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La science au chevet des bébés

Crédit: Album personnel

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Valérie Simard, psychologue clinicienne et professeure à l’Université de Sherbrooke, s’intéresse de près au sommeil de l’enfant et à ses liens étroits avec la relation parents-enfants. Elle nous informe des plus récentes recherches à ce sujet. 

EQ: Encadrer tôt le sommeil du bébé ou se rendre disponible:  que disent les recherches à ce propos?

Valérie Simard: Il y existe un consensus sur le fait qu’un bébé doit savoir qu’il y a quelqu’un dans la maison pour répondre inconditionnellement à ses besoins. Il ne faut donc pas laisser pleurer un nourrisson, en particulier de 0 à 6 mois. Si les problèmes de sommeil deviennent un fardeau au point que les parents ne dorment plus et doivent consulter un médecin, il est souhaitable d’essayer des méthodes plus restrictives. À moyen et long terme, ces mesures auront une influence positive sur le sommeil de l’enfant.

Les parents ont-ils plus de difficulté qu’autrefois à encadrer le sommeil de leurs petits?
Le discours selon lequel «il faut toujours répondre aux besoins des bébés, poursuivre l’allaitement le plus longtemps possible, etc.» peut être culpabilisant. Et souvent, la mère qui se sent coupable n’osera pas fixer de limites. Elle continuera à se lever plusieurs fois par nuit – avec pour conséquence que lorsqu’elle sera épuisée, l’enfant le ressentira dans les soins qu’il recevra d’elle. L’interaction mère-enfant sera affectée parce que celle-ci aura adopté une règle ou un comportement avec lesquels elle n’est pas d’accord. C’est là que les recherches sur l’attachement et sur l’anxiété induite par la mère deviennent très intéressantes.

Que disent ces recherches?

Elles révèlent que ce sont les perceptions et les croyances de la mère sur la façon dont elle devrait gérer le sommeil de son enfant qui sont les plus déterminantes dans le développement des troubles du sommeil chez celui-ci. C’est le fait qu’elle se sente forcée d’agir de telle ou telle manière, en étant mal à l’aise avec ses propres interventions, qui sera anxiogène pour l’enfant et l’exposera à contracter de tels troubles, bien plus que la méthode elle-même. En d’autres termes, quelle que soit la stratégie choisie, elle devrait fonctionner si elle est en harmonie avec la volonté de la maman qui l’applique.

La façon dont nous gérons le sommeil de nos enfants n’est-elle pas dictée par nos valeurs familiales?

Si, et cela est bien illustré dans des études qui ont observé comment les parents encadraient le sommeil des enfants selon les différentes cultures. Le désir que son bébé devienne vite le plus autonome possible dans ses habitudes de sommeil, notamment en dormant dans son propre lit, est très ancré dans les valeurs occidentales. Mais on a démontré que dans d’autres cultures, y compris chez les Afro-Américains, ces pratiques-là ne sont pas valorisées. Au contraire, pour ces derniers comme dans de multiples communautés, la norme est que l’enfant passe ses nuits dans la chambre de ses parents. Or, dans tous ces contextes, les enfants n’ont pas plus de troubles du sommeil qu’ailleurs. Cela s’explique par le fait qu’une mère qui agit en fonction de ses normes culturelles est plus à l’aise dans la gestion du sommeil de son enfant, ce qui lui laisse toutes les chances d’être efficace. De même, la mère occidentale qui se comporte selon ses propres valeurs et espère rendre son bébé rapidement autonome y parviendra sans problème aussi, pourvu que sa manière de procéder lui soit naturelle.

Au final, c’est donc l’ambivalence qui pose problème?

Effectivement. La mère qui décide librement que son enfant se couchera très tôt, dans sa propre chambre, et qu’il fera ses nuits de son côté, a des chances d’être beaucoup plus cohérente et, sans le vouloir, d’appliquer sa propre règle avec davantage de constance et de résultats qu’une règle de «5-10-15», par exemple, adoptée à contrecœur. La mère ambivalente retournera certaines fois voir son enfant, d’autres fois, non, ce qui deviendra une source de confusion pour celui-ci.

Que disent les recherches récentes à propos du «cododo»?

Le « cododo » – ou co-sleeping – peut être pratiqué très sainement et n’occasionner aucun problème particulier de sommeil chez l’enfant, à condition que ce soit sur une base régulière, c’est-à-dire prévisible et donc sécurisante pour lui, et qu’on prévoie qu’il disposera à un moment donné de sa propre intimité. En revanche, des difficultés peuvent venir de tensions que cette habitude aura provoquées dans le couple, et c’est une situation fréquente. L’enfant se retrouve alors au centre d’un conflit entre ses parents, ce qui risque de perturber son sommeil. On observe en clinique que, dans la plupart des cas, c’est la maman qui souhaite ce «cododo» – un biais pour éviter l’intimité amoureuse dans cette phase-là de sa vie –, et le papa qui préférerait voir l’enfant dormir dans sa chambre. D’autres mères peuvent aussi en éprouver le besoin quand il leur est difficile d’être séparées de leur petit. Or, si cette insécurité entraîne chez elles une anxiété de séparation, toute une série de problèmes pourraient en découler pour ce dernier.

Cette anxiété de séparation provient-elle plus souvent de la mère ou de l’enfant?

Les recherches concluent que l’enfant de moins d’un an dont la mère souffre d’anxiété de séparation se met à avoir des problèmes de sommeil. L’appréhension maternelle le rend anxieux à son tour. Détectant des signaux de détresse chez sa maman lorsqu’elle le laisse seul, il a l’intuition qu’il y a un danger et se dit qu’il vaut mieux ne pas être loin d’elle!

Quel type de problèmes peut causer un «cododo» dans ces circonstances?

Des troubles du sommeil sont alors susceptibles de s’installer chez l’enfant, tels que: des nuits plus fragmentées, donc avec de nombreux réveils, et ce, durant toute la période préscolaire – même après que ses parents auront éventuellement décidé de le faire dormir dans sa chambre. Encore une fois, les facteurs propres à rendre ce «cododo» négatif sont divers: non seulement l’anxiété de la mère peut-elle être en cause, mais aussi celle de l’enfant, ou les deux.

Un bébé «insécure» tient-il ce trait de caractère de ses parents?

En fait, il l’acquiert surtout par ce qu’on appelle la transmission intergénérationnelle de l’attachement. Beaucoup de recherches, depuis des décennies, font la preuve que l’insécurité de l’attachement se transmet du parent à l’enfant. Autrement dit, un parent rendu «insécure» par ses propres parents risque d’avoir lui aussi un enfant « insécure ».

Comment s’explique cette transmission?

Cette question renvoie à celle de la sensibilité maternelle, c’est-à-dire à la capacité de la mère à répondre au bon moment, de façon adéquate et empathique, aux demandes de son enfant. Si elle est «insécure», plusieurs problèmes interféreront avec cette sensibilité, l’empêchant de sécuriser l’enfant de manière appropriée. C’est ce qui se produit aussi pour les mères qui ne répondent pas, tout comme pour celles qui répondent trop vite, ou trop – par exemple, les mamans qui surgissent pour voir ce qui se passe dès que leur petit émet le moindre son; ce dernier subira cet empressement comme une intrusion, et pourrait en outre ne jamais connaître l’attente ni aucun délai de gratification; il deviendra alors beaucoup plus réactif, moins tolérant à la frustration. La mère «normalement» sensible, à l’inverse, fera la part des choses: devant un besoin urgent, elle se précipitera, mais quand le besoin peut attendre, elle prendra son temps, n’étant pas anxieuse ni envahie par les pleurs de son enfant.

Quand un parent consulte pour les troubles du sommeil de son enfant, sur quoi cible-t-on l’intervention?
De nombreuses interventions viseront les interactions parents-enfants entourant le coucher, car il est beaucoup plus facile d’agir sur cette variable-là que sur l’insécurité des parents, qui nécessite un travail de longue haleine. Les dernières études montrent qu’il y a deux ingrédients importants dans les interventions des cliniciens relatives au sommeil: ils doivent d’abord expliquer aux parents de quelle façon fixer des limites adéquates, mais aussi tenir compte du fait que leurs recommandations ne seront pas appliquées efficacement s’ils ne se préoccupent pas des croyances et des normes culturelles de ceux-ci. Ils devront donc revoir avec eux quels sont les mythes qui influent sur leur conception du sommeil, quelle a été leur propre expérience du sommeil lorsqu’ils étaient enfants, etc. Très souvent, on y découvre des éléments de réponse qui permettront de les aider.  

Source: Enfants Québec, octobre 2013

Commentaires

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2 commentaires

Karine

Enfin! Des données scientifiques crédibles concernant le sommeil des bébés. La majorité de l’information diffusée sur le sujet est surtout basée sur des conceptions idéologiques. La plupart des « experts » habituellement consultés ne se basent pas sur les dernières données de la recherche.

Luella

Apltaenrpy the club is whitish only. If Juice were strictly Puerto Rican, he’d be fine, but I guess the best a black guy can ge is member of the Grim Bastards. Sutter claims the Hells Angels have this racist code, too.

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