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Une pomme grenade pour le moral

Pascal Lachapelle

Pascal Lachapelle

Nous sommes un mercredi comme les autres. Nous terminons les leçons et devoirs qui furent plus longs qu’à l’habitude. FX se lève de son bureau tout joyeux et lâche un gros: «C’EST FINI!» Princesse ferme ses livres, les range et sans tambour ni trompette prend le chemin du salon. Contrairement à son habitude, elle ne piffe mot. C’est louche. Je pense savoir ce qui se passe. Sa maman m’a appelé plutôt pour m’annoncer la nouvelle de sa séparation.  J’ai un plan que je mettrai à exécution plus tard pour la faire parler.

Arrive l’heure du coucher. Le manège du «yes no» commencera bientôt. Je ne sais juste pas qui prendra les devants.

-Ok boys, it’s time to bed! dit Crème Anglaise à ses deux petits garçons.
-Oh no!, s’exclament-ils en chœur. Five minutes, dit Optimus Prime.
-No, no, no, répond Crème Anglaise. Bed time!
-Oh, not again! dit Professeur Tournesol. Each day we have to sleep!
-Yes, yes, yes, réplique Crème Anglaise.

Et dans un capharnaüm de «NO» et de «YES», mon petit trio monte dans leur chambre. Je me tourne vers FX et lui demande d’aller se préparer pour le coucher. J’ajoute que si il fait vite, il pourra lire avant de dormir. Flairant l’opportunité de veiller un peu, il monte les escaliers quatre par quatre.

Ma fille, voyant tout le monde quitter le salon, se lève et,  sans ronchonner,  se dirige aussi vers les escaliers. Je l’attrape au passage et la regarde dans les yeux.

-Ma belle, tu es mûre pour une pomme grenade!
-Quoi?
-Tu m’as compris. Car quand tu manges une pomme grenade, tu vas toujours mieux.
-Hein? Euh…ben ok!

Je m’installe à la table avec ma planche à découper et une débarbouillette. Avec mon petit couteau, je m’active à faire des rayures dans la peau de la pomme grenade.

-Et puis? Comment était ta journée?
-Bien bof, répond Princesse. Ce n’était pas une super journée. Il me semble qu’elle n’était pas super intéressante.
-Ah non? Pourquoi?
-Bien, bien, maman m’a annoncé une nouvelle plate.
-Je t’écoute. Je lui tends un quartier de pomme grenade qu’elle porte à sa bouche.
-Elle va se (scroutch), elle va se séparer de mon beau-père. (rescroutch) Elle va se «dit porc cité».
-Divorcer, tu veux dire?
-Je savais qu’il y avait quelque chose qui ne marchait pas. (scroutch) Ils ne couchaient même plus dans le même lit.
-Je vois.
-Et là ils disent qu’ils vont séparer la maison en deux. J’ai peur de perdre mon lit et mes jouets.
- Ton lit et tes jouets?
-Bien oui! Ils disent qu’ils vont tout séparer en deux et mon beau-père va peut-être choisir de partir avec mes poupées et les choses de ma chambre.
-Honnêtement Princesse, je ne penserais pas que tu aies à t’inquiéter pour ça.

Je lui tends un autre quartier de pomme grenade. Elle recommence à en détacher les graines.

-Et là, (scroutch), et la je ne verrai plus jamais Ratchet!(scroutch)
-Ah oui, le furet.
-Ben oui, le furet tu te souviens. (scroutch) Il était à mon beau-papa et je ne le verrai plus jamais car il l’amène avec lui.  Je ne saurai même pas si il est vivant ou mort. Je n’aurai pas de nouvelle car il ne peut pas envoyer de courriels tsé! Ni des lettres!
-Non en effet.
-Et là, et là ben, il faut payer la maison! Je l’aime, moi, ma maison.
-La maison?
-Ben des fois, maman nous disait qu’elle ne pouvait pas nous acheter des jouets car elle n’avait pas d’argent. Qu’est-ce qu’elle va faire pour la maison? Elle est toute seule maintenant.
-Est-ce que tu lui as posé la question?
-Oui, oui: elle dit de ne pas s’inquiéter avec ça. Mais une maison, ça doit coûter plus cher qu’une poupée Monster High!

Et la conversation a continué comme ça durant environ une heure. Je lui posais une question pour la relancer, lui tendais un quartier de fruit et elle grignotait sa pomme grenade en me parlant. Durant ce petit moment à la table, elle exprimait ainsi ses inquiétudes d’enfant. Parfois de drôles d’inquiétudes mais c’était ses inquiétudes à ELLE. Princesse ne cherchait pas tellement une réponse de ma part. Elle avait besoin de se vider le cœur.

-Et est-ce qu’il y a d’autres choses dont tu voulais parler?
-Euh…hum, non. J’ai tout dit. Ouf, je me sens plus légère. Tu avais raison papa. Une pomme grenade, ça fait une différence.
-Bonne nuit, bisou et n’oublie pas: si tu te sens comme tantôt, tu peux toujours venir voir ton papa ou ta maman pour nous parl…
-Oui, oui, j’ai compris. Si ça ne va pas, vous irez m’acheter une pomme grenade.
-Euh…bon…oui, ok. Faudrait que j’avise ta maman, moi.

Commentaires

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Un commentaire

Marie-Julie Rivard

Wow! Un texte rafraichissant, rempli de sourires! J’adore la façon que tu abordes le sujet, si délicat de nos jours. Ta fille est chanceuse d’avoir un papa comme toi!

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