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Suis-je une maman, ou deux seins ?

Nathalène Armand-oct 2007

Crédit: Françoise Armand
Pause repas dans le parc pour Loulou dans les bras de sa maman.

 Mon corps ne m’appartient plus. Je suis passée de l’incubateur à bébé au frigidaire portatif. Une transformation qui me réservait bien des surprises.

Mes seins se sont mis à gonfler à un rythme effréné. J’étais Pamela Anderson ! De quoi réjouir mon conjoint et m’inquiéter : tout ce qui gonfle doit nécessairement se ratatiner. Bah, je pleurerais plus tard sur ma débandade, j’avais assez à faire pour m’occuper l’esprit. Compresses chaudes, compresses froides. Tenter d’atténuer la douleur de cette montée de lait, presque aussi douloureuse que l’accouchement. Où est l’anesthésiste ???

Comment habiller ces deux ballons de football qui sortent systématiquement de mes vêtements ? Pas grand-chose en boutique. Je ne suis pas handicapée, j’allaite. Pourquoi m’offrir des joggings ou vouloir me déguiser en « matante »? Ne pas se laisser abattre. S’habiller, se maquiller. Un exploit qui me rappelle que je suis encore une femme.

Deux heures du matin, le tire-lait à la main, quel cauchemar ! Je suis une vache 100 % lactose. Je n’exprime plus mes sentiments, j’exprime mon lait ; la déprime. Plus moyen de sortir avec de l’uni, je sauve les fuites avec des imprimés qui camouflent. Où allaiter, au centre-ville ? Dans la rue, le parc, les toilettes ? Au secours ! Messieurs en cravate, vous étiez jadis des bébés. Pourquoi personne n’a pensé à installer des haltes routières pour le casse-croûte de Loulou qui hurle de faim ? Les gens dévisagent la maman fatiguée, regard perdu vers une éventuelle oasis de paix pour allaiter. Ouahhhh ! Loulou proteste de plus belle. Le lait inonde mon chandail. Vite, je me sauve dans le stationnement souterrain du centre d’achats et me barricade dans ma voiture. Ouahhh ! Oui, Loulou, ça vient, ça vient ! Fatiguée, mouillée, en sueur, j’arrive enfin à dégrafer mon soutien-gorge. Le petit saute sur mon sein et tète à qui mieux mieux son frigo favori. Je sens que je vais pleurer. Je ne suis pas une vache…

Puis, deux grands yeux me regardent et j’oublie tout : le découragement, la montée de lait, l’inconfort. Je ne suis plus un frigo, je suis une mère. Loulou me regarde, sa petite main sur mon sein. Le bonheur.

Nathalène Armand

Source: Enfants Québec, octobre 2011

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