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Apprendre à nager dès 2 mois, une folie?

crédit: istock

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Tous les ans, de nombreux poupons de moins de 4 ans sont victimes de noyade. Un apprentissage précoce de la natation pourrait-il leur sauver la vie?

Par Magdaline Boutros

Quel exploit! le petit Lukas, 2 ans, traverse la piscine à la nage sans l’aide d’un adulte. Sous le regard protecteur de son instructrice, le jeune nageur multiplie les prouesses. Flottaison sur le dos, nage sur le ventre, tête immergée: un vrai poisson dans l’eau! Et tout cela sans l’aide de flotteurs. Lukas fait partie de la centaine d’enfants qui ont suivi le programme Nager pour la vie, que Karina Renaud a lancé il y a près de deux ans à Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île de Montréal.

Selon la Société canadienne de pédiatrie, la noyade est la deuxième cause de décès accidentel chez les enfants de 1 à 4 ans. Avec plus de 300 000 piscines résidentielles au Québec, le danger est omniprésent. Chaque année, entre 1986 et 2005, on a dénombré en moyenne six décès d’enfants de moins de 4 ans par noyade dans une piscine résidentielle.Un apprentissage précoce de la natation pourrait-il contribuer à réduire ce triste bilan? «Je ne dirai jamais que mon programme est une garantie contre les noyades, répond l’instructrice. Mais au moins, il donne aux petits une chance de s’en sortir s’ils tombent à l’eau.»

Apprendre à flotter

Karina a été formée en Virginie par Mary Kerr, la fondatrice de la méthode Aquatic Adventures, une technique très voisine de celle qu’enseigne Infant Swimming Resource, une école de survie aquatique comptant près de 450 instructeurs à travers les États-Unis. L’essentiel de la méthode – destinée aux bébés dès l’âge de 15 mois – repose sur la flottaison dorsale. Les premiers cours sont consacrés à apprivoiser cette posture. Karina apprend ensuite aux enfants à placer leurs mains derrière leur tête pour trouver un certain équilibre. L’instructrice les soutient d’abord sous la nuque, puis, selon le rythme de chacun, enlève progressivement sa main jusqu’à ce que ses élèves se sentent capables de flotter seuls. En fonction de leurs capacités respectives, mais souvent avant l’âge de 2 ans, les enfants parviennent à simuler une situation d’urgence: après être tombés à l’eau, ils remontent à la surface et se placent sur le dos en attendant d’être secourus. «Il n’a fallu que quatre cours à Lukas pour être capable de flotter sur le dos», raconte Melissa, sa maman, non sans une pointe de fierté. D’après Karina, une fois la flottaison dorsale acquise, les enfants intègrent le battement des jambes et les mouvements des bras beaucoup plus facilement. « Il suffit de quelques mois pour qu’ils sachent nager seuls, comme Lukas», constate-t-elle. Avec une piscine chez elle, Melissa se sent désormais plus tranquille à l’idée de passer l’été au bord de l’eau en famille.

Une pratique controversée
Paradoxalement, la tranquillité évoquée est justement ce qui inquiète Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, un organisme québécois à but non lucratif qui œuvre pour la prévention des noyades et des traumatismes associés à l’eau. Il pense que ces cours de survie aquatique pour les bambins peuvent avoir un effet pervers: ils donnent aux parents et aux enfants un faux sentiment de sécurité souvent responsable d’une baisse de la vigilance près des plans d’eau. «L’apprentissage de la natation ne devrait pas débuter avant l’âge de 4 ans, estime-t-il. Avant cela, les cours d’acclimatation aquatique devraient se faire uniquement dans un esprit récréatif et en présence d’un parent.»

Même son de cloche du côté de la Société canadienne de pédiatrie: celle-ci met en garde les parents sur le fait que ce type de cours ne devrait jamais être promu comme une stratégie efficace de prévention de la noyade. Pourtant, son homologue américain, l’organisme American Academy of Pediatrics, a assoupli sa position en 2010 en se fondant, notamment, sur une étude menée par le réseau des National Institutes of Health qui tend à prouver leur utilité. Cette étude comparait les cas de victimes de noyade âgées de 1 à 4 ans, dont une partie avait suivi des cours de natation: parmi ces derniers, seuls 3 % n’avaient pas survécu, et parmi les rescapés se trouvaient 26% d’enfants ayant bénéficié de ce type de formation. L’organisme américain précise tout de même que ces cours ne doivent pas être vus comme un rempart absolu pour éviter une catastrophe, mais plutôt comme un outil supplémentaire pour prévenir les noyades, tout en rappelant, en écho à la Société canadienne de pédiatrie, que rien ne pourra jamais remplacer la surveillance parentale ni une piscine parfaitement sécurisée.

Une autre vision de l’enseignement de la natation
À l’école de Régent Lacoursière, des bouées aident les petits nageurs à flotter. L’ancien champion de natation Régent Lacoursière voudrait quant à lui aller beaucoup plus loin que les quelques cours de survie aquatique donnés ici et là au Québec. «Il faudrait changer la manière dont on enseigne la natation au Québec!», déclare-t-il. Encadrés par des professionnels qualifiés, même les bébés de 2 mois sont capables d’apprendre certaines techniques de natation.» Ce sportif de renommée internationale donne des cours aux jeunes enfants depuis 1958 et dirige toujours l’école qui porte son nom, située rue Jarry, dans l’est de Montréal. Inventée en 1966, sa méthode d’initiation à la natation pour bébés a depuis fait ses preuves auprès de milliers d’enfants. Aujourd’hui âgé de 79 ans, il enseigne encore. Ses cours se déroulent en groupe, en présence des parents. Des couches flottantes et des bouées sont utilisées dans le processus d’apprentissage. Ainsi, le petit Marc-Antoine a commencé à prendre ses leçons à l’École de natation Régent Lacoursière alors qu’il n’avait que quelques semaines. «Pour nous, explique Yves, son papa, il était important que nos deux garçons apprennent à nager, non seulement pour éviter de se noyer, mais aussi pour développer des habiletés de coordination et une confiance en eux.» Mission accomplie: à 2 ans et demi, le jeune nageur multiplie les pirouettes dans la piscine, sans flotteurs et sans l’aide d’un adulte.

Source: Enfants Québec, avril 2014

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