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Choisir l’allaitement à tout prix?

Mélissa Chevalier  Crédit: Album personnel

Mélissa Chevalier
Crédit: Album personnel

Ma Juliette est arrivée par une nuit de printemps. J’ai aussitôt ressenti un amour inconditionnel pour elle. Je devais lui donner tout ce qu’il y avait de mieux. Je me suis alors transformée en perfectionniste acharnée. Il n’est pas étonnant que j’aie eu de la difficulté à accepter mon échec quant à l’allaitement.

Tout allait de travers, et je voulais tellement que cela fonctionne! Il faut dire que le discours que j’avais entendu avant d’accoucher était très culpabilisant pour celles qui n’allaitaient pas. J’angoissais à l’idée que mon enfant puisse être en moins bonne santé, que son lien d’attachement avec moi soit moins fort… J’ai persévéré malgré les problèmes rencontrés: manque de lait, gerçures, mastite, muguet sur les mamelons et dans les seins… Après un mois, la situation était désastreuse, et j’ai commencé à donner du lait commercial à ma puce. J’étais blessée. Même avec l’appui de sa famille, il n’est pas facile d’être une des rares mamans de son entourage à traîner des biberons. Les gens, sans méchanceté, me demandaient de justifier mon choix, qui n’en était pas vraiment un, et me racontaient des histoires dans lesquelles des super-mamans avaient continué d’allaiter malgré les difficultés. J’ai commencé à déculpabiliser lorsque j’ai pris conscience que ma Juliette était en excellente santé et que son développement était au-delà des attentes. C’est une enfant merveilleuse. Elle m’a appris à me faire confiance dans mon rôle de maman et à toujours suivre mon instinct.

Lorsque je suis tombée enceinte de ma Béatrice, mon conjoint et moi avions décidé de ne pas revivre ce désastre. Les limites étaient claires. Je voulais réessayer l’allaitement, mais je ne m’acharnerais pas. S’il y avait des difficultés, je m’étais dit que Béatrice serait, elle aussi, un bébé nourri au biberon. À l’hôpital, le même scénario s’est reproduit. Je n’avais pas de lait, et ma cocotte a perdu beaucoup de poids.

J’étais en colère! Je refusais de mettre sa santé en jeu pour m’obstiner à allaiter au-delà du possible.

J’ai donc exigé d’avoir du lait commercial pour compléter l’alimentation de mon enfant et être sûre que son poids se stabiliserait. J’ai continué à l’allaiter en partie et à lui donner en supplément la préparation commerciale, en me disant que, de retour à la maison, je la mettrais au biberon.

J’ai eu ma montée de lait le lendemain de notre sortie de l’hôpital, et cela m’a donné envie de poursuivre l’allaitement. Ma poulette a rapidement repris son poids. J’ai persévéré, jour après jour, car je ne trouvais pas la sensation agréable. J’ai fait la rencontre d’une infirmière spécialisée en lactation, qui m’a beaucoup soutenue. Avec une bonne dose d’humour, elle a remis en question toutes les informations culpabilisantes que j’avais reçues auparavant. C’était une des premières personnes du domaine médical à me dire de n’écouter que mon instinct. Elle m’a enlevé toute la pression en faisant de l’allaitement un choix et non une obligation. Comme par magie, tout s’est résolu dans la simplicité, sans obstacles. Aujourd’hui, j’allaite encore ma Béatrice d’amour. Quand je regarde mes deux filles, j’arrive à la conclusion suivante: quel que soit le lait qu’on donne à son enfant, l’important est de le nourrir avec amour. Chacune à leur manière, mes petites ont reçu le meilleur de leur maman.

Mélissa Chevalier habite à Mont-Saint-Grégoire en Montérégie. Enseignante au préscolaire, elle est la maman de Juliette, 3 ans, et de Béatrice, 8 mois.

Source: Enfants Québec, mai-juin 2014

Commentaires

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4 commentaires

Gabriellle Rheault

Bonjour Mélissa, Félicitation pour ton bel article! Il m’a tellementent fait du bien! Ma cocotte est née le 9 août 2013, c’est mon premier bébé et je l’aime tellement! Par contre, j’ai été incapable de l’allaité… après 10 semaines de grossesse. on a diagnostiqué un cancer a mon conjoint, j’ai passé uner bonne partie de ma grossesse a l’accompagner dans la chimiothéraphie. Quand ma princesse est née, on étais pas certains qu’il était hors de danger donc j’ai vécue bcp de stress, j’ai vécue des difficultés dans les premiers jours et j’étais incapable d’assumer la pression de l’allaitement, c’était juste TROP!!! J’ai essayer d’assumer mon choix mais chaque fois que je rencontre qulequ’un c’est toujours la première phrase qui revient: L’allaite-tu?? NON! Est ce que je suis une mauvaise mère?? je ne crois pas..même si je l’ai pensé les premiers mois…8 mois plus tard, je réalise que je suis la meilleure maman du monde pour Anaïs…Poutant si quelqu’un est sensibilsé par l’importance de la santé et du système immunitaire… c bien moi! (maman en full santé, techncienne en diététique, travail en milieu hospitalier, mange super bien, s’entraine 3 x / semaine… ) Bravo a votre magasine qui laisse des gens comme mélisssa s’exprimer! J’ai pleuré en lissant son texte parce que non seulement il respecte les femmes qui allaitent mais aussi ceux qui choississent ( ou a vie leur impose ce choix!) de ne pas le faire. Enfin une tribune au les gens sont respectés et SURTOUT pas jugés…MERCI :):):) Gabrilelle Rheault

Mélissa Chevalier

Bonjour Gabrielle !!!
Je suis très touchée par ton histoire. Ça prend beaucoup de courage pour surmonter une si grande épreuve. Ta petite Anaïs sera sûrement très fière de ses parents. :) Je suis heureuse de savoir que mon histoire t’a fait du bien. C’est un sujet qui me tient vraiment à coeur car je trouve que l’emphase est souvent mis sur l’allaitement sans aucune nuance. Je vous souhaite beaucoup de bonheur avec votre petite puce. :)
Mélissa

Karine

Merci, pour ton histoire et surtout pour son dénouement. Ils me font un grand BIEN. Merci.

Louise Baillargeon

Votre histoire m’a retourné 30 ans en arrière. J’ai 65 ans et mon fils ainé , 30 ans. Je voulais l’allaiter mais je n’ai pas pu.: sans doute par maladresse et manque de préparation. Il faut dire que j’ai eu un accouchement long et pénible avec hémoragie , ce qui fait que j’ai eu trois transfusions de sang par la suite . Même si bébé a essayé de téter pendant trois jours et que je n’ai eu aucun médicament pour les contrer , je n’ai pas eu, même l’ombre, d’une montée de lait. Je ne me suis pas sentie coupable mais j’ai vécu cela comme un échec personnel. J’ai été profondément blessée . Encore aujourd’hui, je ressens de la peine. Aussi votre rémoignage m’a fait beaucoup de bien. ¨Ca peut arriver des fois qu’une maman ne puisse pas allaiter et ça ne l’empêche pas d’être une bonne maman . J’ai eu des jumeaux deux ans plus tard, et je n’ai même pas essayer d’allaiter. Je ne voulais pas revivre pareil sentiment d’échec avec deux bébés en plus. Merci de dire que des fois c’est pr.f.rable de ne pas allaiter. Louise

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