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Noël: tout ce qu’on aime et… déteste

 N_emballages Les interminables préparatifs vous épuisent, la perte de sens de Noël vous effraie, mais vous ne rateriez ce rite incontournable pour rien au monde?

Par Jade Bérubé

Noël, la fête de la famille? Plutôt celle de la contradiction, si on en croit le sociologue Jean-Philippe Warren, professeur à l’Université Concordia et auteur du livre Hourra pour Santa Claus: La commercialisation de la saison des Fêtes au Québec, 1885-1915. « Noël est la fête de la communauté, dit-il, et pourtant cette fête est extrêmement individualiste. C’est la fête de l’entraide et du partage, et pourtant c’est la fête de la consommation et du gaspillage. C’est la fête de la quiétude et du loisir, et pourtant c’est la fête du surmenage. C’est la fête du don et de la gratuité, et pourtant on sort de Noël encore plus endetté… » Sa plus grande contradiction réside peut-être dans le fait que cette célébration demeure un rite familial dont on ne se passerait pas, malgré tous ses défauts! Puisque Noël se fêtera en grand encore cette année, nous avons décidé de le regarder une fois pour toutes droit dans les yeux. Nous l’avons envoyé chez le psy, histoire de le débarrasser de ses irritants et de lui rendre sa féerie d’antan!

Le stress de recevoir
Pas facile d’avoir la mise en plis de Bree Van de Kamp, vedette de la série télé Beautés désespérées, quand on sert de la vraie dinde et de la vraie purée à une tablée affamée! «J’adore recevoir à Noël, nous dit Caroline, mère de trois enfants de 7 ans, 5 ans et 18 mois. Pourtant, je cours comme une folle dans les épiceries, je passe des heures dans la cuisine pour me retrouver à table épuisée, les cheveux collés par la vapeur, laissant la cuisine tout à l’envers. Sans compter que je ne parviens jamais à manger chaud. J’ai beau le savoir, on dirait que je ne me corrige pas…»

L’avis des psys
«Si l’on éprouve du stress, c’est qu’on se met trop de pression, remarque la psychologue Nathalie Parent. Il faut trouver des moyens de simplifier les préparatifs. Je connais des familles qui préparent les repas, les pâtés, les tartes des mois à l’avance et qui les congèlent. Je crois qu’il ne faut pas chercher à ce que tout ce soit parfait, mais chercher à être bien soi-même.» Le psychologue François Lefebvre se désole quant à lui en ces termes : «L’imagerie idéale de Noël véhiculée partout à la télévision ou encore au cinéma n’est certes pas étrangère à notre recherche de perfection. On nous présente une version utopique, et lorsque viennent les écueils, nous nous demandons si nous sommes au bon endroit. Quand arrive l’épisode du “mon’oncle” saoul pendant le souper, l’image est évidemment brisée.» Conclusion: la vraie vie, ce n’est pas un film. Puisque rien n’est jamais parfait, cessons donc de nous mettre de la pression!

Les interminables préparatifs
Personne n’est dupe, les guirlandes de Noël s’affichent de plus en plus tôt dans les magasins, en raison du chiffre d’affaires exorbitant à la clé au long des semaines qui précèdent Noël. Si cette pratique en énerve beaucoup, certains parents entrent par contre dans la danse avec frénésie.

Nous commençons à préparer Noël dès le mois d’octobre, s’exclame avec enthousiasme Hélène, mère de deux enfants de 6 et 4 ans. Nous cherchons des calendriers de l’avent, nous dressons nos listes, nous prenons la photo de famille que nous enverrons dans nos cartes de voeux. Je pense que nous avons besoin de mettre de la saveur dans notre vie, de nous inventer des moments forts.

L’avis des psys

Est-il exagéré d’être aussi excité que les enfants, et ce, avant même que l’Halloween soit passé ? «Non, répond le psychologue François Lefebvre. Il serait idiot de nier que Noël provoque chez l’adulte une régression. Mais toute régression n’est pas mauvaise. Au contraire, c’est parfois très sain. D’ailleurs, Noël est beaucoup trop souvent centré sur le plaisir de l’enfant.» Selon ce spécialiste, il n’est pas souhaitable que l’adulte ne retire pas de plaisir de ce genre de situation. L’enfant doit sentir que les adultes y ont leur place aussi, ce qui l’aidera plus tard dans son passage vers le monde des grandes personnes. «Il y a en effet des aspects positifs à cette anticipation, souligne également la psychologue Nathalie Parent. Par exemple, elle développe la patience. Dans une société où tout va vite, on n’apprend pas à attendre. Le calendrier de l’avent est entre autres un bon outil pour en faire l’apprentissage.»

Noël, pour moi, c’est le confort et le réconfort. Les pyjamas et les pantoufles. Un bon verre de vin, du papier cadeau qui traîne. Zéro stress. Je revois parfois dans ma tête une ex-belle-mère qui pleurait parce que les légumes qu’elle nous avait servis à Noël étaient trop froids à son goût… Je me suis juré que jamais je ne me stresserais ainsi. Pour moi, même un repas dans un restaurant fast-food peut faire l’affaire.  - Hélène, mère de deux enfants de 4 et 6 ans

La surconsommation occasionnée par la fête de Noël dérange de plus en plus certains parents, qui voient d’un oeil inquiet leurs enfants déballer des tonnes de cadeaux. «Je ne sais pas vraiment comment régler ce problème, dit Marie-Michèle, mère d’une petite fille de 2 ans. Je me sens dans un tournant quant à l’éducation de ma fille. Je veux qu’elle apprenne à apprécier les choses. Je veux aussi qu’elle réalise la valeur des objets, et aussi celle des cartes que nous recevons. Or, avec les grands-parents qui la couvrent déjà de cadeaux toute l’année, j’appréhende beaucoup Noël.» Comment faire pour lutter contre le matérialisme ambiant?

L’avis des psys
Le psychologue François Lefebvre rappelle que l’attente des cadeaux par les enfants ne devrait pas être considérée comme un mal. «Nous aussi, enfants, nous développions des tonnes de cadeaux pour les oublier le soir même, ce qui n’a pas nécessairement fait de nous des êtres médiocres. L’enfant a une avidité, une absence de limites… et ce n’est certainement pas le soir de Noël qu’il deviendra plus mesuré! L’adulte doit bien sûr gérer la quantité de cadeaux, la valeur, l’équité, l’appréciation et la politesse, mais l’enfant ne se comportera pas forcément bien pour autant. Ne demandons pas à celui-ci ce que nous n’avons pas pu faire nous-mêmes comme enfants. C’est plutôt par l’exemple qu’on parvient à transmettre un message, et ce, tout au long de l’année. Pas en une soirée! En une soirée, eh bien, on fête, tout simplement.» Ajoutons qu’on peut aussi effectuer un ménage dans les jouets délaissés au cours de l’année, en vue de les offrir à l’occasion de la Guignolée.

Le «mensonge» du père Noël
Véritable sujet de polémique depuis un certain temps, la légende du père Noël demeure l’empreinte de la magie pour les uns, et la marque d’une tromperie éhontée pour les autres. «Quand nous rentrons de jouer dehors et découvrons que la porte du foyer est restée ouverte, que les biscuits que nous avions faits nous-mêmes et la carotte pour le renne ont disparu, les enfants sont fous de joie, raconte Hélène. Du coup, mon conjoint et moi, nous nous mettons presque à y croire vraiment!» Pour d’autres, à l’opposé, faire croire au père Noël brise la relation de confiance entre l’enfant et le parent.  «Je n’ai eu aucune envie de faire croire au père Noël à mes enfants, déclare Sylvy, 60 ans. Ma grand-mère me disait que c’était le petit Jésus qui apportait les cadeaux. Et lorsque je le voyais dans la crèche — cette petite chose en plastique de 2 cm —, je n’y croyais pas non plus une seule seconde!»

L’avis des psys
Les psychologues s’entendent presque tous sur les bienfaits de cette tradition de plus en plus controversée. «Le père Noël est une image de bonté, il ne s’agit donc pas de raconter aux enfants un mensonge destructeur, dit Nathalie Parent. C’est une façon positive de nourrir leur imaginaire. À 3, 4 et 5 ans, les petits ont une imagination très fertile — et bien souvent, ils se créeront le monde du père Noël tout seuls, sans l’intervention des adultes.» Même le principal détracteur de cette croyance insufflée aux enfants, le psychologue Stéphane Barbery, consent à admettre que ce «mensonge social» serait une possible «éducation au doute» somme toute bienfaisante. «Il faut quand même se préparer à répondre à la question fatidique, dit Nathalie Parent. Si l’enfant insiste pour exprimer son doute, il faut lui donner raison et l’accompagner dans ce passage obligé comme dans une peine d’amour. Nous pouvons toutefois le rassurer en lui disant qu’avoir de la peine est normal. Nous pouvons aussi lui dire que le vrai père Noël existe toujours, dans notre tête et dans notre coeur d’enfant.»

Je trouvais que Noël avait perdu son essence. On consomme à longueur d’année! Pourquoi faudrait-il consommer encore plus à Noël? Moi, j’ai décidé que c’était du temps de qualité que j’offrais à mes enfants pour Noël. C’est d’ailleurs souvent un voyage en famille que je leur donne. Mais je refuse de dire que je prive mes enfants parce qu’ils ne déballent rien! Je leur achète des choses matérielles toute l’année. Je suis pour les pensées qui font plaisir, les attentions, les cadeaux ciblés. Mais “donner pour donner” ce jour-là, précisément, parce que la société me dit de le faire, ça finit par manquer de naturel et de sincérité. - Annie Brocoli

L’angoisse du jour J
La perspective du réveillon catalyse souvent nos émotions, de l’anxiété à l’émerveillement, en passant par la joie ou l’appréhension qu’engendre le rassemblement prochain. «Fêter Noël le soir du réveillon, c’est m’exposer à un très grand désarroi, admet Sonia, mère d’une jeune fille maintenant adulte. J’ai passé autrefois tous mes Noëls seule avec ma tante et ma mère, et c’étaient des Noël d’une grande tristesse. Je les vivais donc avec beaucoup de solitude et d’envie. La magie de Noël est revenue lorsque j’ai eu ma fille, mais tout s’est brisé de nouveau lorsque je me suis séparée de mon conjoint. Et le vide ressenti, c’est un mal-être insupportable. Résultat: ma fille et moi partons en voyage chaque Noël!»

L’avis des psys
«L’angoisse de Noël provient souvent d’un traumatisme lié à cette fête, explique Nathalie Parent. Les gens qui ont une aversion pour Noël sont souvent ceux qui ont connu des Noël gâchés. En réalité, cette angoisse survient quand on pressent qu’on n’aura pas de plaisir à la fête.» À ce propos, François Lefebvre renchérit: «Le rassemblement de Noël en lui-même est anxiogène. On y retrouve des gens qu’on voit rarement, on peut aussi y être confronté à de vieux conflits.» Que faire alors? «S’il y a des conflits à craindre, on doit prévoir, s’asseoir ensemble pour en parler avant le souper de Noël, répond Mme Parent. Si c’est impossible, on en discutera avec quelqu’un d’extérieur, dans un lieu neutre, pour ventiler. En ce qui a trait aux personnes qui ont souffert de traumatismes liés à cette fête, le voyage familial est souvent une bonne idée. C’est un moyen d’être ensemble, tout en s’évitant le décor de Noël, la neige, les guirlandes…»

La quête de sens
La célébration de Noël a tout de même été, en d’autres temps, indissociable de la religion. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? «Je m’ennuie parfois de la messe de minuit, des odeurs, de l’ambiance, avoue Julie, mère de deux enfants de 8 et 3 ans. D’un autre côté, je ne vois pas comment je pourrais y retourner avec mes enfants alors que je n’ai plus vraiment la foi…» Crise d’identité de la fête à l’horizon?

L’avis des psys
«L’époque de Noël est pleine d’évocations, affirme François Lefebvre. Même si l’on ne se situe pas sur le plan chrétien, nombreux sont les éléments de la symbolique qui peuvent nous toucher. L’entraide, le plaisir d’être ensemble, la lumière, les jours qui rallongent, les promesses d’un monde meilleur… Il y a moyen d’aller chercher quelque chose pour nous dans ces ouvertures. » Et sa collègue Nathalie Parent d’ajouter: «Outre le fait de renforcer l’identité familiale, le rituel permet d’assurer une continuité chez les enfants, de leur donner des points de repère. Dans la conjoncture actuelle, c’est important qu’il y ait des jalons stables dans leur vie. Qu’ils sachent que chaque année, à la même période, on fêtera… quoi qu’il arrive.»

Source: Enfants Québec, décembre-janvier 2012

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Un commentaire

Susannah

There are other stereotypes which are just plain wrong. How often do blind people get portrayed as being exctleionaply musical or able to hear more acutely than other people? I really liked In Praise of Hoodies and Skateboard Parks, not least because it reflects my own experience.

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