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JEAN BARBE — « Et si nous attendions trop de l’école ? »

Crédit: Joanne Comte

Crédit: Joanne Comte

Auteur de romans mais aussi père de deux enfants, Jean Barbe a longuement réfléchi au rôle de l’école dans le dernier essai qu’il a dirigé, De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation? (éd. Leméac, 2012). Conversation à bâtons rompus avec un ardent défenseur de l’école publique. Propos recueillis par Marie-Claude Fortin

EQ: À quoi ressemblait l’école de votre enfance?
Jean Barbe: Enfant, j’ai fréquenté l’école primaire d’Argenteuil, à Laval. J’allais à l’école à pied, même si elle était vraiment éloignée de chez nous. En 2e année, je faisais du «ski bottines» en m’accrochant au pare-chocs des autobus scolaires! Nous jouions dans les champs après la classe. Nous avions énormément de temps libres. C’était les années 1960, une époque où l’on nous faisait peur avec toutes sortes de choses – il y avait toujours un «maniaque» quelque part. Mais, paradoxalement, où on nous laissait complètement libres. Alors qu’aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. On fait moins de morale, mais les enfants n’ont pas le droit de se lancer des boules de neige dans la cour de l’école. Ils sont ouverts à mille choses, mais n’ont plus une seconde à tuer.

Quel est le rôle de l’école?
Ce que l’école élémentaire m’a surtout appris, c’est à fréquenter une certaine forme d’autorité. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que je ne me mêle pas du travail des professeurs. Je les laisse faire leur affaire. Ce n’est pas moi qui vais leur dire comment enseigner. Parce que du monde compétent et du monde incompétent, il y en aura toujours, et il faut apprendre à s’en accommoder.

Il m’est déjà arrivé d’écrire un mot à un enseignant pour lui dire: «Vous allez laisser tranquille le contenu de la boîte à lunch de mes enfants.» Mais c’est à peu près tout. Je ne monterai pas aux barricades si je trouve une faute d’orthographe dans un commentaire de bulletin scolaire. Tout le monde en fait, des fautes, de temps à autre. Il ne faut pas vénérer les profs. Surtout s’ils sortent eux-mêmes de l’école! Le monde est imparfait. Il est certain que l’expérience scolaire peut être difficile. Mais, par exemple, un mauvais enseignant que tu dois supporter pendant un an, t’aide à te faire les dents. On doit apprendre à vivre avec ce genre de situations. Vivre n’est pas facile. Vivre, rêver, créer, travailler, gagner sa vie, ce n’est pas facile. C’est aussi ça, que l’école nous apprend. Elle nous enseigne les matières de base – lire, écrire, compter – mais aussi à vivre en communauté. Nous devons expliquer à nos enfants que l’autorité existe, qu’elle est là, qu’on ne peut pas l’ignorer. Par contre, il faut aussi leur dire que ce n’est pas parce qu’une personne est en position d’autorité qu’elle a raison.

Public ou privé, cela influence-t-il une réussite?
Je suis un ardent défenseur de l’école publique. Pour moi, il ne s’agit pas de trouver la meilleure école pour donner le plus de chances de réussite à son enfant, il ne s’agit pas de former le parfait petit conquérant du monde… Il s’agit de trouver l’école qui va le mieux aider son enfant à s’épanouir, comme une fleur qui s’ouvre, dans toutes les directions. Et «épanouissement» ne signifie pas «réussite». L’épanouissement, comme je viens de le dire, c’est le fait de se développer dans tous les sens en même temps. La réussite, elle, revient à se développer dans un seul sens – celui du succès. Pour s’épanouir, il faut être en contact avec le plus grand nombre de choses différentes, avoir le choix, être informé des possibles. Cela demande d’être mis en contact avec toutes les couches de la société, ainsi que toutes sortes de cultures, de métiers, de façons de penser… C’est dans ce contexte qu’on peut acquérir un jugement critique.

Certains pensent que les enfants moins doués retardent l’apprentissage des plus doués. Ce sont les mêmes qui pensent que l’éducation se limite à l’école! Mais moi, je pense qu’elle ne s’y limite pas. Il y a aussi tout ce qui accompagne l’école. Être en contact avec des gens qui te «retardent», c’est aussi un élément d’éducation, qui t’aide à comprendre des choses du monde dans lequel tu es. Et plutôt que de développer un esprit de compétition, tu développes de la compassion, de l’empathie, un esprit d’entraide. Ça aussi, c’est une façon de voir les choses.  

Source: Enfants Québec, septembre 2013

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