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Mon bébé m’a fait changer de carrière

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Illustration: Shutterstock

L’arrivée d’un enfant bouleverse nos vies, mais aussi nos manières d’envisager le travail. Et si nous profitions des congés de maternité et de paternité pour faire le point sur nos nouvelles envies professionnelles?

Par Jade Bérubé

Envie de changement? Il n’est pas question d’envoyer promener son emploi sur un coup de fatigue! Voici quelques étapes à suivre avant de prendre la bonne décision.

Définir clairement ses nouveaux besoins
«La première chose à faire est de prendre un temps de réflexion et de bien identifier ses nécessités en matière de changement, recommande le conseiller en orientation Francis Grégoire. Les congés de paternité et de maternité sont aussi faits pour ça! Certains parents envisagent leur retour de congé parental avec beaucoup d’angoisse. Or, si c’est l’idée même de se détacher de l’enfant qui est en cause, un nouvel emploi ne réglera pas forcément le problème. Il existe différentes façons de ménager plus de temps pour sa vie personnelle, avec la venue d’un bébé, sans changer de métier ni même d’employeur. Dans la majorité des cas, ce sont de petits détails qui font la différence. Diminuer ses heures de travail peut-il aplanir les difficultés? Faut-il redistribuer autrement les tâches à la maison? La garderie est-elle trop loin du lieu de travail? Est-il possible de commencer sa journée plus tôt afin de la terminer plus tôt? Est-ce que c’est l’emploi qui ne convient pas? Ou est-ce plutôt le milieu de travail? Il importe de se poser toutes ces questions et de trouver des réponses à chacune d’elles.»

Connaître ses droits
Avant de démissionner parce que vos horaires vous semblent incompatibles avec votre nouvelle vie de famille, sachez qu’un salarié peut, conformément à la loi, refuser de travailler plus de quatre heures au-delà de son horaire habituel. Les normes du travail permettent également divers aménagements, comme le droit à 10 jours de congé (sans solde) par an pour
obligations familiales. Dans le cas des travailleurs syndiqués, certaines conventions collectives sont parfois même plus généreuses, en prévoyant des dispositions particulières pour les parents d’enfants de moins de 2 ans, ou encore un nombre plus important de congés familiaux.

Il l’a fait   Patrick, employé en marketing, s’est installé à son compte. «Je travaillais pour une firme de marketing. Je faisais des heures de fou. Je n’étais jamais à la maison. J’étais pris dans une spirale, j’étais exténué. Ce n’est qu’à la naissance de mon troisième enfant que j’ai pu prendre un congé de paternité. La distance que m’a apportée ce congé a été propice à la réflexion: c’est ainsi que j’ai décidé de partir à mon compte. Depuis, j’imbrique mes obligations domestiques dans mon temps de travail, ce qui est nettement plus productif. C’est incroyable, ce qu’une petite brassée de linge un lundi après-midi, pendant une pause, peut faire comme différence!»

Parler avec son employeur
Il arrive que les employeurs se montrent plus flexibles qu’on l’aurait imaginé. C’est une agréable surprise qu’on ne court la chance de connaître qu’en prenant l’initiative d’aller leur parler! Lauréat du Prix ISO Famille du Conseil du statut de la femme et du Prix du Barreau pour la conciliation travail-famille, le cabinet d’avocats Cain Lamarre Casgrain Wells n’a pas de politique écrite, mais a résolument misé sur la souplesse afin d’attirer une relève parmi ses rangs. Pour Isabelle Breton, avocate au sein de ce groupe depuis 2005, cela se traduit, entre autres, par la possibilité d’effectuer du travail à domicile. «Si mes enfants ont une activité un matin à 10 heures, je peux ainsi être avec eux sans problème. Quand l’un d’eux est malade, j’emporte mon ordinateur chez moi. Certains de mes collègues partent avant la fermeture du cabinet pour aller chercher leurs petits à la garderie, et plus tard ils rattrapent leurs heures à leur guise. Bien sûr, nous avons des impératifs comme tous les travailleurs, qu’il s’agisse des horaires de tribunal ou des tâches de dernière minute. Il y a beaucoup de contraintes dans la pratique du droit. Mais nous avons en plus, ici, une ouverture d’esprit.»

 Elle l’a fait    Séverine, économiste, est passée à quatre jours de travail par semaine. «Je faisais des semaines de 60 heures sans me poser de questions. Ce mode de vie m’a parfaitement convenu pendant des années – jusqu’à la naissance de ma première fille. Pendant mon congé de maternité, je suis revenue quelques jours au bureau pour traiter un dossier. J’ai alors goûté à ce qu’allait être ma vie à mon retour, et j’ai immédiatement compris que je ne voulais pas de cela. Après en avoir discuté franchement avec mon employeur, j’ai pu réduire ma semaine à quatre jours.»

Rencontrer un conseiller d’orientation
Cette démarche qui n’engage à rien peut se révéler très utile pour qui est dans le flou au sujet de ses réels désirs. «Consulter ne veut pas dire qu’on souhaite procéder à un bouleversement majeur, précise Francis Grégoire. Il s’agit surtout de faire le point, d’explorer toutes les options possibles avec l’aide d’un professionnel.»

 Il l’a fait    Charles s’est réorienté vers un métier qui le passionne. «Lorsque mon fils est venu au monde, j’ai pris deux mois de congé de paternité. Quand il m’a fallu reprendre le travail, j’ai fait une dépression. J’ai mesuré à quel point je détestais mon emploi. J’ai pris rendez-vous avec un conseiller d’orientation. Il m’a aidé à réfléchir à un changement de carrière. Financièrement, ce n’était pas possible d’envisager une formation trop longue, j’ai donc entrepris des études d’un an et demi pour devenir électromécanicien. Comme je commence très tôt, mon travail me permet d’aller chercher mon fils à la garderie à 16 heures tous les jours. En plus, je suis fier quand je l’entends se vanter à ses copains d’avoir un papa qui fabrique des robots. C’est quelque chose, quand même!»

Reprendre ses études, une bonne idée?
Cette option peut devenir une nécessité lorsqu’on veut obtenir un poste plus élevé ou se réorienter, mais attention au surmenage! Le conseiller Francis Grégoire insiste sur l’investissement en énergie et en temps que réclame un tel projet. «On ne fait pas des études de la même façon quand on a des enfants, prévient-il. Il faut considérer qu’on aura alors l’équivalent de trois emplois. Aller suivre des cours est déjà un travail en soi. Les tâches domestiques, au retour à la maison, en constitueront un deuxième. Et l’étude le soir, après le coucher des enfants, sera le troisième. Les journées seront vraiment pleines!» 

 Elle l’a fait    Marie-Pierre, bibliothécaire municipale, a repris ses études. «Après l’arrivée de ma première fille, j’ai vite constaté que les heures du service à la clientèle, auquel j’étais affectée, ne concordaient pas avec la disponibilité dont j’avais besoin pour ma famille. Je me sentais mal à l’aise de terminer à 18 h 30 le soir et de travailler parfois les fins de semaine. Le seul moyen pour moi d’obtenir un horaire qui conviendrait davantage à ma nouvelle réalité sans changer de domaine d’emploi, c’était d’obtenir un poste plus élevé. Et pour y avoir accès, je devais compléter mes études. J’avais prévu de suivre un cours en ligne par session pendant mon deuxième congé de maternité, mais finalement j’ai annulé le premier cours: c’était un peu trop utopique avec un nourrisson! Quand mon bébé a commencé à dormir un peu plus, je m’y suis remise.»

 

Annie Cloutier- Mathieu RivardEt si je ne retournais pas travailler?
Dans son essai Aimer, materner, jubiler,  Annie Cloutier évoque son choix de vie: être mère au foyer.  Elle critique le concept de conciliation travail-famille tel qu’on le voit actuellement au Québec. «Le congé parental est un acquis important qu’il faut souligner. Cependant, une fois ce congé passé, il ne vient à l’esprit de personne, de façon générale, d’examiner l’éventualité de rester à la maison avec les enfants. Les politiques familiales favorisent la possibilité d’avoir des enfants tout en travaillant.» D’ailleurs, selon Statistique Canada, 84 % des femmes qui travaillaient avant la naissance de leur enfant retournent sur le marché du travail. «J’admire les mères à la fois femmes de carrière qui sont heureuses, en pleine forme et épanouies, ajoute l’auteure. Mais tout concilier est extrêmement exigeant. Notre société devrait permettre aux parents de faire d’autres choix.»

LIVRE AIMER JUBILER

 

Aimer, materner, jubiler,
par Annie Cloutier,
VLB éditeur, 2014

 

 

Source: Enfants Québec, septembre 2014

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