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Hockey: les filles lancent et comptent

Crédit: Carolina Zuniga

Crédit: Carolina Zuniga

Pas facile pour les petites filles de vivre leur passion pour notre sport national! Alors que plusieurs garçons ont déjà des patins de hockey aux pieds à l’âge de 4 ou 5 ans, le parcours des jeunes hockeyeuses est encore semé d’embûches. Pourquoi?

«Depuis toute petite, j’adore le hockey, raconte avec entrain Sandrine, jeune hockeyeuse de 12 ans, membre des Élites AA du Lac St-Louis. J’avais 10 ans quand mes parents m’y ont finalement inscrite. À mes premiers essais, je ne savais pas patiner. Je rentrais dans la bande plutôt que de freiner aux lignes bleues. Mon père m’a construit une petite patinoire dans notre cour et m’a montré des trucs. J’ai regardé des vidéos pour savoir comment lancer et freiner. À force de m’entraîner, je suis devenue quand même assez bonne.» La partisane des Canadiens de Montréal a dû insister pour que ses parents acceptent de l’inscrire au hockey. « Dès ses 6 ans, elle manifestait sa passion pour son “sport préféré », à la maison comme à l’école, témoigne sa mère, Carolina Zuniga. Nous lui avons fait faire le tour des disciplines avant de nous décider. J’avais des craintes au début, notamment en ce qui concerne les blessures. J’avoue que je ne voyais pas ma fille comme une hockeyeuse. Depuis, j’ai appris à regarder ce sport différemment. C’est bien moins agressif que je l’appréhendais, et Sandrine met beaucoup d’efforts pour se perfectionner et éviter de se blesser.» Les parents de Sandrine ont dû se rendre à l’évidence: du hockey, leur fille en «mange»! «Elle m’a causé toute une surprise, raconte le papa, Hugo Brien. Avec sa ténacité et sa soif de vaincre, elle m’a inspiré l’envie de recommencer à jouer. Si elle en est capable, je devrais l’être aussi.»

Des jeunes hockeyeuses comme Sandrine, le Québec en compte 6 552, âgées de 5 à 21 ans (pour 100 000 garçons). À titre de comparaison, l’Ontario, avec à peine deux fois la population du Québec, totalise 44 123 jeunes joueuses. Comment expliquer cette disparité entre les deux provinces?

Au-delà des stéréotypes
«Je suis sûre qu’il y a beaucoup plus de filles qui aimeraient jouer au hockey, mais elles ne le disent pas, soupire Sandrine. Pourtant, le hockey, c’est amusant, ça te met en forme et te change les idées. J’ai beaucoup de devoirs, mais quand je joue, je ne me rappelle plus rien de tout ça!» En raison de la violence associée à ce sport, nombreux sont les parents qui, comme Carolina, ont hésité à inscrire leur fillette au hockey. De plus le sport féminin en général souffre encore de certains préjugés tenaces. «En particulier, il est courant de considérer, sur la foi des stéréotypes, que le hockey est plus propice à la construction de la masculinité qu’à celle de la féminité, observe Suzanne Laberge, sociologue du sport. Ce que la mère de Sandrine déplore, en déclarant: « Il faut abattre les idées préconçues selon lesquelles les hockeyeuses sont des garçons manqués. Ma fille est tellement féminine! Elle a de longs cheveux, elle est grande et élancée. Personne ne pourrait deviner qu’elle joue au hockey. C’est une jeune fille solide, capable, qui s’affirme. Ce sport lui a appris à tomber et à se relever, il lui a enseigné la discipline et l’esprit d’équipe.»

Jouer avec les garçons
Aujourd’hui, rares sont les petites Québécoises qui peuvent intégrer une équipe de filles. Trop souvent, elles doivent joindre des équipes masculines pour s’adonner à leur sport favori. En ce moment, seules 9% des hockeyeuses novices (7-8 ans) jouent avec des filles, alors que 91% passent la rondelle à des garçons. En effet, avec si peu de joueuses, il est souvent complexe de former des équipes féminines dans toutes les régions de la province. Depuis 2008, Hockey Québec autorise les filles à faire partie d’équipes mixtes jusqu’à l’âge de 18 ans. Une situation qui peut en décourager certaines, selon Yvan Dallaire, directeur de la régie à Hockey Québec. «Ce ne sont pas toutes les filles qui ont envie de jouer avec des garçons, souligne-t-il, ou d’être tenues à l’écart de la chambre des joueurs parce qu’elles utilisent un vestiaire séparé. La fédération mise sur le développement du hockey féminin afin de le rendre plus accessible et plus attrayant. Nous aimerions discuter avec l’Ontario pour savoir comment mettre sur pied des associations de hockey mineur féminin, obtenir du temps de glace et ne plus dépendre du hockey masculin.» Cependant, plusieurs parents préfèrent toujours que leurs filles jouent parmi les garçons dans l’espoir qu’elles progresseront plus rapidement.

«Ce n’est pas forcément une stratégie efficace, commente Élaine Gagnon, de l’organisme Égale Action, dédié à la cause des femmes et à l’activité physique. Les filles les plus habiles auraient avantage à contribuer au développement de leur propre réseau qui, au bout du compte, leur ouvrira davantage de portes.» La militante croit fermement qu’avec plus d’équipes, de reconnaissance du milieu, de place, d’intervenants qualifiés et d’occasions, les filles n’auront bientôt plus de leçons à recevoir des garçons. «Les hockeyeuses les plus douées sont des modèles suffisamment forts pour tirer leurs équipes vers le haut grâce à leur talent, leur éthique et leur agressivité positive sur la patinoire», affirme-t-elle. Pour Sandrine, cela ne fait aucun doute. Son objectif est de joindre l’équipe nationale féminine, comme ses idoles Caroline Ouellette et Hayley Wickenheiser. «J’aime être sur la glace et l’entendre craquer sous chaque coup de patin, nous confie-t-elle. Je me sens libre.»

À offrir à vos petites championnes
Dès 1875, des jeunes filles en jupes longues et encombrantes échangeaient déjà la rondelle avec les garçons! Plus de 100 ans séparent les balbutiements du hockey féminin du triomphe des Canadiennes aux Jeux olympiques de Vancouver. Ce pan méconnu de notre histoire est raconté dans un magnifique livre émaillé de photos et de rares images d’archives. Nos glorieuses, de Lynda Baril, constitue un bel hommage à ces pionnières qui auront pavé la voie à des joueuses comme Manon Rhéaume, qui en signe la préface, et à toutes les glorieuses qui brilleront aux Jeux de Sotchi. Nos glorieuses, Lynda Baril, éditions La Presse, 2013, 256 pages

Source: Enfants Québec, février-mars 2014

Envie de découvrir l’esprit qui règne dans une équipe de hockey féminines? Visionnez cette vidéo, mettant en vedette Magalie Labrosse, et les joueuses des Rapides de Champlain

Commentaires

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Un commentaire

Stéphanie Grenier

Nous avons la chance, en Outaouais, d’avoir une ligue féminine pour les jeunes joueuses (HFO). Ma petite de 4 ans vient de débuter et ma grande de 7 ans vient de débuter sa première saison (comme novice). L’équipe de ma grande joue ses matchs du côté de l’Ontario où l’on retrouve une quantité incomparable d’équipes féminines. Bref, on a encore du chemin à faire de ce côté…

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