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Ces fausses couches qui font si mal

sonia lafreniere-autrement dit mai 2010

Crédit: Dave Dechamplain

Je suis redevenue seule dans mon corps, dans mon âme… encore une fois. 

Ma tête tourne. Encore quelques secondes, on me dit. Les lumières brillent, tournoient. Les grands panneaux d’argent de la salle d’opération disparaissent tranquillement. Encore quelques secondes, on me dit. Pouf ! Je suis partie.
Des larmes coulent sur mes joues. Je tente d’ouvrir les yeux, je pleure, je crie. C’est fini, on me console.

Je suis redevenue seule dans mon corps, dans mon âme… encore une fois. Je pleure. La réalité me frappe. Encore une fois, mes rêves ne seront que des rêves. Le miracle de la vie frappera à la porte du voisin.

De retour à la maison, je caresse mon garçon, je pleure. Il me caresse le visage et me dit dans ses mots d’enfant que tout va être correct. Je suis sa maman et je suis une bonne maman. Je suis bénie d’avoir ma famille qui m’attend. Je lui explique que j’ai mal mais je le rassure: je serai guérie demain. Je me promets de faire semblant d’être guérie demain.

La vérité, c’est que je ne guéris pas. Je tente de m’évader de mes pensées dans le quotidien, dans la routine d’une maman, d’une épouse, d’une fille, d’une sœur, d’une professionnelle. Je souris aux passants mais je pleure sur mon oreiller. Je prends soin de mon enfant qui, sans le savoir, prend soin de moi. Je l’endors dans mes bras, je m’endors dans les siens.

L’autre nuit, j’ai compris ses rêves. Des dinosaures volent dans ses rêves. Il caresse les nuages cotonnés. Dans les miens, notre photo de famille est complète. Je caresse la peau douce d’un nouveau-né.

Je veux redevenir entière et apprécier ma famille telle qu’elle est. La frustration et l’angoisse prennent toujours le dessus. Le destin ne peut être ainsi… sans toi.

Je veux être forte, tenir la main de mon amoureux et de mon enfant pour affronter le lendemain, mais demain viendra et le vide sera encore là. Je verrai dans mes pensées le battement de cœur de celui qui devait compléter notre photo de famille. Un, deux, trois, quatre, cinq petits cœurs se sont éteints au cours des dernières années. Sans réponse. Encore le néant.

Je verrai sans doute la couleur sombre de demain. J’essaie de voir la couleur rose du lendemain. Je veux apprécier les étoiles brillantes dans les yeux de mon enfant et accepter la réalité. Je veux arrêter d’espérer. Je veux accepter ma destinée.

Lorsque vous rencontrez des familles qui vivent des cauchemars comme le nôtre, vous leur dites probablement « Au moins, vous en avez un en santé. » N’oubliez pas que les parents souffrent énormément, même s’ils ont déjà un bébé…

Sonia Lafrenière

Source: Enfants Québec, mai-juin 2010

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