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Quand ils nous racontent des histoires

crédit: iStock

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Du petit mensonge au scénario bien ficelé, tous les enfants nous racontent des histoires! À nous, parents, d’établir un climat de confiance qui favorise l’honnêteté.

Julie Chaumont

0-4 ans
Imagination et fantaisie
Il vous répond qu’il a joué avec Pinocchio quand vous lui demandez ce qu’il a fait dans la journée à la garderie; elle vous dit qu’elle a mangé des bonbons pour dîner; il vous assure avoir emporté à l’école votre porte-monnaie 
— qu’il avait entre les mains quelques minutes plus tôt… Les mensonges de nos tout-petits sont souvent tirés par les cheveux! À l’âge où le jeu occupe une place prédominante dans leur vie, ces mensonges sont qualifiés de fantaisistes. «Avant 4 ans, ils n’ont pas la capacité de préméditer, pas plus qu’ils n’ont l’esprit de manipulation», remarque Nadia Gagnier, docteure en psychologie.

Cynthia Colgan est éducatrice au CPE Les ateliers, à Montréal. En dix ans, elle a côtoyé de nombreux enfants qui adoraient le brocoli le lundi et disaient le détester le mardi — de petits mensonges sans réelle importance. Il lui arrive cependant de devoir intervenir sérieusement, comme lors de cet incident survenu l’année dernière: «Après la sieste, raconte-t-elle, tandis que j’étais en train de ramasser les matelas, un petit garçon de 4 ans, Mathieu (nom fictif), était dans mes jambes et ne voulait pas se pousser. Je l’ai alors déplacé, physiquement, en douceur, pour terminer ma tâche. Mathieu s’est fâché et m’a lancé: “Je vais dire à ma mère que tu m’as fait mal!” J’ai tout arrêté, étonnée. Je me suis mise à sa hauteur et lui ai demandé s’il réalisait la portée de ce qu’il venait de dire. Je l’ai informé qu’à cause de ce mensonge, nous pourrions ne plus jamais nous revoir, lui et moi.» Après lui avoir expliqué la gravité de ses paroles, Cynthia a conclu que Mathieu n’avait eu aucune mauvaise intention et qu’il avait peut-être simplement répété ce qu’il avait entendu ailleurs.

Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter des histoires abracadabrantes que peuvent raconter nos tout-petits, car elles démontrent surtout leur grande imagination. Toutefois, lorsque les occasions d’éduquer nos enfants se présentent, nous devons les saisir. «Montrons-leur notre satisfaction quand ils nous disent la vérité, même si ce concept est encore compliqué pour eux, suggère l’auteure et psychologue Dana Castro dans son ouvrage Petits silences, petits mensonges : le jardin secret de l’enfant. Ces moments de communication seront des plaisirs partagés. Petit à petit, se précisera pour eux l’idée que nous nous faisons de la franchise. »

5-8 ans
Intentionnalité et essais
Vers l’âge de 5 ans, les enfants commencent à assimiler la notion d’identité. Ils sont conscients d’être des personnes à part entière et ne croient plus, comme avant, que leurs parents sont des êtres suprêmes qui devinent à tout coup leurs mensonges! «Les pouvoirs qu’ils nous prêtent commencent à passer dès 5 ans, et ils peuvent alors décider de nous mentir, dit Mme Castro. Il suffit d’un premier petit mensonge réussi pour que l’enfant se rende compte qu’il dispose de choses très précieuses qu’on nomme personnalité, identité, intimité, auxquelles personne, pas même ses parents, ne pourra avoir accès.» En cela, le mensonge offre un espace de liberté important, nouveau, et même essentiel au développement de la personnalité de l’enfant. D’une certaine façon, les petits mensonges aident à grandir!

La psychologue Nadia Gagnier mentionne pour sa part que le mensonge, à cet âge, est plutôt défensif et qu’il est généralement utilisé pour éviter une punition. Les parents devraient être capables de déceler les mensonges, et miser sur le dialogue afin de bâtir un climat de confiance dans lequel l’enfant n’aura pas peur d’assumer ses torts. «Ils devraient expliquer à l’enfant qu’il a fait une erreur comme eux-mêmes en font parfois aussi, et, plutôt que de l’envoyer réfléchir dans sa chambre, lui proposer des choix pour remédier à la situation.»

En tant que psychoéducatrice à l’école primaire Saint-Paul-de-la-Croix, à Montréal, Elsy Fneiche en a connu aussi, des mensonges! Par exemple, des élèves qui essayaient de camoufler le rouge de leur feuille de route avec du crayon vert, ou encore qui niaient avoir poussé un camarade dans la cour de l’école. « Les mensonges partent souvent d’une inquiétude, note Elsy. Les enfants mentent parce qu’ils craignent les conséquences de leurs actes. Lorsque j’interviens auprès d’un enfant, je prends toujours soin de choisir les bons mots et d’adopter un ton de voix rassurant, de sorte qu’il ne redoute pas de se confier malgré les conséquences que peut entraîner son geste.»

Il est par ailleurs important d’expliquer aux enfants de 5 à 8 ans ce qu’est le mensonge, ses différentes nuances, et les répercussions que son usage peut engendrer. Mais gare aux contradictions! Mme Gagnier insiste sur le fait que rien ne sert de prôner la vérité si l’on ne montre pas soi-même l’exemple, à la maison. «Si la maman demande au papa de répondre au téléphone et de dire qu’elle n’est pas là, ils doivent expliquer à l’enfant les raisons qui les ont poussés à mentir. Ils peuvent lui faire comprendre que ce n’était pas un bon moment pour parler à l’amie qui appelait et avait besoin de réconfort, et qu’ils vont la rappeler plus tard, quand ils seront entièrement disponibles pour l’écouter. L’enfant, à cet âge, est apte à faire la distinction entre un mensonge inventé pour faire le mal et un mensonge destiné à mieux faire les choses. »

9 ans et plus
Subtilité et habileté
Plus les enfants grandissent, plus leurs mensonges sont subtils. Dès 9 ans, ils commencent à se détacher de leurs parents et à vouer un culte à leurs amis. Comme le souligne Dana Castro, à cet âge,  la conscience de soi émerge et, avec elle, se forme la perception qu’on a de soi. Les enfants aspirent à devenir conformes aux attentes de leurs amis. Le mensonge devient alors un moyen de se faire accepter par eux, d’éviter le ridicule et les humiliations».

C’est à la même époque que les parents doivent composer avec le besoin grandissant de liberté de leur enfant. Pour maintenir un climat de confiance, ces derniers doivent demeurer ouverts au dialogue et aux demandes de l’enfant, même celles qui leur semblent déraisonnables.

La psychologue Nadia Gagnier rapporte le cas d’une adolescente que ses parents, très infantilisants et anxieux, surprotégeaient. «Cette jeune fille, pourtant très sage et peu encline aux fréquentations douteuses, étouffait sous cette protection et avait commencé à mentir pour faire certaines choses dont elle avait envie.» Un manque de confiance s’était installé de part et d’autre, minant la relation de cette enfant avec ses parents. Pour régler la situation, Mme Gagnier a conseillé à ceux-ci de se mettre dans la peau de leur fille. «Mon approche, pour rétablir la confiance, n’était pas de prier l’adolescente de cesser de mentir, mais plutôt de demander qu’on sache accueillir ses attentes et s’adapter à son désir de liberté. »

En effet, dès qu’ils sont en âge de comprendre ce qu’est le mensonge, les enfants ont besoin d’un motif pour y avoir recours. Il est donc de la responsabilité des parents de montrer l’exemple, d’entretenir le dialogue et de renforcer les bons comportements plutôt que de punir les mauvais. Lorsqu’ils s’aperçoivent que leur enfant leur ment, ils devraient s’interroger sur l’intention que cache ce mensonge et sur les attitudes qui, de leur part, auraient pu le susciter. «On voit souvent des enfants dissimuler la vérité pour éviter des réprimandes dans des familles où les parents ont une attitude très autoritaire, axée sur la punition, poursuit Mme Gagnier. Ces enfants présument qu’aucune de leurs erreurs ne sera tolérée et mentent pour camoufler certains de leurs faits et gestes. Au contraire, dans les foyers où ils sentent que certaines erreurs et bêtises normales de l’enfance sont admises, les enfants sont plus honnêtes, et ils attachent plus d’importance à l’apprentissage qu’aux désagréments qui résultent des punitions.»

Quand faut-il s’alarmer?
Nadia Gagnier classe les mensonges en trois grands types : le mensonge blanc, qu’on fait pour ménager l’ego de quelqu’un ou pour lui faire plaisir (dire à son amie qu’on aime sa nouvelle coupe de cheveux alors qu’on ne le pense pas); le mensonge défensif, qui vise à protéger son estime de soi ou à éviter les conséquences d’une erreur (accuser le chien d’avoir brisé le précieux vase plutôt que de s’avouer responsable); et le mensonge délibéré, destiné à manipuler autrui pour en abuser ou à commettre une mauvaise action sans se faire prendre, souvent associé aux comportements délinquants. Il y a lieu de s’inquiéter si l’enfant utilise ce dernier type de mensonge, signe qu’il prend un chemin néfaste. «Il faut alors s’interroger sur l’encadrement qui lui a été offert, sur ses fréquentations, sur le niveau de sévérité au sein de sa famille, dit la psychologue. Il y aura certainement plusieurs choses à remettre en question, et il pourrait être utile d’aller chercher de l’aide à l’extérieur.»

Pour en savoir plus Petits silences, petits mensonges: le jardin secret de l’enfant, de Dana Castro, Albin Michel, 2012. 

Source: Enfants Québec, mai-juin  2013

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