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Rivalité fraternelle — Inévitable, mais gérable!

crise_grimace_iStock-300x300La rivalité fraternelle existe dans toutes les familles. Elle prend toutefois des couleurs différentes selon l’âge des enfants… et l’attitude des parents!

Par Marie-Noëlle Lajoie

«Mais quand vont-ils arrêter de se chamailler?» Pour les psychologues, cette question récurrente chez les parents de plus de deux enfants ne se pose pas, car la réponse est… jamais! La rivalité entre frères et sœurs existe dans toutes les familles et à tous les âges, quoiqu’à différents degrés. Ce qui n’empêche pas qu’il faille bien la gérer pour éviter que les conflits dégénèrent. À chaque âge correspond une réponse parentale, que nous sommes allés recueillir auprès de spécialistes.

0-2 ans 
L’amour exclusif de maman
Quand un enfant a entre 0 et 2 ans, son premier sentiment de rivalité apparaît généralement avec l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur. Déçu d’avoir perdu l’amour exclusif de la mère, il devient jaloux de son cadet. Cette jalousie est d’ailleurs tout à fait logique, selon Josianne Ryan, intervenante et responsable des ateliers d’habiletés parentales à l’organisme Famille à cœur de Saint-Jean-sur-Richelieu. «Demander à un enfant d’accepter la venue d’un autre bébé dans la famille, c’est comme demander à une femme d’accepter la présence de la maîtresse de son mari dans la maison, explique-t-elle. Accepteriez-vous de l’aimer et de tout partager avec elle, incluant l’attention et l’affection de votre conjoint?» L’enfant qui veut garder maman pour lui tout seul réagit de façon très émotive, ce que la psychologue Marie-Claude Hébert confirme ainsi: «Il va tenter de frapper ou de pincer le bébé, ou il pleurera dès que sa mère aura ce dernier dans les bras ou le nourrira, parce qu’il aspire au même traitement que lui.»

Le sentiment de rivalité chez les petits de moins de 2 ans peut aussi s’exprimer sous une forme moins visible, qu’on appelle le «phénomène silencieux». «L’enfant réagit alors en se retirant de la vie familiale, dit la psychologue. Il a l’impression de ne plus être important aux yeux de ses parents.» Cet enfant-là se mettra à manquer de spontanéité, il semblera triste et n’aura plus le goût de jouer.

Dans tous les cas, «on doit surtout s’abstenir de punir l’enfant pour sa jalousie, puisque cela renforcerait son sentiment de ne pas être écouté ni reconnu», dit Mme Hébert. Attendre que « ça passe » n’est pas non plus la solution. « Pour que les enfants n’entretiennent pas cette rivalité plus tard faute de connaître une autre façon de fonctionner entre eux, il faut intervenir dès les premières manifestations de jalousie », souligne Josianne Ryan. Le plus important, à l’arrivée d’un second bébé, est donc de passer du temps avec l’aîné — lorsque le bébé dort, par exemple. La psychologue Marie-Claude Hébert précise que ce moment n’a pas à être très long, mais que « l’enfant doit sentir que son parent y est présent et disponible pour lui à 100 % ». Impliquer son aîné dans la routine quotidienne est aussi une bonne idée, puisqu’il se sentira ainsi valorisé dans son rôle. 

2-3 1/2 ans
«Je suis grand!»
Entre 2 ans et 3 ans et demi, l’enfant éprouve le désir d’être un «grand». Non seulement veut-il être le meilleur aux yeux de ses parents, mais il veut aussi prendre toute la place dans la famille. «L’enfant de cet âge a un énorme besoin de valorisation, indique Josianne Ryan. Il cherche les compliments à tout prix. Il n’acceptera pas que son frère ou sa sœur soit félicité… et pas lui.»

Marianne, maman de deux filles de 2 et 3 ans, rapporte que leur rivalité gagne actuellement en intensité. «Comme elles sont nées à seulement treize mois d’intervalle, elles sont en plein dans cette phase de besoin de reconnaissance extrême… en même temps! Dès que la plus jeune fait un beau dessin et que je la complimente, la plus vieille le déchire ou le barbouille. Et si l’aînée termine un casse-tête toute seule, je peux vous assurer que la petite ira le détruire avant que j’aie pu le voir!»

Marie-Claude Hébert suggère, en particulier à cet âge-là, de ne pas céder à la tentation de comparer les enfants entre eux ou d’insister sur le mauvais comportement. «Il faut comprendre quel besoin ils dissimulent derrière leurs comportements désagréables, rappelle-t-elle. Nous devons essayer d’être justes avec eux, le plus possible, et de valoriser les bons comportements par nos paroles en leur expliquant pourquoi ils nous rendent si fiers — par exemple, en les félicitant d’avoir rangé leurs bottes — , d’autant que cela nous permet d’avoir plus de temps pour jouer avec eux.»

3 1/2 -6 ans
Une rivalité de genre
Elle veut se marier avec papa, il veut épouser maman… C’est la période de modélisation (aussi nommée le complexe d’Œdipe) qui commence, où l’enfant cherche à se mouler sur son parent de même sexe afin de devenir le confident, voire l’amoureux, du parent de sexe opposé. «À cette étape du développement, la rivalité ne se manifeste plus de la même façon entre frères et sœurs, dit Mme Hébert. Les enfants sont encore à la recherche d’une attention exclusive, mais c’est celle du parent de sexe opposé qui les intéresse. Ils n’entreront en conflit entre eux que s’ils doivent partager l’attention du même parent.» Ainsi, deux sœurs ou deux frères dans cette tranche d’âge connaîtront une rivalité importante qui pourra se transformer en véritable compétition, contrairement à une fratrie composée d’un garçon et d’une fille d’âges comparables. «Mes jumelles ont vécu cette période de façon très intense, raconte Carole. Par exemple, quand Émilie embrassait son père, c’était toujours sur la bouche. Et si elle avait le malheur de rester “scotchée” là un peu trop longtemps, Victoria était prête à tout, vraiment tout, pour la faire décoller de son papa…»

Selon la psychologue, il est essentiel de ne pas embarquer dans le jeu des enfants. Il faudrait plutôt profiter de leur désir de faire comme les grands pour leur donner de petites responsabilités. «L’accomplissement de ces menues tâches augmentera leur sentiment d’autonomie, dit-elle. Les inviter à choisir eux-mêmes leur linge ou à participer à la préparation du petit déjeuner leur permettra de prendre conscience qu’ils sont capables de réussir les choses en les faisant à leur façon.» De fait, plus l’enfant acquerra d’autonomie, moins il aura tendance à calquer les actions de son parent de même sexe. Il se détachera alors graduellement de son autre parent pour s’intéresser aux jeunes garçons ou filles de son âge.

Après 6 ans 
Impliquer son enfant
À partir de 6 ans, les manifestations d’une rivalité frère-sœur seront teintées par ce que les enfants auront vécu dans leur petite enfance. Un jeune qu’on aura constamment comparé à son frère ou à sa sœur plutôt que de le valoriser dans ses réalisations personnelles sera porté à entretenir cette concurrence, voire à la faire persister à l’âge adulte. Si, à l’inverse, les parents ont répondu adéquatement à ses réactions de jalousie ou de rivalité lorsqu’il était tout petit, il devrait se sentir confiant et moins enclin à se chamailler avec ses frères et sœurs. Toutefois, et heureusement, il n’est jamais trop tard pour agir! Faire parler son enfant de ce qu’il ressent aidera le parent à identifier le besoin non comblé que cachent les comportements déplaisants. Le faire contribuer à la recherche de solutions et à la résolution des conflits peut également donner des résultats très positifs.

Quoi qu’il en soit, il est primordial de garder en mémoire qu’il est impossible d’éradiquer complètement la rivalité fraternelle. « Si les parents répondent aux besoins de leurs enfants de manière appropriée, il y a de fortes chances pour que cette rivalité s’atténue avec le temps. Mais il n’y en a aucune pour qu’elle disparaisse totalement», dit Josianne Ryan. La psychologue Marie-Claude Hébert note par ailleurs que, même si la rivalité est normale entre frères et sœurs, il peut arriver qu’elle aille trop loin. «Dans ces cas-là, il est nécessaire d’agir, prévient-elle. Un parent qui se sent dépassé se révélera inefficace dans ses interventions. Il sera alors avisé de chercher de l’aide, y compris en consultant.»

Pour aller plus loin
Pour les parents 

  • Les conflits chez les enfantsProgramme d’intervention pour favoriser l’acquisition de l’autonomie, 2e édition, de Chantal Thériault, Quebecor, 2011.
  • Jalousie et rivalité entre frères et sœurs : comment venir à bout des conflits entre vos enfants, d’Adele Faber et Elaine Mazlich, Stock, 2003.

Pour les enfants 

  • Arrête tes bêtises, Louise !, de Frieda Wishinsky, Dominique et Compagnie, 2007. Une histoire sur les petites disputes entre frères et sœurs. Pour les 3 ans et plus.
  • Mon grand frère, de Pauline Martin, Albin Michel, 2011. Son grand frère, on ne l’a pas choisi ! Pour les 5 ans et plus.
  • Marie la chipie, de Dominique Demers, Québec Amérique Jeunesse, 1997. Lorsque Marie appelle son frère « Alexis le zizi » devant Katarina, c’en est trop ! Pour les 8 ans et plus.

Source: Enfants Québec, octobre 2012

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