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Une clinique pour le sommeil

Crédit: Istockphoto

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La nuit n’est pas toujours synonyme de calme et de repos, surtout lorsque l’insomnie ou les terreurs nocturnes d’un enfant s’en mêlent. Devant l’impasse, certains parents aboutissent à la Clinique interdisciplinaire des troubles du sommeil du CHU Sainte-Justine.

Par Catherine Mainville-M.

Lorsqu’ils se présentent dans cette clinique de l’hôpital montréalais, bien des parents sont épuisés, à court de ressources. Beaucoup ont attendu avant de consulter. Dans certains cas, les problèmes de sommeil de leur enfant persistent depuis un très jeune âge. D’autres sont épisodiques ou surviennent à la suite de la séparation des parents ou d’un décès.

Ici, pas de murs couleur lavande, de tableaux sur les rythmes circadiens ni d’illustrations d’oursons dormant sur un croissant de lune. Les murs arborent plutôt des affiches sur l’asthme et les dangers de la cigarette! Fondée en 2007, la Clinique des troubles du sommeil utilise les locaux du service de pneumologie. Une association qui n’est pas fortuite, puisqu’une partie de ces troubles, dont l’apnée du sommeil, sont d’origine respiratoire.

Sur recommandation seulement
«Les motifs des consultations sont multiples et varient selon l’âge des patients», indique la Dre Sheila Venkatarangam Jacob, pneumologue et responsable médicale de la Clinique. Les parents de jeunes enfants consultent parce que ceux-ci ne font pas encore leurs nuits, qu’ils souffrent de terreurs nocturnes ou qu’ils refusent soir après soir de se coucher, réclamant un dernier verre d’eau, un ultime bisou. Chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents, il est davantage question d’insomnie et de somnambulisme.

Les motifs des parents varient également selon l’âge de l’enfant, comme le constate Mathieu Rodrigue, infirmier clinicien dans l’établissement. «Pour les enfants de 9 ans et moins, les parents consultent parce que le problème nuit à leur propre sommeil et à leur vie professionnelle, explique-t-il. Chez les enfants de 12 ans et plus, les troubles du sommeil nuisent plutôt au rendement scolaire des sujets eux-mêmes.»

Ève, une maman de Laval, est venue à la Clinique interdisciplinaire des troubles du sommeil parce que Léo, son fils de 3 ans, la réclamait plusieurs fois par nuit, incapable de retrouver le sommeil sans elle. Luc, un papa de Montréal, s’inquiétait quant à lui du fait que sa Léanne, 6 ans, mettait des heures à s’endormir depuis son entrée à la maternelle.

Chacun de ces deux parents a eu accès à la Clinique, mais, de façon générale, n’y obtient pas un rendez-vous qui veut. La recommandation médicale est obligatoire. Bon an, mal an, on y reçoit une centaine de requêtes de consultation pour des enfants de 1 à 18 ans. Les demandes sont classées par ordre de priorité, et on leur assigne l’un des trois médecins spécialistes de l’équipe. Deux pédiatres se joignent à la pneumologue. Certains patients devront toutefois attendre jusqu’à un an et demi avant d’être vus. L’équipe, qui comprend également une psychologue, n’est pas sur place à temps complet. Tous, à l’exception de l’infirmier, sont affectés à un autre service.

À la source du problème
Afin d’identifier les causes des troubles du sommeil, les médecins de la Clinique ne laissent rien au hasard. Tous les patients passent un examen médical visant à éliminer la possibilité qu’une douleur ou un inconfort perturbe leur sommeil. Une attention particulière est également portée à leur situation familiale, aux facteurs potentiels de stress, à la «routine du dodo» et à l’historique de sommeil des parents. Certaines pathologies, comme le somnambulisme, sont héréditaires.

«Nous arrivons habituellement à circonscrire l’origine du problème en une seule rencontre, mentionne la Dre Venkatarangam Jacob. Il suffit ensuite de prévoir un suivi régulier de l’encadrement parental et de prescrire une meilleure hygiène du sommeil, qui consistera entre autres à éviter les sources de “surstimulation” en soirée, comme le sport et les jeux vidéo. Chez les petits qui font encore la sieste, il faudra parfois retarder l’heure du coucher.»

«Certains parents sont troublés par le somnambulisme ou les terreurs nocturnes de leur enfant, note Mathieu Rodrigue. Ils trouvent difficile de ne pas pouvoir le réconforter et de le voir “possédé” de la sorte. Nous les rassurons en leur expliquant le phénomène et en les conseillant sur les gestes à poser pour garantir la sécurité de l’enfant et favoriser son retour rapide au sommeil.»

Dans les cas les plus simples, une seule consultation sera donc nécessaire, et un suivi sera effectué dans les mois suivants. Les troubles plus complexes nécessiteront en moyenne jusqu’à quatre consultations.

Les patients dont les problèmes de sommeil découlent d’une condition médicale sont, eux, dirigés vers le service concerné. C’est notamment le cas des enfants qui souffrent d’un trouble du sommeil d’origine respiratoire, d’un trouble de déficit de l’attention ou d’un trouble envahissant du développement. Les premiers seront vus par un pneumologue, tandis que les seconds seront envoyés au Centre de développement de l’hôpital.

Des cas parfois complexes
Les cas comportementaux plus complexes, dont les problèmes de sommeil s’assortissent souvent d’un trouble anxieux, sont confiés à la psychologue clinicienne Marie-Chantal Gauthier. Celle-ci constate que cette anxiété est parfois exacerbée par des parents surprotecteurs, qui ne laissent pas l’enfant trouver ses propres moyens de se rassurer afin de s’endormir seul ou de retrouver le sommeil après un réveil nocturne. «L’enfant doit apprivoiser l’anxiété», insiste-t-elle.

C’est le défi que tente de relever une jeune patiente de 10 ans dont les parents vivent une séparation conflictuelle. Phobique et aux prises avec une profonde anxiété, elle ne pouvait dormir sans sa mère, jusqu’à tout récemment. «En pleine nuit, elle pouvait la suivre jusqu’à la salle de bain et l’attendre couchée devant la porte, rapporte la psychologue. Heureusement, l’enfant a la volonté de régler son problème et a proposé elle-même de dormir dans le corridor, d’où elle peut voir sa mère. Le travail n’est pas terminé, mais un bon pas a été franchi.»

Si les troubles que traite Marie-Chantal Gauthier traduisent souvent des difficultés de comportement en général, un élément déclencheur peut aussi en être la cause. «Un patient de 3 ans a souffert d’insomnie durant des mois à la suite de la fugue de son grand frère, raconte-t-elle. Il avait du mal à s’endormir, puis se réveillait la nuit pour aller chercher du réconfort auprès de ses parents. J’ai aidé ces derniers à comprendre que l’instauration de limites ne brimait pas l’enfant et qu’en travaillant sur ces aspects le jour, ils obtiendraient aussi des résultats au moment du coucher et pendant la nuit.»

Marie-Chantal Gauthier travaille surtout avec les parents. C’est en discutant avec eux qu’elle arrive à dresser le portrait de la situation, à avancer des hypothèses et à trouver des pistes de solution. «Je dis souvent que j’aide les parents à aider leur enfant, dit-elle. Lorsqu’ils arrivent ici, la situation s’est bien souvent détériorée. Il faut rebâtir sur du positif, établir un échange entre les parents et l’enfant.»

Vers la spécialisation
Jusqu’à tout récemment, la Clinique interdisciplinaire des troubles du sommeil offrait encore des conseils téléphoniques aux parents. Son mandat se veut aujourd’hui axé sur les soins spécialisés.

Par exemple, le diagnostic d’une quarantaine de cas par année nécessite un examen approfondi et une nuit à l’hôpital, qui permet d’«enregistrer» le sommeil du patient à l’aide d’un polysomnogramme. Ce test, qui renseigne l’équipe sur l’architecture du sommeil, mesure, entre autres, l’activité cérébrale, le rythme cardiaque et le taux d’oxygène dans le sang. L’enfant, qui est accompagné d’un de ses parents, est également filmé durant son sommeil afin qu’on puisse observer ses manifestations et ses mouvements éventuels.

La médication s’impose parfois. C’est, par exemple, le cas pour la narcolepsie, un trouble rare qui provoque l’endormissement soudain en plein jour. «La médication peut aussi être envisagée de façon temporaire lorsque des épisodes de somnambulisme représentent un danger pour l’enfant, explique Mathieu Rodrigue. On nous a rapporté des cas de jeunes somnambules qui sont sortis de la maison, ou bien se sont assis sur le bord de la fenêtre, ou encore se sont emparés de couteaux», dit l’infirmier. Sinon, la médication n’est jamais le premier choix de l’équipe, ainsi que le précise la Dre Venkatarangam Jacob. «Lorsque les enfants sont en bonne santé, c’est l’approche comportementale qui est priorisée, déclare-t-elle. Autant que possible, nous voulons éviter que les effets secondaires des médicaments altèrent le fonctionnement diurne de l’enfant et compromettent son apprentissage.»

L’équipe souhaite par ailleurs obtenir davantage de ressources extérieures afin d’assurer le suivi des cas plus simples. Comme le souligne Mathieu Rodrigue, bien des patients dirigés vers la Clinique pourraient être traités par les services de première ligne. «Certains pédiatres ne savent tout simplement pas quoi faire lorsque le problème persiste malgré leurs conseils, dit l’infirmier. Ils préfèrent diriger les patients vers nos services. Or, les cas dus à l’anxiété ou à une routine et un horaire inadéquats – les bébés allaités, en particulier – pourraient être pris en charge par le milieu communautaire.»

«Cependant, plusieurs familles n’ont pas de médecin attitré, remarque la Dre Venkatarangam Jacob. De plus, les troubles du sommeil chez l’enfant ne sont pas encore très bien compris, et leur traitement est relativement nouveau en médecine. Encore peu de médecins et d’infirmières s’y connaissent.» Chose étonnante lorsqu’on sait que les troubles du sommeil sont l’un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie clinique.

Source: Enfants Québec, octobre 2013

Commentaires

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Un commentaire

Bruna

Haha, c est marrant. La mchniae e0 l air d eatre e0 l agonie derrie8re.Manque plus qu e0 ge9rer le leve9 de la pointe.Et le re9sultat final est tre8s beau (ironie).

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