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Ces femmes enceintes qui ne veulent pas grossir

Crédit: Istockphoto

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Peut-on mener une grossesse à terme quand on refuse de grossir? Soutenues à la fois médicalement et psychologiquement, certaines femmes anorexiques réussissent à devenir mamans. Julie Chaumont

Véronique (nom fictif) a 29 ans. Elle est anorexique depuis une vingtaine d’années. Elle a surmonté de nombreuses épreuves, dont plusieurs hospitalisations, trois crises cardiaques… et une grossesse. Cette jeune femme est tombée enceinte trois mois après une énième hospitalisation pour traiter son trouble alimentaire. Sa gynécologue lui avait pourtant dit, lorsqu’elle avait 16 ans, qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfants de façon naturelle en raison des dommages qu’elle avait infligés à son corps. Pendant neuf mois, une équipe composée d’un psychologue, d’un nutritionniste, d’une infirmière et d’une diététicienne l’a suivie sur une base hebdomadaire. «C’est sûr que je trouvais vraiment difficile de grossir, admet-elle, mais je me disais que mon corps savait ce qu’il devait faire.» Véronique a pris 80 livres. Au moment de son accouchement, elle a subi une césarienne d’urgence après dix heures de contractions. Son cœur et celui de son bébé palpitaient. Dans les semaines suivantes, à son grand bonheur, l’allaitement s’est bien déroulé. «Allaiter est une chose que je voulais ardemment, souligne-t-elle. Ça m’a aidée à me dire que j’étais une bonne mère quand même.»

De 2 à 5 % des grossesses
Véronique fait partie d’une minorité de femmes anorexiques qui ont un bébé malgré leur maladie. Selon la psychologue Stéphanie Lessard, spécialiste des troubles alimentaires, les grossesses de femmes anorexiques représentent de 2 à 5 % de toutes les grossesses. On note aussi qu’une femme qui n’a plus de symptômes de son trouble alimentaire depuis cinq ans peut rechuter quand elle tombe enceinte. «La grossesse entraîne une prise de poids et une perte de contrôle à cet égard, qui peuvent réactiver les symptômes dormants», explique la psychologue.

Ces grossesses sont considérées comme très risquées, à la fois pour les femmes et pour leur bébé. C’est pourquoi elles sont suivies avec vigilance par le corps médical. Dès que la grossesse d’une patiente anorexique est confirmée, son médecin prévoit des rencontres prénatales et des échographies plus nombreuses que pour toute autre future mère. La psychologue mentionne qu’il existe alors des enjeux particuliers. «On veut s’occuper de la patiente, oui, mais aussi du fœtus», dit-elle. Elle précise par ailleurs que le suivi sera tout aussi important après la naissance de l’enfant, le risque de dépression post-partum étant plus grand chez la femme anorexique.

Les risques pour le bébé
Du point de vue strictement médical, les médecins sont notamment très attentifs aux malformations congénitales ainsi qu’aux retards de croissance intra-utérins. Le Dr Howard Steiger, chef du programme des troubles de l’alimentation à l’Institut Douglas et professeur titulaire au département de psychiatrie de l’Université McGill, dresse une longue liste des problèmes qui peuvent apparaître au cours de ces grossesses: prématurité et faible poids du bébé, infarctus placentaire, hypothermie, besoin d’oxygène à la naissance, manque de réactivité à certains stimuli…

Psychologiquement, si la grossesse peut avoir des effets néfastes pour certaines femmes anorexiques, elle sera bénéfique pour d’autres, qui délaisseront leurs préoccupations corporelles dans l’intérêt du bébé à venir et de son développement. Le psychiatre mentionne également que les mères qui sont déprimées ou stressées durant la gestation risquent de donner naissance à des enfants particulièrement sensibles au stress et, de ce fait, plus enclins à contracter plus tard, à leur tour, des dépressions ou des troubles de l’alimentation.

Véronique avoue avoir pensé à retrouver sa taille dès le début de sa grossesse. «Je crois que, inconditionnellement, je voulais ce contrôle-là», dit-elle. Après son accouchement, obsédée par le souhait de perdre du poids, elle a rapidement sombré dans la restriction alimentaire, et elle s’imposait un exercice quotidien intensif. «C’est quand l’équipe de professionnels qui me suivait a appelé la DPJ pour signaler que je mettais la vie de mon fils en danger, que je me suis réveillée», raconte-t-elle. Effectivement, en raison de son état de santé qui la laissait vulnérable aux pertes de conscience et aux crises cardiaques, Véronique, en allant faire son jogging seule dans un parc avec son enfant, ou s’exercer à la piscine en le tenant dans ses bras, faisait courir des risques à celui-ci. Elle était aveuglée par la maladie. Cependant, la journée même où la DPJ a été alertée, la jeune mère a entrepris des démarches pour être hospitalisée.

Une deuxième grossesse en cours
De retour à la maison, quatorze mois après la naissance de son fils et contre toute attente, Véronique a appris qu’elle était de nouveau enceinte. Une longue réflexion a suivi, avec son conjoint, au sujet de la venue de ce deuxième enfant. Le désir de donner la vie a gagné. Lorsque nous avons parlé à la jeune femme, elle entamait sa 24e semaine de grossesse, et son futur bébé était en pleine santé. Elle trouve désormais le courage d’affronter la maladie quotidiennement. «Finalement, je pense que la maternité m’a sauvé la vie», conclut-elle.

Source: Enfants Québec, octobre 2012

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