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Trop sexy, la mode pour enfants ?

fillette costume bain

Crédit: Vanessa Coencas

Toujours plus courts, toujours plus moulants, même au rayon enfants, les vêtements à la mode sont hypersexualisés. Faut-il s’en inquiéter? 

Nathalie Côté

Récemment, la fillette de Fedwa, 3 ans et demi, a reçu de sa tante un bikini. Le haut tient avec des ficelles, et la culotte peine à couvrir les fesses de l’enfant. «Elle ne le portera pas, c’est excessif, tranche la mère. Plusieurs marques proposent des vêtements d’adultes en miniature. C’est inadapté.» Pour sa part, Sandra a permis à sa fille de 8 ans de revenir de Floride avec un bikini dans sa valise. «Elle en voyait sur la plage et elle en a réclamé un, dit-elle. Nous avons accepté à condition qu’elle choisisse un modèle “sage”. Notre fille est très coquette. Depuis qu’elle est petite, elle a un sens de la mode que j’approuve… mais j’essaie de lui enseigner que certains vêtements peuvent être appropriés à la plage, et pas à l’école. Par contre, j’ai récemment refusé de lui acheter un soutien-gorge plat. Elle voulait faire comme ses copines. Je lui ai dit qu’elle en aurait un lorsqu’elle aurait des seins.»

Pour les experts, ces questions de choix vestimentaires sont moins anodines qu’on pourrait le croire. «Notre habillement influence notre comportement, souligne Maryse Peyskens, sexologue. Il change aussi la perception et l’attitude des autres à notre égard. » Par exemple, il y a des fillettes qui s’interdisent de s’amuser dans les jeux des parcs de peur de se salir, ou simplement parce qu’il est inconfortable de le faire en minijupe ! «Une entraîneuse sportive me disait récemment que les filles étaient très bonnes au soccer… jusqu’au moment où elles commençaient à craindre de se briser les ongles, rapporte Jocelyne Robert, également sexologue. Beaucoup délaissent le sport pour ce genre de raison ! Or, accorder une trop grande importance à l’image peut être nuisible. De nombreuses fillettes se perçoivent comme des objets de séduction. Ce n’est pas un drame, mais quand cela prend toute la place, c’est problématique. Il est tellement nécessaire de mettre l’accent sur la force de caractère, le plaisir de réussir, bref, sur autre chose qu’être une belle “pitoune”!» Selon cette
spécialiste, si l’enfant a l’impression d’avoir de la valeur strictement à travers un corps qui doit «coller» à un modèle, elle risque de développer une faible estime d’elle-même – et éventuellement des troubles alimentaires, dans l’obsession de se conformer à celui-ci.

Adolescentes dès 8 ans?
Pour Francine Duquet, professeure au Département de sexologie de l’UQAM, l’hypersexualisation de la mode propulse nos enfants dans un univers qui n’est pas le leur. «La culture commerciale les encourage à passer à des préoccupations d’adolescents, constate-t-elle, ce qui les coupe des plaisirs et des jeux de l’enfance.» Marilyne, mère de deux filles de 9 et 10 ans, est revenue choquée de sa dernière tournée d’emplettes. «Dès la taille 8 ans, il faut aller chercher les vêtements dans la section ado, proteste-t-elle. Mes filles sont loin d’être des adolescentes, pourtant ! Leur puberté n’a même pas encore commencé…» La grande tendance actuelle, dans la mode comme dans d’autres sphères, est précisément de proposer un modèle féminin unique : celui de l’adolescente. «Nous sommes dans une société qui sexualise le corps des enfants et infantilise celui des femmes, résume la sexologue Jocelyne Robert. C’est comme si nous devions toutes être pareilles. Il faut avoir l’air d’une adolescente, autant à 60 ans qu’à 7 ans.»

Et c’est «vendeur»! «Certains s’imaginent que l’industrie du vêtement et les grands designers de mode créent les courants, dit Mariette Julien, professeure à l’École supérieure de mode de Montréal, à l’UQAM. Mais dans les faits, les entreprises ne prennent jamais de risques, elles offrent seulement ce qu’elles sont convaincues de pouvoir vendre. Les phénomènes de mode sont plus profonds. La mode hypersexualisée est une conséquence directe de la banalisation des codes pornographiques, qui sont repris un peu partout dans la publicité, au cinéma, à la télévision, etc.»

Ce mouvement touche davantage les filles, mais les garçons ne sont pas totalement à l’abri. «Ils grandissent à côté d’elles et sont forcément concernés, mais dans une moindre mesure, note Jocelyne Robert. La pression qui leur est imposée, à eux, concerne la nécessité d’être performants, d’avoir du pouvoir, et d’être beaux et musclés, mais ils commencent à la subir plus tard que les filles.» Ils sont néanmoins de plus en plus préoccupés par leur image. Et les vêtements qu’on leur propose ne sont pas toujours innocents! Les motifs et les messages qu’ils comportent sont fréquemment agressifs, entre autres.

Guider leurs choix vestimentaires
Il est parfois difficile d’imposer ses vues à ses enfants en matière d’habillement. Et plus ils avancent en âge, pire c’est! Marie-Ève l’a appris à ses dépens. Un jour, elle a insisté pour que sa cadette porte un ensemble qu’elle lui avait choisi. La préadolescente de 12 ans y a renversé intentionnellement son jus pour pouvoir se changer! «Par contre, chez nous, il n’y a pas de disputes au sujet des vêtements sexy, assure la mère. Je dis depuis longtemps à mes filles ce que je juge correct ou non. Elles ont intégré cela.» La clé est effectivement de parler avec ses enfants et de dire non au besoin. « Amenez-les à développer leur es-prit critique, conseille Maryse Peyskens. Quand vous regardez ensemble une émission, par exemple, vous pouvez leur demander: “Est-ce bien nécessaire de se vêtir ainsi pour charmer?”»

Les mamans, les éducatrices et les enseignantes donnent-elles le mauvais exemple lorsqu’elles choisissent de s’habiller sexy, de porter des talons hauts et de se maquiller? «Nous pouvons signifier à nos enfants qu’il est également possible d’être beau et de séduire par l’intelligence, le succès et la capacité d’accomplir des choses, mais le mieux est d’en témoigner, remarque Jocelyne Robert. Plus il y a de modèles féminins différents dans l’environnement des fillettes, mieux c’est.» Il n’en reste pas moins essentiel de leur faire comprendre qu’il existe des choix vestimentaires réservés aux femmes. «Tout le monde n’a pas les mêmes privilèges, dit Francine Duquet. Certains sont la prérogative des adultes, et c’est bien ainsi.»

S’il importe d’expliquer ses décisions aux enfants, on peut garder certains motifs pour soi. Le maquillage, par exemple, donne aux fillettes une allure plus âgée. Sans le vouloir, elles peuvent attirer des garçons trop vieux pour elles. «En tant que parent, il faut en être conscient, admet Francine Duquet. Mais il est inutile de mentionner ce genre de chose à une enfant. On peut simplement lui faire valoir sa beauté naturelle et lui affirmer qu’elle n’a pas besoin de se maquiller.»

Les pères ont aussi un rôle à jouer auprès de leurs filles. «Ils peuvent leur dire qu’elles sont belles, surtout quand elles ne sont pas habillées de façon provocante, indique Jocelyne Robert. Une fille a besoin de sentir, dans le regard des hommes qui comptent pour elle, qu’elle est jolie et qu’elle plaît. C’est parfaitement sain.»

Les parents ont quelquefois le sentiment d’être David contre Goliath, dans cette guerre contre l’hypersexualisation et les stéréotypes. Toutefois, d’après Francine Duquet, on aurait tort de sous-estimer le pouvoir du consommateur. Il arrive que des critiques amènent les fabricants et les commerçants à modifier leurs produits et leurs offres. Un exemple ? L’an dernier, un t-shirt dont l’imprimé an-nonçait que les filles aimaient le magasinage, la musique, la danse, mais pas les mathématiques, avait soulevé la controverse. De nombreux commentaires négatifs, apparus notamment sur la page Facebook de la chaîne, avaient poussé celle-ci à retirer le vêtement des tablettes. Cette saison, on peut voir des t-shirts de fille «Petite princesse» et
I love shopping in New York. Mais on en trouve aussi un qui mentionne… « J’aime les maths » !

Source: Magazine Enfants Québec, juillet-août 2014

Commentaires

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2 commentaires

Zvetelina

J’ai acheté des petits culottes coupe garçon pour ma fille. Je trouve que les petits culottes pour fillettes sont trop taille bas pour rien. Je lui achète des chandails pour 4-5 ans pour que son dos soit couvert quand elle se penche. Mais, je lui ai acheté un bikini si on peut le dire pour la plage. Le maillot est de deux pièces, mais le haut du corps couvre bien et c’est une coupe descente a mon gout.

Liberté

Bonjour, je voudrais réagir apres avoir lu cette article.
Ce genre de comportement de qualifié d’ »hypersexualisation » une mode vestimentaire est vraiment tiré d’un âge colonialiste et passéiste dans lequel il fallait respecter des codes impériaux et autoritaire pour se faire bien voir de la société. C’est totalement risible au jour d’aujourd’hui. Je ne trouve en rien choquant un bikini sur une fillette de 3 ans. Et que les filles de 8 ans soient dans le rayonnage des ados, mais c’est normal quoi, l’adolescence ca commence à 8 ans. C’est un fantasme de certains parents de de certaines mères de faire croire et de vouloir faire croire que leurs bébés doivent rester des bébés. Vous ne vous rendez pas compte à quel point vous enfermez les filles et garçons dans des stéréotypes, vous leurs privez de leur Liberté de s’habiller comme eux ont envie d’être. Qui plus est, il est normal que les ados choisissent de s’habiller différent de leur parents, car c’est une période de leur vie importante qu’ils ont besoin pour qu’ils puissent se construit. Et en toute franchise, une vêtements moulants, ca n’a rien d’hypersexuel, sinon fautfra interdire les piscine et revenir aux toges de l’antiquité romaines. Les puritains n’ont pas à donner des lecons à ceux qui veulent s’habiller comme ils veulent. Et quiconque n’a pas à interdire à d’autre le droit de s’habiller comme ils veulent. On n’est pas dans une société totalitaraire, merci.

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