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Maman, arrête d’éduquer ma fille!

crédit: Rémy Simard

crédit: Rémy Simard

Nous adorons quand nos parents câlinent nos enfants. Mais l’ambiance peut rapidement tourner au vinaigre s’ils s’avisent de se mêler de l’éducation de leurs descendants!

Par Sarah Poulin-Chartrand

❝Ma mère m’a déjà dit: “Laisse-moi ton fils une semaine, je vais te montrer comment on éduque un enfant.” » Marie-Lise *, maman de quatre enfants, a longtemps gardé cette phrase en travers de la gorge. Coralie, enceinte de son deuxième, s’est vu rabâcher par sa belle-mère le classique «dans notre temps, nous n’avions pas de livres, nous suivions notre instinct». Elle avait envie de lui répondre: «Maintenant, c’est encore mieux, on a les livres et l’instinct. Peut-être qu’on évolue?» Sonder les parents sur les petits irritants qui émaillent leur relation avec leurs propres parents et leurs beaux-parents, c’est ouvrir une véritable soupape! Entre les commentaires maladroits et l’avalanche de conseils non sollicités, les sources de tensions avec la génération précédente ne manquent pas.

Pour Mélissa, mère de quatre jeunes enfants, les désaccords avec sa famille et sa belle-famille ont beaucoup tourné autour de ses pratiques de maternage. Il faut dire que ses choix de vie peu conventionnels tranchent avec les conceptions de son entourage. Du fait qu’elle et son conjoint se tournent vers les médecines naturelles et la naturopathie, les chocs des valeurs sont nombreux avec sa belle-maman, une ancienne infirmière pédiatrique, ainsi qu’avec sa propre mère.

«Mes parents ont beaucoup remis en question, notamment, l’allaitement prolongé et le “cododo” que nous pratiquions, dit Mélissa, jusqu’au jour où j’ai dû leur préciser que, si je me trompais, j’assumerais les conséquences de mes choix!»

Sa mère, qui lui prodigue beaucoup de conseils, lui reproche parfois de ne pas en tenir compte, y voyant le rejet de l’éducation qu’elle lui a donnée. Mélissa, de son côté, pense que son refus d’écouter les avis de sa mère est seulement le signe que bien des choses ont changé, en une génération, dans la façon d’élever les enfants…

Deux visions opposées

Si les conseils nous irritent si facilement, c’est qu’ils sont infantilisants, selon Élise Castonguay, psychologue clinicienne. Devant nos propres parents, nous redevenons inconsciemment un enfant, qui n’aime pas se faire dicter sa conduite. Hélène Fagnan, «coach familiale», souligne en outre: «Les grands-parents doivent se mettre dans la peau du parent, car le sujet de l’éducation est très sensible. Lorsqu’on reçoit des conseils répétés, on peut avoir l’impression d’être perçu comme mauvais. Or, personne n’a envie de se sentir diminué dans son rôle parental.»

Malgré l’agacement qu’elle provoque, l’ingérence des grands-parents dans l’éducation des petits-enfants part pourtant d’intentions louables, qui sont d’apporter leur soutien et leur expérience à de plus jeunes qu’eux. Monique, maman de deux grands enfants et deux fois grand-mère, ne se gêne pas pour faire des recommandations à sa fille de 40 ans. «Bien sûr que je me permets de la conseiller!, confirme-t-elle. Elle me demande parfois de cesser de lui dire quoi faire, mais en général elle n’a pas de problèmes avec mes suggestions.» Parmi celles-ci: prendre plus de temps pour elle et son couple, et ne pas s’en faire autant avec l’alimentation de ses enfants. C’est du «gros bon sens», vu de l’extérieur, mais qu’on met difficilement en pratique quand on a les deux pieds dans la réalité des couches, des biberons ou du terrible two.

Chantal, grand-maman de sept petitsenfants âgés de 3 à 24 ans, partage ce point de vue. «Le recul dont je fais preuve maintenant n’est pas possible lorsqu’on a les mains pleines et la tête occupée à penser à toutes ces nouvelles responsabilités qui déferlent sans qu’on ait une once d’expérience», dit-elle. Son opinion est toutefois qu’un conseil ne doit être fourni que lorsqu’il est demandé.

«L’expérience des grands-parents a en effet beaucoup de bon, insiste la psychologue Élise Castonguay. Ils peuvent nous éclairer sur certains comportements de nos enfants, en nous rappelant comment nous étions au même âge. C’est une perspective beaucoup plus large qui nous est offerte par eux.»

En prendre et en laisser…
Papa de trois garçons, Daniel a appris à faire la paix avec le côté un peu contrôlant et moralisateur de sa mère. « Elle a 60 ans, elle est comme ça dans différents aspects de sa vie, je ne la changerai pas du jour au lendemain », dit-il. S’il la trouve parfois trop stressée avec les enfants, il tente de son côté de pratiquer un certain lâcher-prise vis-à-vis de ses comportements. Entre autres raisons, il voit bien les bénéfices que ses parents apportent dans la vie de ses enfants. «Ils sont très passionnés avec nos fils, toujours dans 1 000 projets, raconte-til, alors que nous, nous sommes un peu sur le pilote automatique. Mes parents sont synonymes de jeux… et ça s’accompagne souvent de Smarties

Mais que faire lorsque les conseils sont vraiment trop éloignés de nos propres valeurs? Pour la «coach familiale» Hélène Fagnan, la première étape est justement de s’entendre entre parents sur ce que sont ces valeurs. «Une fois que les deux parents sont d’accord sur ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, dit-elle, ils peuvent réfléchir aux compromis qu’ils sont prêts à faire avec leurs parents respectifs.»

On doit ensuite accepter d’ouvrir une discussion sérieuse avec ses parents, estime la fondatrice de Nanny Secours. «Si nous ne sommes pas d’accord, débattons-en tous ensemble, mais pas devant les enfants, prévient-elle. Il faut aussi rappeler que les grands-parents n’ont pas un rôle éducatif à jouer, et qu’ils devraient plutôt soutenir les choix des parents dans ce domaine.»

C’est également l’avis d’Élise Castonguay. «Les parents sont les seuls experts de leur enfant, affirme-t-elle. Les grands-parents sont là pour profiter de leurs petits-enfants, pour les gâter, par exemple. Mais ils ne pourront jamais en être les experts. Les grands-parents qui ne comprennent pas cette distinction sabotent, sans le savoir, leur relation avec leurs enfants.»

Humour et communication
Hélène Fagnan propose, afin de faciliter la communication, la technique du « sandwich », qui consiste à glisser quelque chose qui nous dérange entre deux «tranches» de compliments! «Nous pouvons dire à notre mère, par exemple: “J’aime beaucoup quand tu m’aides pour Julien, mais je sens que mon autorité est remise en question quand tu me dis devant lui comment faire. En même temps, tu as vraiment le tour pour le faire rire…”, dit-elle. Un point positif amené en début de discours favorise l’ouverture de l’interlocuteur, et un autre point positif pour le clore lui montre qu’on n’est pas en situation de conflit.»

La «coach familiale» suggère, comme dans toutes les relations problématiques, de parler à la première personne et, si possible, d’utiliser l’humour, qui permet de dédramatiser bien des différends. Elle considère aussi qu’il est préférable d’aborder soi-même les sujets d’insatisfaction avec ses propres parents, plutôt que de laisser cette tâche à son conjoint ou à sa conjointe.

Et si l’on n’arrive pas à s’entendre, faut-il aller jusqu’à menacer les parents ou les beaux-parents de ne plus les fréquenter? Hélène Fagnan n’en croit rien. « En faisant cela, dit-elle, on n’entre plus dans la communication, mais dans un système de punition. » Elle invite plutôt les parents à se questionner sur l’importance qu’ils accordent au lien affectif entre leur enfant et ses grands-parents. «Nous voulons que notre enfant ait des liens significatifs, conclut-elle, alors demandons-nous: est-ce que les comportements des grands-parents sont si graves? Je pense que les parents pourraient parfois faire preuve d’un peu de souplesse…»

Source: Enfants Québec, février-mars 2014

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