écoles. Au Québec, la Coalition pour la loi de Megann (en mémoire d’une fillette montréalaise de 6 ans décédée à son école à la suite d’une réaction allergique doublée d’une crise d’asthme) a été formée en 2011 afin que les écoles de la province aient un programme global de prévention. Ce dossier a été repris en 2014 par l’Association québécoise des allergies alimentaires (AQAA), qui en a fait une priorité. «Une politique qui prévoirait la formation régulière du personnel scolaire et l’élaboration d’un plan d’action individuel pour chaque élève allergique créerait certainement un environnement moins propice à l’intimidation», croit Marie-Josée Bettez, responsable de ce dossier à l’AQAA. L’école pourrait mettre en place une mesure précise auprès des intimidateurs, suggère Dominique Seigneur, porte-parole de l’AQAA. «La direction pourrait demander à celui qui a amorcé l’intimidation de faire un petit devoir ou une recherche sur les allergies alimentaires. Il importe d’en discuter, d’informer les élèves et de transmettre un message clair : les allergies alimentaires doivent être prises au sérieux, ce n’est pas un jeu.»

Des mesures de sécurité… variables

À l’heure actuelle, il n’existe aucune loi sur l’anaphylaxie dans les écoles du Québec. En général, ce sont les commissions scolaires, les Centres de santé et de services sociaux (CSSS) et la direction de l’école qui se concertent pour voir à la sécurité des enfants allergiques. Conséquemment, les mesures diffèrent d’une région à l’autre. Voici quelques exemples:

  • Les infirmières scolaires possèdent une liste des élèves allergiques et font le suivi auprès d’eux, notamment en ce qui concerne la présence et le port de la médication d’urgence à l’école, ainsi que la vérification de la date d’expiration de leur adrénaline (aussi appelée épinéphrine).
  • Dans certaines écoles, les enfants allergiques ont sur le mur de leur classe une fiche avec photo présentant la liste de leurs allergènes. Un plan d’intervention accompagne parfois la fiche.
  • Des infirmières des CSSS offrent une formation aux intervenants des écoles sur l’administration de l’adrénaline.
  • La plupart des écoles possèdent au minimum un auto-injecteur d’adrénaline en cas d’urgence. L’endroit où il est conservé varie d’un établissement à l’autre.
  • Les arachides et les noix sont bannies par certaines commissions scolaires, alors que d’autres demandent aux parents d’être vigilants.
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Comment réagir en cas d’intimidation alimentaire?

  • Aidez votre enfant à reconnaître l’intimidation et indiquez-lui à qui la signaler. Selon le projet de loi 56 (Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école), l’intimidation se définit comme «tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non […], exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, opprimer ou ostraciser».
  • Rappelez-lui les mesures de sécurité élémentaires qu’exige son état de santé : porter son bracelet d’alerte médicale et son auto-injecteur d’adrénaline sur lui en tout temps; bien identifier sa boîte à lunch; ne jamais échanger des aliments avec d’autres élèves ou accepter des aliments ou des mets dont il ignore la provenance ou le contenu.
  • Élaborez avec lui des stratégies pour répondre aux taquineries et aux menaces en faisant des jeux de rôle. «L’enfant pourrait simplement répondre: “Je n’accepte pas que tu me parles comme ça” avant de tourner les talons et d’aller en discuter avec un adulte», suggère le Dr Royer.
  • N’attendez pas de récidive pour réagir et avertissez un éducateur ou un enseignant dès le premier incident.
  • Appliquez la méthode 48-48-48. «Si rien ne change après que le parent a parlé à un enseignant ou un éducateur, il doit entrer en communication avec la direction de l’école, qui devrait lui revenir dans les 48 heures en précisant les mesures qui ont été prises pour corriger la situation, relate le Dr Royer. Si rien ne bouge après ce délai, le parent doit écrire un courriel ou une lettre à la direction de l’école, en mettant en copie la direction générale de la commission scolaire. L’un ou l’autre devrait lui répondre dans les 48 heures. Si, encore une fois, rien ne se passe, le parent doit alors communiquer avec le protecteur de l’élève.»
  • Aidez-le à être confiant. Il importe de favoriser l’estime de soi des petits allergiques. Comment ? «En leur montrant à ne pas se définir seulement par rapport à leurs allergies, mais par leur personnalité, leurs talents, leur sociabilité. En leur disant : “Tu ne peux pas tout manger, mais tu peux tout faire !” Il faut que ces enfants soient responsables et sûrs d’eux pour faire face aux éventuelles menaces», suggère Marie-Josée Bettez.

Source: Enfants Québec, octobre 2014

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