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Quelles sont les meilleures méthodes pour apprendre l’anglais?

Crédit: Shutterstock

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Entre regarder une émission de télévision et suivre un programme scolaire intensif, des dizaines d’approches permettent aux enfants d’apprendre l’anglais. Sont-elles toutes aussi efficaces? Voici les réponses d’orthophonistes, de linguistes, de psychologues et de parents. 

Avant de commencer…

Existe-t-il un âge idéal pour apprendre l’anglais? Selon Andrea MacLeod, le plus tôt sera le mieux ! Cette spécialiste du bilinguisme, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal, affirme que, dès leur naissance, les bébés sont capables de distinguer différentes langues. «Entre 8 et 10 mois, les portes se ferment un peu, précise-t-elle, car ils deviennent plus sensibles à leur langue maternelle et moins aux autres. Malgré cela, avant 3 ou 4 ans, les enfants apprennent deux langues très naturellement. Entre 5 et 12 ans, ils ont encore une grande facilité, mais l’influence de leur langue première est plus importante. Au demeurant, il n’est jamais trop tard pour devenir bilingue, c’est-à-dire pour être capable de comprendre une deuxième langue et de s’exprimer parfaitement dans celle-ci. Les adultes devront toutefois déployer beaucoup plus d’efforts pour y parvenir.»

Dans la petite enfance

Devrais-je inscrire mon enfant dans une garderie bilingue?
Contrairement aux écoles maternelles, primaires et secondaires, les services de garde du Québec n’ont aucune contrainte linguistique à respecter. Les parents ont donc le champ libre pour inscrire leurs enfants dans des milieux bilingues ou même unilingues anglais. La notion de bilinguisme s’avère cependant bien relative d’un endroit à un autre. Certaines garderies présentent un programme éducatif structuré dont le but est de favoriser l’apprentissage de l’anglais, mais d’autres s’affichent bilingues alors qu’un seul membre du personnel parle anglais, et parfois seulement de temps à autre. Dans plusieurs établissements, une journée se déroule en anglais, la suivante, en français, et ainsi de suite. Ailleurs, des périodes allant d’une heure à une demi-journée sont quotidiennement consacrées à la langue seconde, tandis que certaines garderies proposent, par exemple, deux ateliers de jeux et de chansons par semaine dans cette langue.

Mais quelle est la meilleure formule? La chercheuse Andrea MacLeod croit qu’un programme graduel dans lequel le français a tout de même sa place con-vient mieux aux enfants en service de garde qu’un programme entièrement anglophone : les enfants peuvent ainsi s’adapter à la nouvelle langue suivant leur rythme. Sur le plan de la socialisation, l’apprentissage conjoint leur permet également de mieux s’intégrer à leur groupe et de tisser des liens plus aisément, avec les autres enfants comme avec les éducatrices. «Pour qu’un enfant en bas âge apprenne à communiquer dans une deuxième langue, l’idéal serait qu’il y soit exposé pendant au moins 30 % de ses périodes d’éveil, dit Mme MacLeod. Au-dessous de ce pourcentage, l’enfant développera certes une sensibilité à la langue, mais pas la capacité de la parler.»

Si mon enfant apprend l’anglais, son français sera-t-il moins bon?
Pas forcément. Fred Genesee, professeur et chercheur au Département de psychologie de l’Université McGill, signale que ce n’est pas l’apprentissage proprement dit de deux langues qui appauvrit l’une ou l’autre. «Par contre, dit-il, si un enfant est largement exposé à une langue seconde, il peut développer une préférence pour celle-ci, surtout si c’est la langue de ses amis, et refuser de parler l’autre. Il est donc toujours préférable, pour une famille, de n’utiliser à la maison que la langue de base lorsqu’elle veut la préserver.»

Est-ce une bonne idée de parler à son enfant en anglais sans être anglophone?
Si le modèle qu’on peut offrir n’est pas parfait, mieux vaut s’abstenir d’employer cette langue pour les communications courantes, estime Caroline Erdos, orthophoniste à l’Hôpital de Montréal pour enfants. «De plus, la langue maternelle est liée à l’affectivité, dit-elle, et l’enfant risque de trouver
bizarre qu’on se mette à lui parler en anglais du jour au lendemain. Je conseille plutôt d’introduire cette langue dans des activités précises (chansons, lectures, jeux), et non dans les relations de la vie quotidienne.»

Mon enfant fait des phrases à moitié en français, à moitié en anglais. Est-il en train de tout mélanger?
Pour Caroline Erdos, il n’y a pas de quoi s’alarmer. «Cette alternance de codes linguistiques, communément appelée le code-switching, est tout à fait normale chez un enfant qui apprend deux langues. Il puise simplement dans les ressources dont il dispose pour s’exprimer. Au lieu de renoncer à désigner une chose, il se sert du mot qu’il connaît. Ces croisements se constatent surtout sur le plan du vocabulaire. S’ils se produisent dans le respect des règles grammaticales de la langue dans laquelle la phrase est formulée, il n’y a rien d’inquiétant». L’orthophoniste mentionne aussi que le développement du langage doit être considéré différemment chez un enfant bilingue: à 18 mois, un bambin devrait prononcer environ 50 mots
 – dans sa langue maternelle s’il est unilingue, mais répartis sur les deux langues s’il est bilingue.

Peut-il apprendre l’anglais en regardant la télévision?
Laissez votre enfant savourer ses dessins animés préférés en anglais! «De cette façon, il acquiert un peu de vocabulaire et apprend à compter ou à réciter son alphabet, confirme Andrea MacLeod. L’observation ne peut pas nuire, mais pour bien assimiler une langue, des interactions sociales sont nécessaires. À défaut, s’asseoir avec l’enfant et lui poser des questions sur ce qu’il voit à la télévision peut être un bon moyen de le familiariser avec la langue seconde.»

L’avis d’une maman «Mon fils fréquente un CPE de Sherbrooke qui est bilingue anglais-français et dont je suis très satisfaite. Tous les éducateurs sont obligatoirement bilingues. Ils s’adressent à chaque enfant dans sa langue première, mais peuvent appuyer sur la langue seconde à la demande des parents. C’est à travers des lectures et des jeux dirigés quotidiens que les enfants ont l’occasion d’entendre et de pratiquer les deux langues. Sans le parler, mon fils comprend déjà très bien l’anglais.» Marie-Christine, maman dun petit garçon de 4 ans

 

Au primaire

L’enseignement de l’anglais prévu par le programme scolaire régulier est-il suffisant?
Les enfants y reçoivent actuellement une heure ou deux d’enseignement en anglais par semaine, dès la 1re année. «Les programmes réguliers, au primaire comme au secondaire, ne comportent pas assez de cours d’anglais pour leur permettre d’accéder à une connaissance fonctionnelle de cette langue», déplore Gaston Rioux, président de la Fédération des comités de parents du Québec.

En effet, de la 1re à la 6e année, on vise surtout à initier les enfants à l’anglais, à leur donner un tremplin, en quelque sorte. D’abord par des jeux ou des chansons au premier cycle, puis par des apprentissages plus systématiques du vocabulaire et de la syntaxe au deuxième cycle. À la fin du primaire, les élèves n’auront peut-être pas atteint un niveau suffisant pour évoluer facilement dans un milieu anglophone, mais ils auront à tout le moins plusieurs repères indispensables pour approfondir leur apprentissage.

Diverses recherches ont démontré que l’apprentissage efficace des langues nécessitait des périodes d’étude d’une durée prolongée. «Avec une heure d’anglais par jour, les résultats seront inférieurs à ceux que permet un bloc continu de cinq heures par semaine, explique l’orthophoniste Caroline Erdos. En une heure, l’enfant a tout juste le temps de s’acclimater à l’anglais, et c’est chaque fois à recommencer. Si l’on allonge cette période, il prend de l’aisance et creuse davantage d’aspects. Il peut explorer des niveaux de langue supérieurs.»

Que penser du programme intensif en anglais?
Il est controversé, car pour plusieurs il mettrait en péril les autres matières. Cet enseignement intensif d’environ 400 heures d’anglais par an a été implanté dans plusieurs écoles du Québec depuis une trentaine d’années. Pour les enfants qui y participent, le reste du programme est abordé en accéléré afin de ménager du temps pour l’apprentissage de cette langue. La formule la plus répandue est celle qui consiste à consacrer la moitié de la 6e année (donc 5 mois sur 10) à l’anglais. Pour sa part, Marie Labelle, professeure de linguistique à l’UQAM, pense que c’est une stratégie efficace. « Il a été prouvé qu’une heure hebdomadaire de cours d’anglais ne donnait pas de résultats significatifs, indique-t-elle. Il est nettement préférable de rassembler toutes ces heures pour les concentrer à la fin du primaire. » De fait, des études réalisées auprès d’élèves sans difficultés scolaires et d’élèves aux besoins particuliers, qui avaient les uns et les autres bénéficié de ce programme intensif, ont établi qu’aucun de ces groupes n’avait été désavantagé par la formule et que les notes des élèves dans les autres matières s’étaient maintenues. De l’avis de Lise Bibaud, directrice générale de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage, ce programme ne devrait donc pas être réservé aux élèves les plus performants, comme c’est le cas dans certaines écoles. « Des enfants dyslexiques peuvent même se montrer plus compétents dans un tel programme, qui fait moins appel à leurs habiletés déficitaires en lecture et en écriture et davantage à l’oral, dit-elle. Voilà qui peut être très valorisant et grandement améliorer leur confiance en eux, pourvu qu’ils soient adéquatement encadrés. »

Par ailleurs, des établissements privés, mais aussi publics (comme les écoles internationales), offrent un parcours enrichi en anglais. La place accordée à cette langue varie alors selon les écoles qui, pour la plupart, sélectionnent les élèves les plus doués parmi ceux qui ont réussi les examens d’admission. Dans certains cas, 45 minutes d’anglais par semaine sont au programme dès la maternelle, puis la durée des cours augmente progressivement pour atteindre quatre ou cinq heures en 6e année.

Est-ce une bonne idée d’inscrire mon enfant dans une école anglophone?
Il est possible pour des enfants francophones de fréquenter des écoles anglophones à certaines conditions (notamment si la scolarité de leur fratrie ou d’un de leurs parents s’est essentiellement déroulée en anglais), ou bien de se tourner vers des écoles non subventionnées, dont les frais sont très élevés. «Inscrire un petit francophone dans une école primaire où tout se passe en anglais mènera assurément à l’affaiblissement de sa langue maternelle, prévient néanmoins la professeure Marie Labelle. À cet âge, les enfants choisissent naturellement la langue parlée par leurs camarades de classe.»

L’avis d’une maman «Mon fils suit le programme d’anglais intensif depuis l’an passé, et je suis très impressionnée par ses progrès. Au bout d’à peine un mois, il était déjà plus à l’aise que moi pour parler anglais… et aujourd’hui, il n’a presque plus d’accent! Certains soirs, en guise de devoir, il devait appeler un autre élève désigné par sa professeure pour s’entretenir avec lui pendant 10 minutes sur un thème imposé. J’avais quelques doutes au départ à l’égard de ce programme, mais j’ai vite été convaincue par les résultats!» Hélène, maman d’Alexandre, élève de 6e année

D’autres avenues

Comment aider mon enfant à faire des progrès en anglais?
La timidité est souvent le principal obstacle à l’apprentissage d’une langue seconde. «Il faut aider votre enfant à se faire confiance, recommande Andrée-Anne Bourque, enseignante d’anglais au secondaire et responsable de la section relative à l’anglais du site Allô prof. «J’encourage les parents à consacrer des moments spécifiques à la conversation anglaise en famille. À l’heure du souper, par exemple, chacun pourrait essayer de raconter sa journée en anglais. Commettre des erreurs ou chercher ses mots n’est pas grave, puisque l’objectif est de se familiariser avec l’expression et le vocabulaire de la langue.»

Mme Bourque suggère quelques trucs:

  •  Fabriquer avec son enfant des étiquettes en y inscrivant les noms anglais de divers objets de la maison, et les coller sur ceux-ci.
  •  Apprendre ensemble des chansons anglaises contenant un vocabulaire simple.
  •  Écouter en famille des chansons, des films et des émissions en anglais, puis prendre le temps d’en discuter pour vérifier la compréhension de l’enfant.

Comment inciter mon enfant à parler plus souvent en anglais?
Le professeur et chercheur Fred Genesee souligne l’importance de l’influence
des amis dans l’apprentissage d’une langue: «Dès la garderie, dit-il, les autres enfants représentent des modèles plus forts que les adultes quant à l’acquisition de la langue seconde. Ils partagent les mêmes intérêts, sont au même stade de leur développement et forgent leur identité les uns par rapport aux autres, en s’observant et en s’imitant.» Lorsqu’un enfant ne bénéficie pas d’un cadre scolaire permettant l’immersion, ce professeur conseille donc de multiplier pour lui les occasions de fraterniser avec de jeunes anglophones de son âge – par exemple, en l’emmenant au parc dans un quartier anglophone, ou encore en l’inscrivant à des ateliers en anglais (hockey, natation, danse, dessin, camps de jour…).

Vous pouvez miser sur des voyages familiaux. Certains camps de vacances font aussi du perfectionnement de la langue anglaise une priorité, en proposant des formules d’immersion totale (le moindre mot en français y est strictement interdit !) – ou partielle. Pour une première expérience, un enfant réservé ou au tempérament plutôt anxieux se sentira sans doute mieux dans une structure où il aura le droit de s’exprimer en français à certains moments.

Pour trouver un camp qui organise des activités en anglais: camps.qc.ca. 

Source: Enfants Québec, octobre 2014

Commentaires

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3 commentaires

Jessica

Bonjour je suis enseignante d’immersion française ici au Québec et j’aimerais avoir des liens de recherche sur le nombre l’heure par jour versus en bloc continue comme le souligne l’orthophoniste Caroline Erdos. C’est un sujet de débat à mon école et j’aimerais avoir de la documentation pour m’aider à débattre mon point

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