superbanniere
Abonnement Magazine

Comment va notre école?

Crédit: Istockphoto

Crédit: Istockphoto

Depuis l’implantation de la fameuse réforme de l’éducation au Québec, en 1997, l’école fait couler beaucoup d’encre. Elle fait la une des journaux, sert de cible aux critiques, fait grogner les parents. Les critiques sont-elles toutes fondées? Pour démêler les idées reçues des faits avérés, nous avons consulté les gens qui sont au front: enseignants, directeurs de commission scolaire, représentants de parents. Le portrait qui en ressort est en demi-teintes. L’école ne va pas très bien… mais pas complètement mal non plus!

Par Marie-Claude Fortin

Mythe  n° 1 Depuis la réforme, le niveau des élèves a baissé.
FAUX «Voilà une idée reçue qui a la vie dure! lance Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). Dans les années 1960, on disait déjà la même chose.»

En réalité, les évaluations internationales qui permettent de comparer les niveaux des élèves d’un pays à un autre en lecture, en sciences et en mathématiques montrent que ceux du Québec ont un très bon niveau. Aux derniers tests PISA *, qui ont eu lieu en 2010, les enfants de la province ont été les premiers en lecture de tous les pays francophones, c’est-à-dire devant la France, la Belgique et la Suisse. En sciences, ils se sont classés 4es au Canada et 13es (sur 65 pays) à l’échelle internationale. Toutes catégories confondues, le Québec se classait dans le peloton de tête.

Des résultats très positifs, mais qu’il faudrait pourtant modérer, du moins en ce qui concerne la lecture, si l’on en croit Pierre St-Germain, président de la Fédération autonome des enseignants (FAE), laquelle représente 32 000 professeurs. «Par comparaison au reste du Canada, les jeunes Québécois se situent sous la moyenne, soit au 7e rang sur les 10 provinces. Et par rapport à leurs résultats des années précédentes, ils accusent une baisse.» Rien n’est jamais acquis!

Mythe  n° 2  Les enseignants ne sont pas bons en français.
VRAI, mais… L’idée s’est largement répandue à partir   de 2009, quand un nouveau test de français a été imposé aux futurs enseignants pour l’obtention de leur brevet. Plus de 50 % de la première cohorte d’étudiants a échoué à cet examen, dont la note de passage était de 70 %. «Les taux d’échec sont plus élevés qu’avec les anciens tests», confirmait au journal La Presse le doyen de la Faculté d’éducation de l’Université de Montréal, Michel D. Laurier. Il y avait de quoi s’inquiéter. Depuis, des mesures ont été mises en place pour aider ces futurs professeurs. «Les étudiants qui ont des difficultés en français, nous les repérons, assure Marie-Ève Legendre, directrice par intérim du programme de baccalauréat en éducation au préscolaire et en enseignement au primaire, à l’Université Laval. Nous leur offrons des cours de rattrapage, un service d’aide en français, et ils reçoivent beaucoup de soutien durant leur formation pour améliorer la qualité de leur langue.»

Cela étant, la question de la maîtrise du français dépasse les limites de l’école, selon Mme Legendre. C’est un problème de société beaucoup plus large. Cela n’excuse rien, mais il faut en tenir compte. «Bien sûr, dit-elle, on voudrait que ceux qui s’apprêtent à instruire nos enfants aient un français irréprochable. Mais on ne peut pas faire abstraction du fait que la langue se transforme, tout comme notre rapport à la langue. Partout dans notre environnement socioculturel, y compris dans les médias écrits, à la radio, à la télévision, elle se dégrade. Le contexte de l’enseignement du français est de plus en plus complexe. Il n’est sans doute pas faux que certains enseignants ont des difficultés en français, mais c’est le cas pour l’ensemble de la population. Est-ce la faute de l’école uniquement?»

Mythe  n° 3  Il y a trop d’élèves dans les classes (notamment surchargées par des élèves en difficulté qu’on veut intégrer dans les classes régulières).
PLUTÔT FAUX mais… Il y a, en fait,  de moins en moins d’élèves par classe. «Les ratios sont à la baisse, indique Stéphane Lenoir. Surtout dans les quartiers défavorisés. Au 3e cycle, dans mon école, nous en sommes à 24 élèves par classe et, l’an prochain, nous devrions n’en avoir plus que 20.» Parallèlement, la tendance est aussi à la fermeture des classes dites spécialisées qui accueillaient les enfants en difficulté, pour incorporer ceux-ci dans les classes ordinaires.

«Au bout du compte, le portrait général de la classe s’alourdit, signale Pierre St-Germain. Nous devons composer avec des problèmes de comportement et des troubles d’apprentissage… sans avoir le support qui devrait leur être assorti. Il n’est pas rare que, dans une classe, jusqu’à 20 % des élèves soient en difficulté.»

Mythe  n° 4 Il n’y a plus d’argent pour l’éducation.
VRAI Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 150 M$ ont été coupés dans le budget 2012-2013 des commissions scolaires. « On effectue actuellement des compressions un peu partout, y compris dans l’éducation, pour atteindre le déficit zéro, dit Josée Bouchard. Avant, nous parvenions à boucler nos exercices financiers en ayant protégé les services aux élèves. Maintenant, c’est difficile, et ce le sera de plus en plus. » L’éducation est un choix de société, rappelle en ces termes Mme Bouchard : « Investir dans l’éducation sera toujours investir pour le présent et surtout l’avenir. Nos jeunes devront graviter dans un monde très compétitif. Nous avons la responsabilité de les y préparer, de leur donner de bons outils pour leur vie adulte. »

Mythe  n° 5 Les bulletins sont incompréhensibles!
VRAI ou FAUX selon les interlocuteurs Depuis plusieurs années, les enseignants réclamaient un bulletin chiffré pour l’évaluation des élèves. À l’automne 2011, le ministère de l’Éducation lançait son nouveau « bulletin unique » destiné à noter les élèves du primaire et du secondaire du Québec. « Naturellement, on n’en est plus aux tartes et aux soleils, ironise Pierre St-Germain, qui, avec la FAE, était de ceux qui revendiquaient le plus fermement un changement dans le mode d’évaluation. Nous avons enfin le bulletin chiffré et l’indication de la moyenne de groupe que nous exigions. Sommes-nous pour autant satisfaits ? La réponse est non.» Car au-delà des chiffres, les bulletins ne rendent toujours pas compte de l’état réel de l’acquisition des connaissances. «On a une note, mais basée uniquement sur les gains en compétences, déplore Pierre St-Germain. Du coup, à connaissances égales, les évaluations peuvent nettement varier d’une école à une autre.» Pour Stéphane Lenoir, les nouveaux bulletins posent un autre problème: «Ils fournissent des notes, mais ne disent rien sur les faiblesses spécifiques des enfants, souligne-t-il. Les notes, en elles-mêmes, ne parlent pas.» 

Mythe  n° 6 Les élèves et leurs parents ne respectent plus les enseignants.
PLUTÔT VRAI  «La société est plus individualiste qu’avant, observe Josée Bouchard. Nous aimons nos enfants, nous voulons ce qu’il y a de mieux pour eux, et c’est normal! Aujourd’hui, en tant que parents, nous trouvons beaucoup plus important de nous impliquer qu’il y a une quarantaine d’années. »Au résultat, les relations ont changé, comme l’affirme Pierre St-Germain. «Nous sommes beaucoup plus dans une approche “client”, dit-il. Le public se dit que l’école est un service et que, comme consommateur, il a des droits.» Si l’implication des parents est généralement positive, elle connaît parfois des dérapages. D’après une étude publiée par la FAE, 85 % des enseignants et enseignantes déclarent avoir été victimes de violences psychologiques ou verbales à l’école. Fait alarmant, 45 % de ces violences auraient été perpétrées par… les parents. «Je crois que, comme enseignants, nous devons désormais apprendre à nous imposer devant nos interlocuteurs, dit Stéphane Lenoir. Démontrer que nous sommes des professionnels, et que les points de vue que nous avançons se fondent sur des observations.» 

Mythe  n° 7 Les enseignants sont déprimés, et il existe de moins en moins de vocations.
PLUTÔT VRAI  Selon un sondage effectué auprès des membres de la FAE, il y aurait davantage de détresse psychologique qu’auparavant chez les professeurs. «Ils sont 60 % à se dire touchés par ce phénomène une fois par mois, rapporte Pierre St-Germain, et 20 %, une fois par semaine. C’est que la tâche est lourde. On leur en demande toujours plus. Ce n’est pas tant l’acte d’enseigner et le contact qui leur pèsent. C’est tout ce qui entoure la profession, et le peu d’appui qu’ils reçoivent. Pourtant, ils demeurent fortement attachés à leur métier et à leurs élèves.»

Selon Marie-Ève Legendre, le nombre d’étudiants admis au programme de baccalauréat en éducation au préscolaire et en enseignement au primaire de l’Université Laval n’a pas baissé, mais on voit une légère diminution dans le nombre de demandes. «Je ne sais pas s’il y a plus ou moins de vocations, dit-elle. C’est plutôt au moment du stage que les étudiants découvrent s’ils ont, ou non, l’étoffe d’un enseignant. Et, bien que la profession soit sans contredit dévalorisée socialement, je pense que la plupart des étudiants qui suivent nos programmes ont vraiment le désir de travailler dans ce domaine.» 

Mythe  n° 8 L’école n’apporte plus de connaissances, uniquement des compétences. 
VRAI ou FAUX  selon les interlocuteurs C’est LE premier sujet de dissension au sein des écoles. Pour Stéphane Lenoir, président de l’Association québécoise des enseignants du primaire (AQEP), qui compte environ 1 200 membres, comme pour Marie-Ève Legendre, Josée Bouchard et Manon Ricard, présidente du Comité central des parents de la Commission scolaire de Montréal, il n’y a pas de compétences sans connaissances. « C’est une opposition artificielle, dit Marie-Ève Legendre. On peut difficilement être compétent sans les acquis du savoir ! » Et Stéphane Lenoir d’insister: «Les connaissances sont dans les compétences. Elles n’ont jamais disparu ! Elles sont d’ailleurs définies dans le programme.»

Toujours est-il qu’il n’est pas très facile de savoir quelles connaissances exactement sont au programme. «Les programmes sont construits par cycles, explique Pierre St-Germain. Ainsi, la 1e et la 2e années, par exemple, sont fondues dans un même programme. Et c’est par école, entre professeurs, qu’on décide qui enseignera quoi, et à quel moment du cycle. Toutefois, les enseignants ne savent pas vraiment quoi enseigner, notamment en français. Par exemple, on leur dit qu’à la fin du 1er cycle l’élève doit savoir écrire 500 mots. Mais on ne leur dit pas lesquels!»

Face à de tels flous, encore bien des acteurs du milieu de l’éducation souhaiteraient un retour aux cours magistraux, avec une liste précise de connaissances à transmettre aux élèves. «Quoi qu’il en soit, nous restons dans une pédagogie socioconstructiviste, où l’élève apprend par la découverte, par des projets, regrette Pierre St-Germain. Or, si un enfant peut écrire un texte sans faire trop de fautes d’orthographe, cela ne signifie pas forcément qu’il connaît bien les règles du français. Le cœur du débat est là.»   

PISA: acronyme du Programme international pour le suivi des acquis, lequel évalue les compétences des élèves de 15 ans en lecture, en mathématiques et en sciences.
OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques, qui comprend 65 pays membres.

Source: Enfants Québec, septembre 2012

Commentaires

commentaires

Comments are closed

À lire aussi

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle...

Lire la suite →

La classe de maternelle de madame Michèle

Quand elle part en vacances à la mer, elle leur rapporte des...

Lire la suite →

L’école, c’est aussi l’école de la vie!

À l’approche de la rentrée scolaire, les parents sont...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →