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Le soleil brille pour tout le monde

Nathalie Labelle-oct 2017

Crédit: Nathalie Labelle

Lorsque le verdict est tombé, ce fut le choc ! Troubles de la pensée avec possibilité de schizophrénie à début infantile et déficit d’attention. 

Impossible, mon fils n’a que 8 ans ! Aucun symptôme à la maison. Il est un peu fébrile, voire soupe au lait, mais n’est-ce pas le cas de tous les petits garçons ? Ça bouge, les petits garçons…

Cette journée-là, j’ai aussi appris que mon fils avait des hallucinations auditives et visuelles à l’école. Personne ne me l’avait dit. L’école, c’était son anxiogène. Le stress de la performance, de la réussite amenait un surplus de dopamine à son cerveau, ce qui le désorganisait complètement…

Peu après l’arrivée de mon fils en deuxième année, son enseignante nous a dit qu’il était malheureux, que quelque chose n’allait pas. Je ne la remercierai jamais assez ! Grâce à elle, nous avons rapidement pu faire des démarches pour un bilan psychologique. Puis, en avril, le diagnostic tombait. En mai, je rencontrais le pédopsychiatre et, en juin, mon petit bonhomme prenait des médicaments pour contrôler son surplus de dopamine. En un an, sa vie, notre vie avait changé. On pouvait mettre des mots sur son mal de vivre.

Difficile, par contre, d’en parler autour de moi : la santé mentale reste taboue ! Je choisis mes mots et les personnes à qui j’en parle, mais je dois en parler. Pour moi, c’est une façon de démythifier la maladie, qui est fort complexe. De plus, il n’y a pas beaucoup de sites de référence qui parlent de la santé mentale des tout-petits. On se sent très seul face à ces mots qui sont lourds de conséquences et qui font peur.

Aujourd’hui, Jérémie, notre grenouille, est intégré à une classe régulière de cinquième année. Il a une TES (technicienne en éducation spécialisée) en classe avec lui et il est fort heureux. Heureux d’être dans la même école que son frère et sa sœur. Heureux d’avoir ses amis, sa TES, son enseignante, qui l’aime beaucoup.

L’intégration n’a pas toujours été facile. Mais ça, c’est une autre histoire, dont il faudrait aussi parler ! Étant moi-même enseignante, je peux voir autour de moi la crainte qu’engendrent les enfants différents, ces enfants qui arrivent avec des cotes : syndrome Gilles de la Tourette, troubles de la pensée, TDAH… Il faut leur laisser une chance. Ils ont beaucoup à nous apprendre.

Pour ce qui est de l’avenir, du secondaire, je ne sais pas trop : une journée à la fois ! L’important, c’est de savoir que mon garçon ne voit plus ces personnes qui lui criaient des noms, et n’entend plus ces voix qui résonnaient dans sa tête, et qu’il croit en lui maintenant.

Ma meilleure amie m’avait écrit un mot, à l’époque, à propos de mon fils. Elle ne sait pas à quel point cela m’avait aidée et donné la force de voir au-delà de la maladie, au-delà des tabous.

« Juste un petit mot d’encouragement ce matin… Je crois à la différence, que ce soit la différence des sexes, des nationalités, et je l’apprécie. Pour moi, ce n’est qu’un ajout de couleur à chacun. Je suis convaincue que c’est la différence qui permet aux gens de se distinguer dans la vie et d’aller sur des routes où bien d’autres ont peur de s’aventurer. J’aime la différence de Jérémie, qui fait de lui un petit bonhomme très sensible, très émotif, très coloré et très attachant. Je crois vraiment que les beaux jours sont à venir et, sincèrement, que le soleil brille pour tout le monde ! » Merci, Jozée !

Nathalie Labelle

Source: Enfants Québec, octobre 2007

Commentaires

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2 commentaires

Nathalie Labelle

Juste un petit mot pour vous dire que Jérémie va très bien, il est cuisinier!
Il n’a pu fait un parcours traditionnel scolaire mais avec sa persévérance, son but fixé, il a réussi. Il désirait être cuisinier depuis sa 3e année. C’est fait.
Eh oui, le soleil brille pour tout le monde!

Mathilde Singer

Merci beaucoup Nathalie! Nous en sommes bien heureux! Votre texte faisait partie de nos préférés, on est content d’avoir pu le mettre sur le web! Félicitations à Jérémie.

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